Ressources minières de l'Algérie: Leur exploitation remonte à l'Antiquité

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  • Posted 04 April 2018

 

La diversité géologique de l'Algérie, de par son évolution, fait que son potentiel minier est considérable. Ses ressources ont de tout temps suscité la curiosité des conquérants. Les Berbères, avant l'époque des Phéniciens, exploitaient déjà le fer, selon l'historien et géographe grec Strabon qui a sillonné toute la région. Au fil du temps, certains minerais ont prédominé par rapport à d'autres, selon les besoins et le degré de développement des populations locales. Mais c'est à partir de la colonisation française que les premières recherches et explorations ont été menées pour localiser la plus grande partie des gites et gisements.

 S'en suivra une exploitation massive de plusieurs matériaux et minerais jusqu'à l'indépendance de l'Algérie.

 

DU FER, DU CUIVRE, DU PLOMB ET DU MARBRE À L'ÉPOQUE PUNIQUE

 

Aujourd'hui, nous avons la certitude qu'une partie des richesses de notre sous-sol a été exploité dans des temps antiques. L'historien et géographe grec Strabon (né en 61.av.J.-C.I et mort entre 21 et 25 apr. J.-C.) décrit le pays des Mascesyles dans son livre« Géographie » et constate «la présence d'une source d'asphalte et celle de mines de cuivre». Dans son« Histoire ancienne de l'Afrique du Nord », Stéphane Gsell situe l'une d'entre elles, mais sans certitude, non loin de Ténès où des vestiges de travaux anciens ont été constatés et dont l'exploitation aurait été commercée par les Phéniciens. Dans ce même livre. Gsell évoque aussi l'exploitation du marbre et la situe avant la domination romaine : « Le beau marbre jaune et rose de Simillhu (Chemtou), le marmor Numidicum, fut importé à Rome depuis 78 avant J.-C.. ou même plutôt, dès le second siècle. •

 

L'historien et archéologue français, Pierre Salama (1917-2009), de son côté, évoque la découverte de vestiges d'exploitations datant de l'occupation romaine, permettant d'établir qu'une extraction d'une certaine importance existait déjà à cette époque. Selon lui, la prospection des romains« se consacrait surtout aux filons de plomb argentifère des région de Tébessa, de Guelma, Souk-Ahras, du Bou-Taleb au sud de Sétif, à ceux de Miliana et de la ville antique d'Arsenaria, près de Tenès.

 

Délaissant l'énorme amoncellement du fer à l'Ouenza, comme au BouKhadra, les Romains se soucièrent plutôt d'en exprimer le peu de cuivre qu'il contenait, utilisant par ailleurs un fer médiocre à l'ouest de Bône, aujourd'hui Annaba, près de Bejaia, de Jijel et de Tenès. Çà et là, quelques gisements de cuivre étaient connus».

Toujours selon l'historien et archéologue français, les produits minéraux étaient méconnus. On recherchait Toujours selon l'historien et archéologue français, les produits minéraux étaient méconnus. On recherchait l'alun pour tanner, teindre ou guérir : ce colorant minéral qui était d'un emploi commun dans l'Antiquité et qui se trouvait abondamment en Afrique du Nord, entrait dans la composition des peintures. Ainsi que le sel de mine, près de Biskra, celui des sebkhas et des shotts, ou encore aux environs d’Arzew.

Qualifiant les romains de « grands bâtisseurs», Salama indique qu’ils ouvrirent partout des milliers de carrières et qu’ils surent exploiter le marbre : « de ces marbres aux cent couleurs d’Ain Smara au sud de Cirta, des blancs étincelé du littoral constantinois, des jaunes et rouge du Mont Orousse en Oranie, et de cet admirable onyx d’Ain Tekbalet près de Tlemcen dont les sultans du Moyen Age revêtirent leurs palais enchantés des effets que même le temps n’a point voulu détruire et que nous retrouvons aujourd’hui à peine altérés en des ruines grandioses. » Il note enfin qu’ « au travail du fer s’associait l’industrie du bronze. Le plomb servait aux sarcophages, aux tuyaux d’eau. A Cirta [aujourd’hui Constantine, NDLR] et Caesarea [Cherchell], des ciseleurs romains ouvrageaient les métaux précieux ».

 

 La conquête minérale à l’époque musulmane

L’historien Maurice Lombard (1904- 1965), dans « Les métaux dans l’Ancien Monde du Ve au XIe siècle », nous dit que des vestiges de vieilles exploitations ont pu être relevées, grâce aux dépôts de scories et aux traces de travaux, notamment « au nord de Tebessa, à la frontière algéro-tunisienne : à l’ouest de Bône, à Aïn Mokra, à Um et Tébul, où les scories sont très abondantes ; à l’est et à l’ouest de Philippeville [aujourd’hui Skikda, NDLR], dans le massif du Filfila et dans la région du cap Bougaroun ; dans la région de Djidjelli et de Bougie ; dans la région du cap Ténès, dans le Dahra ; à l’est d’Orléansville [Chelf] ; au nord de Saïda (Ġawr al Hadīd) ; dans les monts de Tlemcen. »

 

Mais comme l’auteur situe la conquête minérale dans cette région entre le VIIIe et le IXe siècle, les vestiges ne peuvent être datés que de l’époque musulmane, et peu d’indications laisseraient supposer qu’il y ai eu une importante exploitation romaine des métaux dans cette région.

 

Se basant sur les écrits d’Ibn Hawqal, Muqaddasi, Idrissi et Abu El Fida, il précise que « les mines de fer des environs de Bône et de la montagne qui domine la ville, le Ğabal Edough, sont exploitées du Xe au XIVe siècle ».

 

 Bakri, dans son « Kitāb al-masālik wal-mamālik », explique que « le très bon minerai extrait à bas prix des montagnes du pays de Qtama, en Petite Kabylie, dans le Ğabal Filfila, est exploité par le port de Bougie ».

 

Au XVIIIe siècle, le voyageur Thomas Shaw (1692 ou 1694-1751) dans « Voyages dans plusieurs provinces de la Barbarie et du Levant» indique que les Kabyles forgeaient le fer en petites barres et qu’ils produisaient des ustensiles variés, vendus à Bougie et à Alger. Léon l’Africain (1494-1554), dans sa « Description de l’Afrique » évoque aussi ce métal qu’on utilisait pour frapper la monnaie « petites pièces du poids d’une demi-livre ». Il écrit aussi que les habitants de Tefzara se contentaient d’extraire le fer et le portaient ensuite à Tlemcen, où il était transformé. Bakri évoque une mine à Qala Hawwara, entre Tlemcen et Tiaret et une autre près d’Arzew.

 

En 1789, l’abbé Poiret publiait son « Voyage en Barbarie, ou Lettres écrites de l’ancienne Numidie pendant les années 1785 & 1786 ». Dans la dernière partie, on peut lire : « Le fer est la substance la plus commune que j’ai remarquée dans cette chaîne de montagnes qui s’étend depuis Tabarque [aujourd’hui Tabarka, en Tunisie ; NDLR] jusqu’au-delà de Bône. Il s’y présente sous toutes sortes de formes (…) Dans quelques endroits de l’Atlas et du côté de Bougie, les Arabes exploitent le fer et ont appris l’art de le travailler. Ils en font des canons de fusils et des Instruments de labour. »

 

 

 L’exploration sous la colonisation française

  

En 1830 déjà, Rozet signalait des filons de fer et de cuivre de Mouzaïa. A peine plus de 10 ans après la conquête d’Alger, en 1843, Henri Fournel, ingénieur en chef des Mines, entamera quatre années de voyage à travers une grande partie du pays, puis trois années de recherche pour écrire « Richesse Minérale de l’Algérie (accompagné d’éclaircissements historiques et géographiques sur cette partie de l’Afrique septentrionale)». Considéré comme étant le pionnier de la prospection minière en Algérie, il découvrira çà et là des gisements de fer, du cuivre, de manganèse, de gypse… 14 ans après le début de la colonisation, dans « L’Algérie ancienne et moderne », Léon Galibert affirme à son tour que le fer abonde dans tout le pays et que les habitants des environs de « Bougie» l’exploitent depuis longtemps pour fabriquer des canons de fusil, des instruments aratoires et d’autres ustensiles. Et de noter : «Ils tirent aussi de ce sol montueux du minerai de plomb pour les usages de la guerre et de la chasse. A cinq ou six lieues de Mascara, dans les montagnes de la Tescha, il existe une mine de cuivre presque à fleur de terre. La direction du filon va de l’est à l’ouest, et, en plusieurs endroits, elle se rapproche tellement de la surface du sol, qu’elle lui communique une teinte verdâtre. »

 

Galibert évoque aussi l’or et le diamant, dont la présence est signalée à Constantine: «On a recueilli des diamants à Constantine parmi les sables aurifères de l’Oued-el-Raml, ou rivière de sable; et le nom de l’Oued-el-Dzchel (rivière de l’or), qui forme par sa jonction avec l’Oued-el-Raml, le Sou-el Gemar ou rivière de Constantine, dit assez que les eaux de ce fleuve roulent des parcelles d’or. Des indices analogues attestent sur d’autres points la présence des mines d’argent. » Selon lui, les pierres précieuses les plus communes dans l’Atlas seraient les grenats, les calcédoines et les cristaux de quartz. « Dès 1849, des concessions sont accordées, principalement pour l’extraction des métaux d’un prix élevé et dont la métropole est dépourvue », raconte Jacques Levainville dans un article publié dans la revue Persée. Mais l’essor réel de l’exploitation ne date que de 1900. Il est la conséquence de l’abaissement des tarifs de chemin de fer et de l’évolution économique qui a précipité l’Europe vers l’industrie métallurgique. On apprend ainsi que les prospecteurs ont parcourus sans relâche l’Algérie parce que les demandes de la sidérurgie européenne étaient considérables.

 

Dans un inventaire dressé au début du siècle par les services des Mines de l’Algérie, on compte plus de 150 gisements de fer répartis sur le territoire et dont la densité va croissant de l’Ouest à l’Est : le département de Constantine en compte 93, celui d’Alger n’en a plus que 30 et on n’en signale plus que 28 dans le département d’Oran. « Mais seuls un petit nombre de ces gisements est mis en valeur parce que la quantité de ce minerai n’est pas suffisante pour justifier une exploitation lucrative. Le minerai se présente sous des formes diverses et à une plus ou moins grande profondeur. Et suivant la profondeur et la direction des filons, l’extraction est souterraine (mines) ou à ciel ouvert (minières). Si les deux tiers des exploitations sont souterraines, les difficultés d’abatage ont pour effet de réduire la production des mines, qui ne fournissent que le tiers de la production totale. Les minières par contre, moins nombreuses mais d’une exploitation plus facile, produisent deux fois plus », écrit Blottière dans les colonnes du Cahier du centenaire de l’Algérie.

 

Au début du siècle, la production se situe entre 500 000 et 600 000 t. Elle dépasse les 1300 000 t en 1913.

 

Situation des ressources minières après la première Guerre Mondiale

 

Levainville note que le plomb et le zinc sont souvent associés, avec une supériorité de tonnage pour le second minerai, notamment « à Maaziz, dans le département d’Oran, Ouarsenis et Sakamody, dans le département d’Alger. Dans le département de Constantine, le phénomène est encore plus remarquable (…) Pour 1922, la production totale de l’Algérie a atteint 14180 t de minerais de plomb et 35 000 t de minerais de zinc. Il signale la présence de cuivre dans la région littorale près  de  Cherchell, près  de Jijel, près d'El Kala et celle du Bab M'teurba, dans le département d'Oran. Pour ce qui est du fer, l'auteur note que les gisements se trouvent répartis dans une bande qui se rapproche de la mer  en allant de l'Est vers l'Ouest Il cite leur emplacementmais précise que les plus importants sont en relation avec des calcaires, soit dans les terrains méta­  morphiques anciens (Mokta-ei-Hadid près de Bône), soit dans les  terrains secondaires (Lias   des  Babors,  du Zaccar, de Beni Sai), soit encore dans I'Aptien des confins algéro-marocains (Djerissa).

 Il précise aussi   que les minerais algériens comportent surtout des carbonates et des hématites très riches (48 à 60% de fer) et qu'ils sont généralement purs de tout phosphore, rarement arsenicaux, souvent man­ ganésés, «des qualités qui les rendent très propres à la fabrication des fontes Bessemer, des fontes de luxe» Après la première Guerre mondiale, l'Algérie exportait 1350 000 t de ce minerai, des chilires que les français espéraient voir tripler après la réalisation du nouveau programme de chemin de fer.

Le gisement le plus important en est celui  de l'Ouenza  dont l'exploitation commence en 1921. En 1924 sa production atteint les 600 000 t, selon Jean Blottière.

 

Levainville aborde la question du phosphate, découvert en 1873  par Philippe  Thomas,  vétérinaire  de l'armée,  près  de Ksar Boukhari. Une découverte qui-ajoutée à une autre en Tunisie et plus tard au Maroc- allait assurer à la France pour de longues années le monopole de la production des phosphates dans l’ancien monde. Les meilleurs gisements étaient ceux du constantinois • gisement du Djebel Onk au Sud de l'Aurès, gisements de M'sila de Bordj Redir dans la région de Tocqueville (aujourd'hui Ras elOued), gisements de Mzola au Sud des Babors. La France coloniale mettra en place une politique ferroviaire pour faciliter l'exploitation des ressources minérales de l'Algérie. « La première ligne ouverte sera celle qui reliera les gisements du Mokta-ei-Hadid au port de Bône, en 1864.En suite ce sera au tour de la ligne de Msila à Bordj-bou-Arreridj, destinée à l'évacuation,  par le port  de Bougie, des phosphates de la région  de Tocqueville. La ligne Bougie-Sétif, assurera l'évacuation des minerais de fer de la Kabylie des Babors», écrit Levainville qui poursuit • «A Bougie, les richesses du sous-solde la Kabylie fournissaient  l'élément le plus important et le plus régulier du commerce extérieur (75 000 t sur 256 000 t) Bône devenait prospère grâce à l'exploitation des gisements du Mokta-ei-Hadid. Son port exportait 200 000 t de phosphates, 16 900 t de minerai de plomb, 25 000 t de minerai de zinc. »

 En 1930, Jean Blottière notait •   « La production minérale est abondante et variée () cette industrie, à l'heure actuelle, rapporte à l'Algérie, du seulfait des exportations, plus de 250 millions par an ; c'est plus de 6% de la valeur totale des expéditions à destination de l'extérieur Le tonnage expédié dépasse 3 millions de tonnes.)) Pour cet auteur, elle n'avait cependant pas encore atteint son développement complet, les gisements connus à l'époque n'étant pas tous exploités.

Pour cette période et pour les besoins de l'agriculture, le phosphate se géné­ ralise. Dès le début de son exploitation, son essor est remarquable Blottière note 6000 t de production en 1893 qui dépassera les 100 000 t deux ans plus tard, puis 200 000 t après quatre ans. Elle atteindra au moins les 400 000 t avant la première Guerre. Vers 1930, elle se situait au-delà des 800 000 t.

L'auteur note pour le fer qu’il était le minerai métallique de loin le plus répandu en Algérie, fournissant à cette époque le plus fort tonnage à l'exploitation, s'établissant au-dessus des 2 mil­ lions de tonnes, dont le seul gisement de Ouenza fournissait 800 000 t.

 

Tout le minerai de fer extrait des gisements algériens est exporté,1 million de tonnes vers l'Angleterre, 6 à 700 000 vers la Hollande, 2 à 300 000 vers les Etats-Unis, 70 000 vers l'Alle­  magne, 40 000 vers l'Italie, 15 000 vers la Belgique  Les autres acheteurs plus ou moins réguliers  sont l'Autriche,  la Norvège et le Canada.

 

Selon Jean Blottière, la production des autres minerais métallique est beaucoup moins importante que celle du fer à cette période Le zinc se trouvait sous forme de blende et de calamine. L'extraction subissait l’influence des cours mondiaux ; aussi accusait-elle de fortes variations et passait-elle, d'une année à l'autre, de 30 à 60 000 t.

 

La production de galène, ou minerais de plomb, variait dans des proportions aussi considérables, de 15 à 25 000 t.

 

Bien moins importante était la production du minerai de cuivre, qui oscillait autour de 2 000 t.

 

La plupart des minerais de plomb et certains minerais de cuivre renfermaient de l'argent ; la production en était d'environ 607 tonnes par an. ll y avait aussi quelques gisements d'antimoine, de manganèse, de mercure, d'arséniate de plomb, dont l'exploitation était  assez irrégulière  L'exportation de ces  différents  minéraux rapportait à l'Algérie  entre  50 et  100 millions de francs  Plus tard, dans les années 1950, l'Algérie  contribuera à la prospérité  des industries de transformation métallurgiques de plusieurs pays européens, notamment la France, la Grande Bretagne et l'Allemagne. Mais les sociétés minières étrangères ont accéléré le   processus le processus d’écrémage des gisements, avant de limiter, puis stopper tout investissement dans le secteur, dans la perspective de l’Indépendance.

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

.Strabon « Géographie », Tome XVII, chapitre 3, page 11

 

. Stéphane Gsell « Histoire ancienne de l’Afrique du Nord » (Tome

 

V, page 211)

 

. Pierre Salama « Panorama de l’Algérie romaine, l’activité

 

commerciale », article, In Série Culturelle : archéologie, n°28-25

 

mai 1948 (suite au n°24, du 8/09/1947)

 

. Maurice Lombard « Les métaux dans l’Ancien Monde du Ve au

 

XIe siècle » p. 151-250

 

. Bakrī « Kitāb al-masālik wal-mamālik », trad. G. de Slane,

 

« Description de l’Afrique septentrionale... », Journal Asiatique,

 

5e série, t. XII, p. 498 ; t. XIII, p. 149

 

. Thomas Shaw « Voyages dans plusieurs provinces de la Barbarie

 

et du Levant»

 

. Léon l’Africain, nouv. éd. de la trad. de J. Temporal par Ch.

Schefer

 

 

 

 

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