Marché pétrolier La géopolitique revient comme facteur et renforce les prix

  • By Super User
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  • Posted 01 January 2018

Les pays producteurs et exportateurs de pétrole, qu'ils soient membres ou non de l'OPEP, ont dû attendre près d'une année pour voir le prix du baril de pétrole franchir la barre des 60 dollars, un seuil plus atteint depuis plus de deux ans, soit depuis le mois de juillet 2015. On se souvient que juste après la réunion d'Alger à la fin du mois de septembre 2016 et alors que le principe d'un accord de réduction de la production de 1,8 million de barils par jour engageant aussi bien les pays membres de l'OPEP que des pays non-membres, au nombre de douze, avait été scellé à Alger avant d'être confirmé à la réunion de Vienne, plusieurs ministres du pétrole de pays membres de l'OPEP avaient prédit que le baril de pétrole allait atteindre les 60 dollars à la fin de l'année 2016. À l’époque, son niveau se situait entre 45 et 50 dollars. Cette prédiction n'a pas eu lieu même si au cours des deux premiers mois de l'année 2017, le prix du baril de pétrole se situait au-dessus des 55 dollars. 

Deux principaux facteurs avaient empêché le baril d’atteindre les 60 dollars. La remontée des prix au-dessus des 50 dollars le baril avait favorisé la reprise de la production de pétrole de schiste aux États Unis. De plus, la production de pétrole en Libye et au Nigeria a repris d'une manière conséquente à partir du deuxième trimestre de l'année 2016. Ces deux pays avaient été exemptés dans l'accord de réduction de leur production, parce qu'ils avaient beaucoup perdu de leur niveau de production à la suite de la situation sécuritaire qui prévalait chez eux. Ces deux facteurs ont pratiquement effacé les effets de la réduction de 1,8 million de barils par jour appliqué par les pays membres de l'OPEP et douze pays producteurs de pétrole non-membres de l'OPEP. Il aurait fallu peut-être que la réduction soit plus élevée, de l'ordre de 2,5 à 3 millions de barils par jour pour que le niveau des 60 dollars soit atteint. Malgré cette situation de stagnation des prix, les pays producteurs ont persévéré dans leur action et cela a permis de maintenir le prix du baril légèrement au-dessus des 50 dollars durant les neuf premiers mois de l'année 2017 évitant ainsi un effondrement du marché. 

 

Le baril reprend à 60 dollars

 

C'est donc le 27 octobre 2017 que le pétrole de qualité Brent a atteint les 60 dollars à Londres, plus exactement vers 16h GMT le baril s'est négocié à 60,53 dollars. Les jours ayant précédé cet évènement, le pétrole avait grimpé graduellement. Cette remontée du prix du pétrole est due essentiellement à la volonté affichée par les principaux producteurs de pétrole engagés par l'accord de poursuivre leur action de rééquilibrage du marché et notamment les deux plus grands producteurs que sont la Russie et l'Arabie saoudite qui pèsent plus de 10 millions de barils par jour de capacité de production chacun. Cette volonté a été renforcée par le rapprochement entre la Russie et l'Arabie saoudite, rapprochement concrétisé par la visite au début du mois d'octobre du Roi Salmane à Moscou. C'était la première visite d'un Roi d'Arabie saoudite en Russie, une rencontre ponctuée par la signature d'une dizaine d'accords portant aussi bien sur l'énergie que sur l'armement. C'est justement à l'occasion de cette visite que la Président russe s'est impliqué publiquement sur la reconduction de l'accord de réduction de la production qui prenait fin au mois de mars 2018. Cette reconduction jusqu'à fin 2018 avait aussi obtenu le soutien du Roi d'Arabie saoudite qui avait déclaré qu' « il cherchait à renforcer les relations entre les deux pays, de plus en plus liées par l'économie, le commerce et la géopolitique ». C'est le ministre des Affaires étrangères de Russie, Serguei Lavrov, qui avait annoncé à la presse que les deux dirigeants soutenaient l'action de réduction de la production. Depuis le 6 octobre, le baril de qualité Brent se négocie à plus de 55 dollars, amorçant une remontée qui l'a conduit vers la barre des 60 dollars le 27 octobre. Depuis il est resté au-dessus de ce niveau des 60 dollars amenant plusieurs analystes à considérer que le pétrole resterait au-dessus des 60 dollars. Actuellement, le marché semble avoir souscrit à ce niveau des prix. 

 

L'Irak, l'Arabie saoudite et l'Iran comme facteurs de tension

 

Cette situation est renforcée par deux facteurs importants qui relèvent de la géopolitique. En effet, depuis la fin du mois d'octobre la géopolitique a repris ses droits dans l'influence sur le marché. Trois grands producteurs de pétrole à savoir l'Arabie saoudite, l'Iran et l'Irak sont impliqués dans des conflits qui peuvent avoir des effets sur l'offre de pétrole sur le marché.

 

À la fin du mois de septembre, le référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien organisé par les autorités locales de la région a dopé les cours du pétrole une fois que l'Iran et la Turquie ont décidé de ne pas traiter avec le Kurdistan dans le commerce du pétrole. Le référendum organisé le 25 septembre par la région autonome du Kurdistan irakien aurait obtenu plus de 90% de « oui » avec une participation de plus de 70%, soit plus de 3 millions de votants. Ce résultat inquiète tous les pays de la région où vit une importante communauté kurdes, notamment la Turquie et l'Iran. En appelant le gouvernement irakien à entamer un dialogue sérieux le dirigeant kurde, Massoud Barzani a déclenché des hostilités qui risquent de toucher plusieurs pays voisins. La Turquie, le Liban et l'Égypte ont réagi à travers leurs compagnies aériennes qui ont annoncé la suspension des vols à destination de la capitale de la région autonome. La région du Kurdistan fournit entre 500 et 550 000 barils par jour au marché et une perturbation des exportations entraîne un manque à gagner et renforce les prix. De plus, l'intervention de l'armée irakienne dont le gouvernement s'oppose à l'indépendance de la région et veut contrôler les gisements de pétrole situés dans le Kurdistan a créé une situation nouvelle dans la région. Une situation qui pourrait donner lieu à des affrontements autour des gisements de pétrole et des routes d'acheminement et ce, même si le gouvernement de Bagdad a repris les choses en mains en reprenant le contrôle des puits de pétrole. Selon plusieurs observateurs, le risque d'une guerre civile est présent. Cet aspect, le marché semble l'avoir intégré en poussant les prix au-dessus des 60 dollars le baril.

 

De nouvelles perspectives pour le marché

 

L'autre problème géopolitique qui vient renforcer les prix est la dispute entre l'Arabie saoudite et l'Iran. L'intervention militaire d'une coalition dirigée par l'Arabie saoudite au Yémen en 2015 avait créé une grande tension entre les deux pays. Au début du mois de novembre, un tir de missile sur l'aéroport International de Ryad fait monter de plusieurs crans la dispute entre les deux pays et le Prince héritier a utilisé des expressions très fortes qui font référence à un possible conflit direct entre les deux pays. Selon l'agence de presse officielle saoudienne, SPA, le prince héritier, Mohammed Ben Salman Al-Saoud aurait déclaré que « la fourniture de missiles aux rebelles houtis au Yémen était une agression militaire directe par le régime iranien », au cours d'un entretien téléphonique avec le chef de la diplomatie britannique Boris Johnson. Cette dispute qui a pris des proportions inquiétantes a influé sur le marché pétrolier. L'arrestation en Arabie saoudite de près de 200 personnes, des princes, des ministres et des hommes d'affaires dans une opération unique en son genre qui se voudrait anti-corruption a également influé sur le marché. La décision de l'Arabie saoudite de baisser ses exportations de pétrole de 120 000 barils par jour au mois de décembre a fait grimper les prix au début du mois de novembre en poussant les opérateurs à acheter. Le fait que le marché soit convaincu d'une reconduction de l'accord de réduction jusqu'à la fin de l'année 2018, la situation au Kurdistan irakien ainsi que les tensions entre l'Arabie saoudite et l'Iran devraient maintenir les prix du pétrole au-dessus des 60 dollars et ouvrir des perspectives à une hausse vers les 70 dollars dès la finalisation de la reconduction de l'accord de réduction.

Lies Sahar 

 

 

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