Révolution dans le secteur du transport/ La demande de pétrole impactée par le véhicule électrique

Les ventes de voitures électriques dans le monde ont franchi le seuil du million en 2017, selon un rapport de l’Agence internationale de l’Énergie, avec un total de 1,1 million de véhicules atteint à la fin de la même année. Chaque année, l’Agence établit un rapport sur le véhicule électrique en s’appuyant sur l’« Electric Vehicles Initiative ». L’initiative est un forum qui rassemble plusieurs pays qui militent pour le développement du véhicule électrique dans le monde. L’initiative est coordonnée par l’Agence Internationale de l’Énergie, elle-même issue de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) qui regroupe les pays les plus avancés dans le monde. L’« Electric Vehicles Initiative » regroupe les plus grandes économies dans le monde, États-Unis, Canada, Royaume-Uni, France, Italie, Allemagne, Pays Bas, Suède, Norvège, Chine, Japon, Corée, Inde et Afrique du Sud. Le rapport qui a été rendu public au mois de mai considère le chiffre de 2017 comme un record et il représente une croissance des nouvelles ventes de voitures électriques de 54% par rapport à l’année 2016. Certaines statistiques donnent une idée de l’évolution de l’utilisation du véhicule dans certains pays. En Norvège, le pays le plus avancé dans le monde en matière de véhicule électrique, les voitures électriques représentaient 39 % des ventes de voitures neuves en 2017. Ce qui est énorme sachant que la Norvège est un pays pétrolier. Deux autres pays nordiques avancés dans le domaine du véhicule électrique ont réalisé des taux de ventes appréciables, l’Islande avec 11,7% de ventes de véhi- cules électriques vendus en 2017 et la Suède avec 6,3%.

125 millions
 de véhicules électriques en 2030

 

Toutefois, c’est en Chine que les ventes de voitures électriques ont atteint le chiffre le plus important avec plus de la moitié des ventes mondiales avec une part de marché de 2,2% en 2017. Les voitures électriques vendues en Chine ont atteint plus du double du nombre de voitures électriques vendues aux États-Unis qui est considéré comme le deuxième plus important marché de la voiture électrique dans le monde. Actuellement, le nombre de véhicules électriques en circulation dans le monde est supérieur à trois millions après avoir dépassé le million en 2015 et deux millions en 2016. En 2017, 40 % du total mondial de véhicules électriques se trouvait en Chine. Malgré le faible taux représenté par la voiture électrique dans le total du parc roulant dans le monde, l’évolution de l’utilisation de véhicule électrique a un impact certain dans la consommation de carburant et partant dans la consommation de pétrole brut. Le mouvement pourrait encore se développer à l’avenir grâce au soutien des pouvoirs publics dans les grands pays consommateurs de pétrole et grâce aussi à la réduction des coûts des véhicules électriques. Ainsi et selon les projections de l’Agence internationale de l’Énergie, le nombre de véhicules électriques en circulation dans le monde pourrait passer de 3 millions actuellement à 125 millions de véhicules électriques en 2030. Cette augmentation du nombre de voiture pourrait faire baisser la demande mondiale de pétrole de 2,5 millions par jour. Ce qui n’est pas négligeable si on se base sur les prévisions de la demande mondiale de pétrole en 2030.

 

Une baisse de la demande de 2,5 millions de barils

 

 Cette percée du véhicule électrique notamment pourrait affecter la croissance de la demande mondiale en pétrole brut même si certaines régions du monde connaissent une croissance appréciable. En 2017, les véhicules électriques auraient permis de remplacer 400 000 barils par jour la demande en essence et en diesel qui concernent les véhicules à deux et à trois roues ainsi que les autobus et les véhicules légers. Selon le rapport de l’AIE, Les prévisions qui donnent un chiffre de 125 millions de véhicules électriques en circulation en 2030 pourraient être plus élevées avec la possibilité de l’adoption de nouvelles politiques de soutien et de réduction des coûts de batteries, les incitations financières qui réduisent le coût d’achat des véhicules électriques, les normes d’économie de carburant et les réglementations sur les émissions polluantes qui soutiendraient une plus grande utilisation du véhicule électrique. Le chiffre de 125 millions de véhicules électriques sur la route est avancé selon les politiques existantes et annoncées, mais il pourrait atteindre 228 millions de véhicules électriques si les politiques des gouvernements devenaient plus ambitieuses en matière d’environnement et de climat. Les données de l’impact du véhicule électrique sur la demande mondiale de pétrole rejoignent en gros les prévisions de l’Opep. Ainsi dans son rapport annuel de 2017 « World Oil Outlook » sur les perspectives 2040, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole avait indiqué que si la demande mondiale de pétrole doit augmenter de 15,8 Mb/j passant de 95,4 Mb/j à 111,1 Mb/j en 2040, principalement portée par les pays émergents avec une augmentation de 24 Mb/j, la demande en provenance des pays de l’OCDE va diminuer de 8,9 Mb/j.

C’est dans les pays de l’OCDE que le mouvement de développement du véhicule électrique est le plus important et c’est dans ces pays que la croissance de la demande de pétrole sera affectée. Actuellement, les exportations de l’Algérie en pétrole brut et en produits pétroliers sont essentiellement dirigées vers ce groupe de pays. Un changement dans la structure de consommation de ces pays affectera automatiquement les exportations algériennes et partant, les recettes des hydrocarbures qui procurent l’essentiel des rentrées en devises du pays.

 

L’option de la valorisation

 

Cette situation montre à quel point la diversification de l’économie est vitale pour le pays. Et la nécessité pour Sonatrach d’opérer dès maintenant des changements dans sa politique de valorisation des hydrocarbures et de place- ment sur les marchés internationaux. La transformation des hydrocarbures et le développement de la pétrochimie aussi bien au niveau local qu’à l’échelle internationale à travers des partenariats deviennent un choix vital pour le pays qui continue de vivre grâce aux exportations des hydrocarbures. Durant la prochaine décennie, soit d’ici 2030, le pays va négocier une étape importante de son développement, une étape dans

 

laquelle Sonatrach mais aussi les grandes entreprises stratégiques du pays seront soumises à rude épreuve pour réussir la transition d’ici 2030. Les défis ne se situent pas unique- ment dans l’amont pour augmenter la production mais aussi en aval pour la transformation et la commercialisation. Actuellement, Sonatrach a relancé son programme de développement de la pétrochimie avec un projet local à Arzew avec le groupe français Total et un deuxième à l’international avec deux entreprises turques. Dans le domaine de la commercialisation, un redéploiement est en préparation pour sauvegarder les parts de marché de l’Algérie et innover en matière de marketing. L’autre enjeu réside dans l’internationalisation des activités qui touchent au secteur de l’énergie et l’exportation du savoir faire acquis depuis plus d’un demi-siècle. La Sonatrach comme la Sonelgaz dans le domaine des services peuvent se redéployer notamment en Afrique où la demande en savoir faire est importante et où l’expérience algérienne est très demandée. Des structures dédiées à l’international et à l’export pourraient être créées avec comme spécialité la conquête des marchés à l’export dans tous les domaines liés à l’énergie. 2030, c’est demain.

 

 

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