Marché pétrolier/ L’OPEP garde la main sur la situation

  • By Super User
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  • Posted 04 August 2018

L’OPEP a réussi lors de sa réunion du mois de juin 2018 à bien gérer une crise que certains observateurs avaient exagérée en pariant même sur la fin de l’accord de réduction conclu à la fin de l’année 2016 avec les pays exportateurs non-membres de l’OPEP. La baisse de l’offre de pétrole constatée chez certains pays producteurs comme le Venezuela, l’Angola ou la Libye et le risque de la baisse des exportations de pétrole iranien avec l’approche de l’entrée en vigueur des sanctions américaines contre l’Iran avaient amené plusieurs pays grands consommateurs de pétrole, comme la Chine, l’Inde et même les États-Unis, a demandé à l’OPEP de libérer plus de pétrole pour éviter que les prix n’aillent vers la barre des 100 dollars le baril. Des négociations ont été entamées entre l’Arabie Saoudite, principal pays producteur de l’OPEP et la Russie principal pays producteur du groupe des pays non-membres de l’OPEP signataires de l’accord de réduction de la production. Un compromis avait été trouvé pour permettre d’augmenter la production d’un million de barils par jour tout en poursuivant l’application de la réduction jusqu’à la prochaine échéance fin 2018. Dans la mesure où plusieurs pays avaient des difficultés à atteindre leur quota puisque l’accord était respecté à 152 %, il fut décidé de permettre aux pays qui le pouvaient d’augmenter leur production afin d’atteindre un respect de 100 % de l’accord de réduction. Cette solution avait trouvé un écho favorable parmi tous et les prix du pétrole se maintenaient autour des 75 dollars le baril malgré l’augmentation. À la fin du mois de juin, la moyenne du prix du baril de pétrole de qualité Brent était légèrement supérieure à 70 dollars. Par rapport à la moyenne de l’ensemble de l’année 2017, le gain par baril est supérieur à 19 dollars, soit plus de 37 %.

Un gain de37% par rapport à 2017

Le marché pétrolier est en train d’intégrer un nouveau facteur récurent. Ces derniers temps les interventions sur Twitter du président des États-Unis, Donald Trump, ont dominé les débats portant sur les prévisions des prix du pétrole. Très offensif, Donald Trump rend public toutes ses interventions même celles qui généralement revêtent le sceau de la discrétion d’autant plus lorsqu’il s’agit d’une intervention ayant la valeur d’une pression politique qui pourrait indisposer un partenaire poli- tique au niveau de son opinion nationale. Apparemment le président des États-Unis n’en a cure et se préoccupe plus de son image sur l’opinion américaine. Les interventions sur Twitter en direction de l’OPEP et même ceux qui ont fait référence à l’Arabie saoudite ont été perçus comme des directives. Mais au niveau du citoyen américain, elles doivent avoir été vues comme des interventions qui pourraient faire bais- ser le prix du pétrole et par conséquent le prix du carburant en pleine saison des grands départs sur les routes « driving season ». En effet, les actions média- tiques de Donald Trump sur les prix du pétrole ont commencé au même où débute la « driving season » aux États- Unis. Une saison qui a vu les prix du carburant augmenter avec la remontée des prix sur les marchés pétroliers y compris aux États-Unis. La grogne relayée par les politiques a amené le président des États-Unis à intervenir étant donné l’approche de l’échéance électorale du mois de novembre 2018 avec les élections de mi-mandat. Les Américains doivent voter au mois de novembre 2018 pour renouveler la composition de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Dans ces deux Chambres du Congrès américain, les Républicains détiennent la majorité. Et les estimations donneraient une large victoire des démocrates. Ce qui pourrait considérablement gêner la suite du mandat du Président Donald Trump.

 L’effet Trump

Or, dans l’activité de Donald Trump, il y a un grand paradoxe. D’un côté il veut agir pour une baisse des prix du pétrole afin d’éviter une augmentation des prix du carburant à la veille d’une échéance électorale importante pour le reste de son mandat et d’un autre côté il fait tout pour pousser ces mêmes prix à la hausse en étant très intransigeant vis-à-vis de l’Iran et de la programma- tion des sanctions contre ce pays, des sanctions qui devraient perturber l’offre du pétrole sur le marché et pousser  les prix vers le haut. Alors que les prix avaient touché la barre des 80 dollars le baril mardi 10 juillet à cause de plusieurs facteurs dont l’approche de l’échéance du mois de novembre, date de mise en œuvre des sanctions américaines contre l’Iran mais aussi la situation en Libye. La remise des terminaux pétroliers libyens à la compagnie nationale libyenne du pétrole par le Maréchal Khalifa Haftar a mis fin à la crise qui se dessinait et qui avait porté les prix du pétrole vers la barre des 80 dollars avec une perte de production de près de 250 000 barils par jour en Libye. La baisse des exportations aurait pu être plus importante que le chiffre cité plus haut avec un effet important sur les prix. C’est ce qui explique l’intervention des grands pays consommateurs.

En Libye, la bataille pour le contrôle du pétrole et partant des recettes en devises qu’il procure a repris de plus belle au mois de juin passé. Et ce serait les pressions des gouvernements occidentaux qui auraient dénoué le conflit. Selon des médias libyens, le président des États-Unis aurait adressé une lettre aux partis libyens en conflit et dont la teneur n’a pas été rendue public. Dans un communiqué rendu public mercredi 11 juillet la National Oïl Corporation (NOC) avait annoncé la levée de la force majeure dans les ports de Ras Lanouf, Es Sider, Hariga et Zuetina après la remise des installations à la société le matin du mercredi 11 juillet 2018. La NOC avait indiqué que les opérations de production et d’exportation allaient reprendre à leurs niveaux normaux dans les heures qui suivaient la publication du communiqué. Les responsables de la NOC n’ont pas manqué de féliciter le Commandement général de l’armée nationale libyenne pour avoir mis l’intérêt national en premier. Ils ont également remercié les membres de la communauté internationale pour les efforts qu’ils ont déployés pour résoudre la crise.

Les facteurs géopolitiques restent dominants

Abordant la source du conflit, le P-DG de la NOC, Mustafa Sanalla, a proposé un débat national pour résoudre la crise. Il a notamment déclaré : « Nous avons besoin d’un véritable débat national sur la répartition équitable des revenus pétroliers. C’est au cœur de la crise récente. La vraie solution est la transparence, c’est pourquoi je renouvelle mon appel aux autorités responsables, le ministère des Finances et la Banque centrale, à publier des budgets et des dépenses publiques détaillées. Les citoyens libyens devraient être en mesure de voir comment chaque dinar de leur richesse pétrolière est dépensé. Je travaillerai avec d’autres parties prenantes nationales pour améliorer la transparence et résoudre cette crise – dans l’intérêt de tous nos citoyens.» Cette amélioration de la situation du secteur pétrolier libyen a fait reculer les prix de plusieurs dollars en le portant juste en dessous de la barre des 75 dollars. Cet événement démontre que finalement le marché pétrolier reste complexe et beaucoup de facteurs jouent sur le niveau des prix. Ces derniers temps les facteurs géopolitiques ont beaucoup influé sur le niveau des prix. La baisse de la production au Venezuela pourrait se poursuivre encore et influer sur les prix comme la baisse des exportations iraniennes d’ici quelques mois.
Ce qui est sûr, c’est que la volatilité se poursuivra. Mais les prix devraient se maintenir dans la fourchette des 75-80 dollars le baril à l’approche du troisième trimestre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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