Les mines en Algérie Histoire d’un secteur pas comme les autres

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  • Posted 09 January 2018

Le présent article présente une description sommaire de l’épopée de l’activité minière algérienne, tout en relatant quelques péripéties vécues tout au long de mon parcours professionnel, entamé au début de la révolution industrielle engagée avec le plan triennal 1967/1969.

Beaucoup de spécialistes et d’économistes considèrent que l’Algérie a un avenir minier prometteur. Cette appréciation se fonde sur le potentiel minier très diversifié largement suffisant pour que des moyens importants puissent lui y être consacrés.

L’Histoire géologique et la structure très diversifiée du sous-sol national font que l’Algérie a une activité minière depuis l’antiquité, voire bien avant. Des fouilles archéologiques ont mis en évidence une véritable industrie de production d’armes élaborées par la civilisation atérienne, période 50 000 à -75 00 ans avant J.C., à partir des rognons de silex disséminés dans les banquettes formant le toit des couches phosphatées du gisement du Djebel Onk- Bir El Ater (wilaya de Tébessa). 

Par ailleurs, de nombreux vestiges d’une activité minière durant l’époque romaine ont été identifiés : cuivre (Ouenza), plomb argentifère (Sidi Kamber, Mesloula…), cinabre-mercure (M’Rasma), marbres (Fil Fila), sel (EL Outaya, Chotts…).

Dès les premières années de la colonisation française, des gisements furent mis en exploitation. Aussi, en 1954, les mines au sens strict étaient plus de quarante (40) : houille (1), minerais de fer (13), plomb-zinc-cuivre (6), antimoine (2), pyrite (1), baryte (2), kaolin (1), kieselguhr (3) bentonite-terre décolorantes (3), marbres (1), sel (5), phosphates (2), …

Les mines abandonnées au lendemain de l’indépendance par les sociétés étrangères ont été rouvertes compte tenu de la nécessité de relancer dans le contexte d’alors l’activité minière.

 La nationalisation des mines, intervenue le 6 mai 1966, a mis sous l’autorité d’une entité étatique, le BREM (Bureau algérien de recherches et d’exploitations minières), l’ensemble de l’activité minière. En 1967, le BREM cédait la place à Sonarem (Société nationale de recherches et d’exploitations minières). La nationalisation des richesses du 6 mai 1966 et les décisions historiques du 24 février 1971, relatives aux ressources nationales des hydrocarbures, ont constitué des étapes majeures dans l’édification du pays, dans ses dimensions économiques et sociales.

Nombre des mines nationalisées se trouvaient dans une situation critique. Les sociétés minières étrangères, dès le début de la guerre de libération, avaient accéléré le processus d’écrémage et stoppé tout investissement. Par ailleurs, très vite, il a fallu se rendre à l’évidence que plusieurs mines nationalisées, comme Sidi Kamber, Aïn Barbar, Ouarsenis…, ou abandonnée comme le Kouif, étaient épuisées.

De jeunes ingénieurs agissant sur l’autorité d’un grand monsieur, le directeur général de la Sonarem (1967-1972), M. Tahar Hamdi, fort de l’adhésion de toutes les catégories de l’important personnel minier d’alors et d’une participation active, il faut le souligner, d’une très importante assistance technique des « pays de l’Est » (plus de 600 spécialistes dans la recherche minière et l’exploitation minière), ont pu mettre en place, avec célérité et efficacité, les capacités nécessaires pour relever le défi de réaliser dans de bonnes conditions, non seulement la reconversion de vieilles mines mais également concrétiser un programme très ambitieux d’études de préengineering d’extension de certaines mines et de création de nouvelles mines.

C’est ainsi que durant la période prolifique 1967-1980 de l’activité minière, une multitude d’actions très concrètes ont été réalisées :

-Etudes : charbon Béchar, Fer Gara Djebilet, sel El Outaya, Bethioua, Sidi Bouziane, Guemel, extension phosphates Djebel Onk, acide phosphorique Tébessa, extension fer Ouenza-Boukhadra, phosphates Kouif… 

-Extension productions mines : Fer Ouenza-Boukhadra, phosphates Djebel Onk, plomb-zinc El Abed (réalisation unité de traitement de minerais + nouveaux puits)…

-Créations de carrières de calcaires pour granulats pour construction : Keddam, Arzew, Oued Fodda, Bejaïa, El Ghedir, Djebel Gustar.

Il est bon de rappeler quelques constatations majeures. Contrairement à une idée répandue, le recours à la tutelle (ministère, direction générale) n’a pas été contraignant, durant la période considérée, pour les équipes en charge de la production ou du développement. Elles ont bénéficié d’une grande autonomie dans l’accomplissement de leurs missions. Brossés à grands traits quelques exemples :

-Complexe mercuriel d’Ismaïl (Azzaba-Skikda) : cet important gisement mercuriel, découvert et évalué en 1967, a donné lieu à la réalisation d’une importante usine de production de mercure liquide. Lors du parachèvement de ce complexe minier début 1971, les prix d’une potiche de mercure de 34,5kg qui étaient de l’ordre de 200 US$ ont chuté sous les 100 US$. Pour maintenir la rentabilité de cette mine, l’équipe chargée de l’entrée en production :

-a réussi à produire du mercure liquide à hauteur de 99,99% en shuntant l’atelier dit de « marque supérieure » et ainsi ramener l’effectif nécessaire à 155 cmbe 355 prévu,

-à engager immédiatement la mise en place des équipements permettant le triplement de la production (27 000 potiches de mercure contre 9000 potiches) tout en maintenant l’effectif à 155 et ainsi en faire la deuxième mine de mercure liquide dans le monde, après celle d’Al Madem (Espagne). À noter qu’en 1985, l’Algérie a été le premier exportateur de mercure.

-mine de plomb-zinc de Kherezt Youcef (W. de Setif) : le développement de cet important gisement de plomb-zinc a été confié en 1965 à une société étrangère. Devant la défaillance de cette société, l’équipe de la division engineering et développement a élaboré un schéma d’exploitation limité à la seule partie 903-655 m des réserves minières ne posant pas de problèmes de venues d’eau et englobant 100 00,00 de tonnes. Ce nouveau schéma parachevé en 1974 a donné lieu à l’entrée en production en 1978.

Dès 1963, une compagne de recherches minières a été lancée. Cette opération visait surtout la recherche des minerais non ferreux de plomb, zinc, cuivre, mercure… et la reconstitution des réserves minières de certaines mines en activité. Les premiers résultats obtenus au cours de cette période, notamment la découverte de l’important gisement mercuriel d’Ismaïl (Azzaba) ont motivé le développement des efforts de recherches. Très rapidement, il a été mis en place à l’échelle du territoire un important dispositif matériel et humain pour la réalisation de travaux de recherches géologiques et minières. L’impact de la recherche minière sur l’économie nationale a été rentable : 3000 à 4000 emplois ont été créé dont plus d’un millier au Hoggar ce qui a entrainé une véritable révolution sociale.

Il peut être intéressant de rappeler quelques autres constatations majeures se rapportant à cette période 68-80 caractérisée par :

-potentiel d’exploration minière appréciable,

-mise en valeur rapide de plusieurs gisements :

               - gisement mercuriel d’Ismaïl,

               -réalisation d’une urne de traitement de minerais plomb-zinc de 680 000 t/an et d’un puits d’extraction et d’aérage d’une profondeur de 466 m dans la mine d’El Abed (W. de Tlemcen),

               -développement de la production des mines de fer de Ouenza et de Boukhadra à 5 millions de tonnes/an pour satisfaire les deux (2) hauts-fourneaux du complexe sidérurgique d’El Hadjar. À noter que le 22 avril 1980, il a été réalisé 08 trans/jour, ce qui correspond à 5 mt/an,

               -développement de la production de phosphates du complexe minier de Djebel Onk qui a été triplé à partir de 1977, par rapport aux années 1965-1975,

               -doublement des ateliers de traitement du minerai de phosphates du Djebel Onk (DK 2 et DK 3) entrée en production en 1977 et préengineering et préparation des documents d’un appel d’offres pour la réalisation de deux (02) nouveaux ateliers de production (DK4 et DK5) de 900 000,00 t/an chacun,

                -développement des productions des mines de baryte, de marbres, de bentonite-terre décolorantes, de sel…

 

Enfin, le ministère de l’Industrie et de l’Energie, dans le cadre du lancement du plan quadriennal 2974-1977, a demandé à SNMC (Société nationale de matériaux de construction) de mettre en œuvre un important programme de carrières de calcaires pour production de granulats, y compris de sables concassés pour la construction.

SNMC s’est rapprochée de la Division Engineering et Développement de SAONAREM pour prendre en charge 50% de ce programme, ce qui a été réalisé.

La mise en œuvre de la restructuration de SONAREM à partir de 1983 a donné lieu à la naissance de six (06) entreprises (EREM, EDEMINES, FERPHOS, ENOF, ENAMARBRE et ENASEL). Pour de multiples raisons, cela a conduit à l’arrêt de développement de plusieurs opérations se rapportant notamment aux phosphates, aux minerais de fer, aux marbres… et à la perte du savoir-faire capitalisé dans l’engineering minier.

De ce constat, quelles perspectives peut-on tenter d’esquisser pour l’avenir ? D’abord, rappeler une évidence trop souvent négligée : comme pour tous les autres secteurs d’activité, la nécessité de disposer de compétences essentielles aptes à prendre des décisions dans leur domaine d’activité. La maîtrise des opérations de conception, de réalisation et de gestion des investissements exige la mise en place de moyens humains importants, que ce soit dans le domaine de la recherche minière ou dans le développement d’un gisement minier.

Pour compléter ce tour d’horizon, il faut mentionner :

- Les mesures visant à augmenter l’efficacité  et à diminuer le coût de la recherche minière, notamment en séparant les tâches de conception des programmes de recherche et d’interprétation des tâches d’exécution des travaux géologiques et géophysiques, clairement développées dans le plan d’Action à long terme de la recherche minière, adopté en Conseil des ministres du 9 mars 1988. Ces mesures n’ont pas connu une réelle application.

- L’entreprise nationale de développement minier (EDEMINES) a été dissoute en 1996.

- Les capacités nécessaires pour une bonne prie ne charge de ces deux phases cruciales dans la mise ne évidence de cibles minières et leur développement, n’ont pas pu être maintenues

L’élan des années 60 s’est émoussé. Cela ne doit pas pour autant nous amener à conclure qu’un nouveau souffle ne peut être donné de nouveau afin d’assurer le plein épanouissement à ce secteur, ce que la nouvelle équipe récemment mise en place va déployer pour relever le défi.

(*) Hocine Anane, présentement conseiller auprès du Ministre de l’Industrie et des Mines

 

 

 

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