Marcel Alexandru , Ambassadeur de la République de Roumanie en Algérie : « Les hommes d’affaires roumains voient en l’Algérie un partenaire fiable »

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  • Posted 21 April 2018

 

Dans cet entretien, SEM. Marcel Alexandru, présente à OGB les angles de redynamisation des relations économiques algéro-roumaines traditionnelles dans le secteur économique, notamment énergétique. Il explique également les secteurs les plus porteurs pour les investisseurs roumains en Algérie ainsi que les projets de coopération universitaires.

 

 

 

 

Oil & Gas Business : La Roumanie est un partenaire traditionnel de l’Algérie, dans plusieurs secteur notamment celui de l’énergie. Après un recul observé pendant les années 1990, y a-t-il une stratégie de repositionnement sur le marché algérien ?

 

 

S.E. MarcelAlexandru: Les relations entre l'Algérie et la Roumanie sont des relations historiques. Elles remontent aux premières heures de l'indépendance. La Roumanie était en effet, le premier pays à avoir reconnu l'indépendance du jeune Etat algérien. Je dirais même que ces relations sont plus anciennes, étant donné que la Roumanie formait des cadres algériens même pendant la guerre d'indépendance. Dans le domaine énergétique en particulier, la Roumanie a été le premier partenaire de l'Algérie après son indépendance. Au-delà du fait qu'elle était l'un de ses principaux fournisseurs dans le domaine des vannes, la Roumanie a formé beaucoup d'ingénieurs algériens aussi bien en Roumanie qu'en Algérie. La présence roumaine en Algérie comptait un nombre important de professeurs roumains à l'Institut de pétrole de Boumerdès, ainsi que plu­ sieurs ouvriers et techniciens dans les gisements de Hassi Messaoud.

 

Ces bonnes et fortes relations bilatérales ont été affectées de façons négatives par un contentieux qui a opposé, il y a une quarantaine d'an­ née, l'entreprise roumaine de forage et d’équipements pétroliers Dafora à l’entreprise algérienne Sonatrach, suite à l'exportation d'installations de forage non conformes aux cahiers des charges. Des tentatives de résolutions étaient en cours avant le changement politique intervenu en Roumanie, suite au renversement de Nicolae Ceausescu. Suite à cela, Dafora s'est privatisée, puis a été rachetée par une autre entreprise, qui s'est scindée en deux. Sonatrach a gagné en procès d'arbitrage international, mais le problème perdure depuis des décennies. Dans le but de redynamiser ces relations, nous avons prévu trois propositions d'investissement.

 

Pourrions-nous avoir plus de précisions sur la teneur de ces propositions ?

 

La Roumanie dispose d'une grande tradition et d'un grand savoir-faire en matière de forage et de construction d'équipements comme les oléoducs et les vannes. Pour cela nous avons proposé, premièrement, la participation de notre plus grande société de forage Dafora - qui a fourni des prestations à son client autrichien OMV - à des activités de forage en Algérie.   La deuxième proposition réside dans l'établissement d'un partenariat avec un fabricant de pipes et canalisation qui a breveté un système de protection contre la corrosion. Un système multicouche en film plastique permettant d’augmenter la durée de vie d’un pipeline.  Cette entreprise possède tous les certificats de qualité auprès des institutions européennes et américaines. Ainsi, cet investissement permettrait un transfert de technologie vers l'Algérie. La troisième proposition prévoit de développer la fabrication des vannes en Algérie, à travers une filiale roumaine de l'entreprise américaine Cameron qui a été rachetée en 2015 par Schlumberger.  Cameron est le principal fournisseur de Sonatrach en vannes pour les hydrocarbures à haute pression.

 

En dehors de ce volet d’énergies fossiles, avez-vous prévu d’autres projets de partenariat dans le domaine des ENR ?

 

V ous savez, la Roumanie était le principal fournisseur de pétrole pour l’Europe, entre 1820-1945.Après 130 ans d'activité, ses gisements se sont épuisés, et ses réserves restantes n’assurent aujourd’hui que 7% des besoins internes du pays. Cette réalité a poussé la Roumanie à diversifier sa production interne dans des secteurs alternatifs. Aujourd'hui, le pays compte plusieurs entreprises spécialisées dans les ENR, et particulièrement dans l'énergie éolienne. Aujourd'hui, nous sommes parmi les pays les plus développés en Europe du point de vue de la production par KW de l'énergie éolienne. Nous disposons d'un grand nombre de petites entreprises de production de l'énergie solaire. Tous ces facteurs ont permis à la Roumanie d'acquérir un grand niveau de savoir-faire en la matière.

 

L’Algérie est un pays qui intéresse de très près les firmes roumaines, car il est destiné pour les énergies de demain, au regard de tout le potentiel solaire et éolien dont il dispose. D'ail­ leurs, nous prévoyons une mission de firmes roumaines spécialisées dans les ENR pour les mois qui viennent.

 

Vous dites que c’est un pays qui intéresse de près les investisseurs roumains. Pourrions-nous avoir des informations sur les secteurs les plus convoités ?

 

 

 

Nous ne disposons pas actuellement de chiffres exacts sur le nombre des entreprises roumaines installées en Algérie. Nous savons que la Roumanie est présente à l’heure actuelle, dans le secteur du bâtiment (génie, civile, construction. menuiserie). Je citerais

 

Ici les deux premiers exemples positifs, celui de l'investissement de Renault à travers son usine Dacia (Dacia qui est l'ancien nom de la Roumanie). Nous avons des composants de l'usine d'Oran qui ont été produits ici à travers le transfert de technologies de la Roumanie. Nous savons également que beaucoup d'usines viennent ici pour faire de l'assemblage dans un premier temps, avant de passer à l'intégration. Nous connaissons également l'expérience réussie de la création de la chaine UNO, avec Cevital, il y a plusieurs années.

 

En réalité, les hommes d'affaires roumains voient en l'Algérie un partenaire fiable pour le futur et nous nous attelons pour bâtir des ponts dans les plus larges catégories économiques. A titre d'exemple, nous voudrions préparer une mission d'hommes d'affaires roumains spécialisés dans les technologies de l'information et la communication (TIC). Notre pays a développé un grand savoir-faire en la matière. S'adossant sur une très bonne formation en mathématique, le pays a pu enregistrer une croissance à grande vitesse qui a converti le pays en hub européen des TIC observé à travers l'arrivée de boites étrangères notamment européennes pour s'investir dans le domaine. C’est d'ailleurs le pays qui compte la plus grande vitesse internet du continent. Nous comptons également organiser des missions dans le domaine de l’industrie de la défense, ainsi que dans le secteur agro-alimentaire. La Roumanie dispose plutôt de petites et moyennes entreprises que de grandes boites. Et comme chacun sait, les PME sont actuellement les véritables moteurs de l’économie mondiale.

 

Aviez-vous observé une quelconque réticence chez les investisseurs roumains vis-à-vis de la loi sur le partenaire majoritaire 49/51% ?

 

 

 

Vous savez cette règle 49/51% n’est pas appliquée uniquement en Algérie.

 

Chaque pays doit avoir une stratégie en conformité avec ses intérêts. Les hommes d’affaires souhaiteraient en principe avoir un peu plus de flexibilité, cependant, ils s’accommodent avec toutes les lois spécifiques aux pays dans lesquels ils évoluent. L’expérience, citée plus haut, dans le domaine de l’automobile démontre que cette loi ne constitue pas d’obstacle pour l’investissement.

 

Qu’en est-il de l’état des lieux des échanges commerciaux entre nos deux pays ?

 

 

 

L’Algérie est le principal partenaire nord-africain de la Roumanie, en termes de volume des échanges. Ce dernier se situe chaque année autour de 500 millions de dollars. Ces échanges bilatéraux sont plus dominés par l'exportation roumaine vers l'Algérie que par les importations.

 

Etant donné que l’économie roumaine s’est beaucoup diversifiée et que plusieurs firmes européennes sont présentes dans le pays, nous comptons une centaine de produits exportés de la Roumanie vers l'Algérie. Un nombre que nous souhaiterions augmenter rapidement. Nous travaillons beaucoup pour le transfert de la technologie el l'exportation des produits

 

Agroalimentaires, produits de l'industrie de base, produits électroniques, électrotechniques, de bois et de matières premières.

 

Malheureusement, les importations roumaines de l'Algérie sont très faibles en dehors des produits agroalimentaires. C’est la raison pour laquelle nous organisons ces missions en Algérie pour permettre d’identifier d’autres secteurs et produits qui pourraient intéresser la Roumanie. Nous croyons qu'une relation forte doit être équilibrée et basée sur une relation gagnant-gagnant.

 

 

 

Vous parliez de la coopération universitaire traditionnelle entre la Roumanie et l’Algérie. Ya-t-il de la continuité en la matière ?

 

Tout à fait. Nous voudrions relancer la coopération universitaire qui existait entre nos deux pays et qui s’est suspendue pendant les années 1990. Je pourrais affirmer que cette relation est en phase de redevenir de plus en plus forte.

 

Nous constatons lors des dernières années, une dynamique d’étudiants d’Algériens partant effectuer leurs cursus universitaires dans les universités roumaines. Principalement dans la médecine qui totalise 80% des étudiants algériens et 20% dans d’autres disciplines. Cela s’explique premièrement pour la langue, (le roumain est une langue latine et des cours sont dispensés en langue française), deuxièmement, pour les tarifs très abordables de l’inscription universitaire et de la vie en Roumanie, et, troisièmement, parce que les diplômes sont reconnus par les pays de l’UE. Nous octroyons annuellement une vingtaines de bourses, car nous encourageons fortement cette dynamique.

 

Nous encourageons également les roumains à venir effectuer des recherches en master et en doctorat en Algérie. J’ai rendu visite au recteur de l’université Alger 02, pour organiser le déplacement des étudiants des universités roumaines, dans le domaine de la linguistique arabe.

 

 

 

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