Lidia Divry, Présidente de Techno-Montréal : « Il faut accompagner la transformation numérique »

Sous l’effet de l’innovation numérique, l’industrie, l’économie et la société se métamorphosent, des trans-

 

formations profondes apparaissent dans leur organisation, leurs produits et leurs usages. Les clés du succès de la transformation numérique résident dans son dimensionnement, accompagnement et sa diffusion auprès des gouvernements, des entreprises et de la société.

 

Techno-Montréal est une des grappes industrielles en technologie de l’information la plus importante et la plus dynamique au Canada. Techno-Montréal entretient depuis toujours des liens étroits et privilégiés avec le monde économique et industriel. Acteur majeur de la recherche partenariale et de l’innovation en soutien au développement économique, Techno-Montréal fait de l’industrie du futur une priorité stratégique pour aborder les enjeux à venir et accompagner les entreprises dans leurs transitions.

 

OGB Magazine: Pouvez-vous nous définir ce qu’est une grappe industrielle, son rôle et l’intérêt des sociétés technologiques de rejoindre la grappe industrielle Techno-Montréal ?

 

Lidia Divry : Une grappe industrielle voit le jour quand il y a une concentration d’entreprises sur un territoire. L’objectif d’une grappe est, en priorité, de favoriser l’innovation et le maillage entre les entreprises pour développer le tissu économique et développer davantage les retombées économiques pour une zone géographique. À Montréal, il existe 9 grappes métropolitaines qui ont pour objectif de favoriser l’innovation et l’entreprenariat de certains secteurs. L’industrie technologique est un pilier important de l’industrie du Québec, elle représente 5 400 entreprises. Nous avons créé, en 2007, la grappe industrielle Techno-Montréal pour accompagner et accélérer cette innovation et devenir chef de file dans le monde. Techno-Montréal peut se définir comme étant une grappe compétitive de portée mondiale car nos entreprises développent essentiellement vers l’international.

La mission que s’est assignée Tech- no-Montréal est de favoriser la compétitivité, l’innovation et le rayonnement de notre industrie. Pour y parvenir nous mettons l’emphase sur tout ce qui est technologie dite de rupture (Big data, Intelligence artificielle, internet des objets, 5G, robotique) qui participent au changement des modèles d’affaires et des marchés de demain.

 

Afin d’aider nos entreprises à développer l’innovation et accélérer leur développement nous avons déployé, ce que nous appelons, la stratégie dite de marché. Cela consiste à identifier les marchés sur lesquels ces technologies ont ou auront un impact à court et moyen terme. Pour ce faire nous mettons en place des groupes stratégiques afin de développer des projets d’innovation qui ont un impact sur notre économie locale mais qui auront également un impact à l’international. L’autre axe de travail et qui est d’une importance capitale est de s’assurer que l’environnement d’affaires est toujours ajusté aux besoins des entre- prises technologiques. Nous mettons en œuvre des chantiers de promotion de l’industrie au travers desquels nous évaluons les politiques publiques en la matière, nous nous assurons que ces dernières sont à la hauteur des besoins de développement de nos entreprises. Nous agissons auprès des autorités politiques par la rédaction et la publication de mémoires ou par des audiences au niveau des comités parlementaires pour améliorer le climat des affaires afin de favoriser le développement de nos entreprises. Nous agissons aussi auprès des politiques en ce qui concerne le talent et les compétences pour nos entreprises. La matière première pour les entreprises technologiques est le talent, en ce sens nous essayons d’informer les parties prenantes sur les besoins actuels et futurs en termes de main-d’œuvre qualifiée.

 

Tout ce travail de promotion, d’information, de sensibilisation et d’anticipation des besoins futurs est indispensable pour le développement de nos entre- prises et leur compétitivité.

 

Le monde des technologies de l’in- formation est vaste, quels sont les marchés visés par Techno-Montréal ? Dans le cadre de notre planification stratégique nous priorisons trois marchés et travaillons sur la définition d’un quatrième marché à développer.

 

Les marchés actuellement visés par Techno-Montréal sont : le transport terrestre et intelligent, le marché de la santé, notamment celle en direction des personnes âgées, nous avons, à cet effet, mis en place un collectif santé. Enfin, nous priorisons le commerce qui est actuellement affecté par les technologies de rupture, qui doit, à court terme, mettre en place des stratégies pour maintenir les parts de marchés et développer d’autres segments.

 

En collaboration et en concertation avec l’industrie, nous travaillons à prioriser un quatrième marché. Ce dernier sera défini par l’industrie elle-même. Les discussions actuelles portent essentiellement sur l’énergie, le manufacturier, le bâtiment intelligent et les services financiers. Au terme d’un business case le Conseil d’administration se positionnera sur le développement de ce quatrième marché.

 

Quels liens avez-vous avec le gouver- nement Provincial et Fédéral et quelle forme de soutien recevez-vous ? Le fonctionnement de la grappe est assuré par le financement de trois paliers gouvernementaux qui sont : la région, la province et le gouvernement fédéral à hauteur de 70% de nos besoins. Les 30% restant sont assurées par les contributions de l’industrie. Concernant le développement de projets, le financement est assuré par l’industrie elle-même à hauteur de 50% à 70%. Dans cette logique les financements s’inversent.

 

Les liens que nous tissons avec les gouvernements sont importants pour l’industrie. Les gouvernements développent différentes planifications qui ont un impact direct sur l’industrie. Nous avons mis en place une table composée d’entreprises qui se penchent sur les différentes orientations gouvernementales et essayons d’assurer la position de leadership de notre industrie. Actuellement, les enjeux liés à la renégociation de l’ALENA sont importants pour nous. Une table se penche sur les thématiques sensibles de l’ALENA et les enjeux pour l’industrie dans le cadre de l’ALENA. Aussi nous essayons de développer de nouvelles opportunités pour notre industrie dans le cadre de l’entente Canada Europe.

 

Nos liens avec les gouvernements deviennent aussi très importants dans le cadre des différentes planifications gouvernementales sur les compétences et le talent. Compte tenu des besoins en matière de talents et la vitesse à laquelle le talent se transforme, il est primordial pour l’industrie d’informer et de sensibiliser les gouvernements aux différents enjeux ou du moins leur proposer des orientations pour répondre aux défis de notre industrie. Nous nous attachons, à Techno-Montréal, de toujours suivre les différents besoins et d’être dans une logique de coconstruction avec les gouvernements.

 

Au-delà de l’expression des besoins et des attentes de l’industrie techno- logique, Techno-Montréal joue un rôle important auprès des différents paliers gouvernementaux pour définir et mettre en place leurs stratégies numé- riques. Depuis 2010 et mon entrée à la grappe industrielle, Techno-Montréal a proposé aux gouvernements, notamment à la ville de Montréal, certaines orientations importantes dans la mise en place d’une stratégie numérique.

 

Il faut savoir qu’une stratégie numérique présuppose que l’infrastructure numérique soit présente et que des actions soient portées pour favoriser la transformation numérique. À ce titre j’ai participé, entre-autre, à un comité d’experts auprès du gouverne- ment provincial pour l’élaboration de cette stratégie numérique lancée en décembre 2017.

 

Techno-Montréal a une activité de promotion à l’international est-ce que vous pouvez nous expliquer comment est conduite cette activité ? L’industrie, les villes, les métropoles, les régions veulent se démarquer à l’international. En ce sens nous avons développé un brand qui s’appelle Technopolis qui est la plus grande stratégie de promotion au Québec. Avec Technopolis nous ambitionnons de promouvoir l’industrie des technologies de l’information et des communications nous souhaitons également faire valoir nos forces et nos atouts et faire valoir ce que nos entreprises peuvent offrir à l’international mais aussi au niveau du Québec et du Canada.

 

Nous disposons d’un service d’inter- nationalisation qui est un service qui permet de développer de nouveaux marchés en lien avec nos stratégies. Par exemple, dans le domaine du transport nous avons signé une entente avec la région de Toulouse en France pour essayer de développer de nouveaux projets et marchés pour nos entreprises et favoriser la collaboration avec les entreprises françaises.

 

En 2017, toujours avec la France, nous avons signé une entente avec la région nouvelle Aquitaine en e-santé pour faire valoir ce que nos entre- prises développent comme produits et services, ici au Québec, et essayer de trouver des axes de collaborations. Actuellement, on souhaite développer une entente avec la région Hauts-de- France, qui est un pôle d’excellence en commerce, notamment au niveau du e-commerce. Ce sont là des corridors d’affaires qui viennent exprimer ce que nous pouvons peut faire pour nos entreprises. Il y a quelques années, nous avions développé, dans le cadre de l’ALENA, des liens avec le Mexique. Le choix du Mexique répondait aux besoins de s’ouvrir vers un nouveau marché porteur mais aussi parce que le Mexique avait déjà une entente avec les pays d’Amérique du Sud ce qui pouvait favoriser nos entreprises à développer les autres marchés de l’Amérique du Sud.

 

Au-delà des marchés américains et européens existe-t-il d’autres marchés cibles tels que les marchés asiatiques ou africains ?

 

Le marché asiatique est singulier, nous avons déjà fait une mission d’exploration avec le Maire de Montréal en Chine afin de comprendre comment se développe le marché chinois. C’est un marché assez particulier, il faut toujours voir la culture ou la façon dont un marché se développe. Pour pouvoir s’insérer dans le marché Chinois il faut porter une attention particulière aux grands projets qui s’y développent et les stratégies des pays en la matière. Actuellement, nous suivons de très près la Grande Bretagne qui se développe dans le e-commerce ou commerce de détail des technologies. La Grande Bretagne devient une zone importante. Il y a quelques années nous avons com- mencé à explorer l’Afrique notamment parce que certaines de nos entreprises étaient présentes en Afrique. Mais là encore, l’Afrique doit se développer en fonction des orientations qu’un pays se donne, nous comprenons qu’en Afrique la transformation du numérique est très importante, nous avons eu récemment une rencontre avec la Tunisie pour voir comment s’investir et comment établir des politiques de développement sur l’économie numérique. L’Afrique est probablement un territoire que Techno-Montréal va commencer à regarder, mais cela se fera en fonction des accords bilatéraux ou des différentes stratégies d’un pays notamment lorsque celle-ci est en lien avec la transformation du numérique par le numérique. Une autre voix d’ouverture vers l’Afrique pourra se faire en fonction des différents marchés que nous développons au sein des groupes stratégiques.

 

L’Algérie, en matière de TI, est un pays très prometteur avez-vous, vous ou vos adhérents, des liens avec l’Algérie ?

 

Actuellement nous n’avons pas de liens avec l’Algérie, c’est pour nous un pays et un marché à découvrir. Nous devons, au préalable évaluer le potentiel d’un nouveau marché, mais si l’Algérie offre des opportunités il est certains que Techno-Montréal s’y intéressera et voir comment les entreprises adhérentes peuvent participer à l’essor de l’économie algérienne du point de vue de l’industrie des technologies de l’information.

 

Qu’est-ce qui selon vous, permettrait d’envisager des missions de prospections commerciales voir mettre en place des partenariats ?

 

Sur la base de notre expérience avec l’Afrique, notamment avec le Togo, nous avions eu les orientations et les volontés du président Togolais pour mettre en place une stratégie numérique. À cet égard, nous avions été interpellés pour notre rôle de grappe notamment pour le travail accompli par Techno-Montréal dans la mise en place de la stratégie de la ville intelligente, Montréal. Nous avions de ce fait collaboré en tant qu’expert pour accompagner et orienter la stratégie de développement numérique du Togo.

 

Concernant l’Algérie, nos entreprises pourraient participer à la transformation numérique de l’Algérie. Il nous faut, tout d’abord, connaître et comprendre la stratégie numérique algérienne, les orientations et les moyens que compte déployer l’Algérie. Ainsi, il serait plus facile pour nous d’envisager et d’évaluer des missions exploratoires avec certaines entreprises en lien avec nos représentations diplomatiques.

 

Vous êtes présidente de Techno-Mon- tréal depuis 2007, quelles sont vos principales réalisations, victoires et comment envisagez-vous l’avenir ?

Parler de victoires et de succès c’est avant tout rendre hommage au travail et à l’implication des entreprises et de l’équipe de Techno-Montréal. Lorsque nous avions travaillé sur le dossier Montréal métropole numérique en 2010, la victoire a été l’implantation de cette stratégie par la ville de Montréal et la création du bureau de la ville intelligente de la ville de Montréal. Deux ans plus tard, Montréal a été nommée ville intelligente de l’année. Le business Insider, Journal spécialisé en technologie, classe Montréal parmi les 25 hightech cities in the world. Ce classement se base, entre autres, sur le nombre de start-up présentent, les fonds de capital-risque présents. D’ailleurs sur les 3,5 milliards de dollars levés, 1,5 milliard l’a été au Québec dont 70% par les entreprises de la grappe industrielle Techno-Montréal.

 

Nos succès et nos réalisations sont à la fois la conséquence de l’effort de l’industrie et de la grappe mais aussi celui de l’écosystème montréalais en matière de technologies.

 

Grâce à l’écosystème montréalais et avec l’essor de Technopolis, Montréal va être de plus en plus importante et devenir incontournable dans l’industrie des technologies. L’avenir se dessine très bien pour Techno-Montréal et pour nos entreprises.

 

 

 

 

 

Bio express:

 

Présidente-directrice générale de technomontréal, la grappe des technologies du grand Montréal depuis plus de 7 ans, Lidia Divry cumule plus de 20 ans d’expérience en développement économique local et international. Son expertise allie à la fois la planification et le développement de parcs industriels et de r&d tout en soutenant les entreprises dans leurs projets de croissance. Titulaire d’un baccalauréat en administration des affaires, spécialisation en sciences comptables de l’Université du Québec à Montréal et membre de l’ordre des comptables professionnels agréés du Québec depuis 1994, elle obtient son MBA de l’Université du Québec à Montréal et de l’Université Paris–Dauphine à Paris. Depuis son entrée en fonction à technomontréal, Lidia a piloté le projet mobilisateur et porteur pour l’avenir numérique de Montréal « Montréal métropole numérique » (mmn) s’étant conclu avec succès en 2014, suivant la mise en place du bureau de la ville intelligente et numérique. 

 

 

 

 

 

 

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