Yamina Saheb, Experte internationale « Sobriété énergétique, efficacité et renouvelable, la bonne approche »

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  • Posted 06 August 2018

 

Yamina Saheb est experte internationale des politiques d’efficacité énergétique et travaille chez OpenExp.
 Elle a été responsable scientifique du programme d’efficacité énergétique dans le bâtiment à l’institut de l’Énergie et des transports du centre commun de recherche (CCR) de la commission européenne (CE).

 

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Yamina Saheb : L’Union Européenne reconnaît depuis 2015 les économies d’énergie et non pas l’efficacité énergétique comme une source d’énergie à part entière. La différence entre les deux, c’est que pour faire des économies d’énergie, il faut passer par l’efficacité énergétique et la sobriété énergétique. Et pour faire une transition énergétique réussie, il faut aller vers des économies d’énergie et passer des énergies fossiles aux ENR. Donc pour cela, il faut faire de la sobriété énergétique, de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables.

Le grand problème à l’OCDE, c’est qu’on a travaillé sur l’efficacité énergétique et le renouvelable et pas assez sur la sobriété énergétique.

 

Et nous le voyons aujourd’hui, les consommations de l’UE ont réaugmenté une fois que l’économie a redémarré. Nous risquons de ne pas atteindre nos objectifs de 2020.

 

Nous pensons que l’une des raisons, c’est que nos politiques sont des politiques d’efficacité énergétique et pas du tout de sobriété énergétique.

 

Qu’entendez-vous par sobriété énergétique ?

La sobriété énergétique permet de poser la question du service énergétique. Par exemple : nous sommes dans cette pièce et nous avons besoin d’une certaine température pour avoir un certain confort et pour ne pas tomber malade. Cela constitue un droit ! Mais comment ce confort nous est-il fourni ?
Le premier moyen, c’est de bien construire. Ce qu’on appelle la construction bioclimatique. Par exemple, les maisons mauresques sont conçues de sorte qu’il n’y a pas besoin de climatisation. Par contre, si on vient construire un bâtiment juste à côté et qu’il n’est pas d’architecture mauresque, vous allez étouffer en plein été.

 

C’est un bel exemple, parce que la maison mauresque a été conçue de façon bioclimatique ; un travail a été fait sur l’orientation, les volumes etc, c’est cela la sobriété énergétique.

 

Par contre, dans l’autre bâtiment il faudra installer des climatiseurs. Donc, si vous avez raté l’étape de la sobriété énergétique, il faut résoudre le problème, sinon c’est un problème de santé publique. La solution que nous avons trouvé jusqu’à présent, c’est de mettre des technologies pour com- penser les erreurs de conception. En parallèle, on améliore les rendements technologiques, c’est une réalité. Le climatiseur aujourd’hui est beaucoup plus efficace qu’il y a 10 ans. Sauf qu’il faut se poser la question au départ : est-ce que j’ai besoin d’un climatiseur ? Dans la maison mauresque, non. C’est ça la sobriété énergétique.

 

Dans la sobriété énergétique, il y a une partie comportementale aussi, parce que je peux avoir un climatiseur et agir sur le réglage de la température. Cela relève de mon comportement. Par contre, si je suis dans une maison mal conçue, il faut de la climatisation, je n’ai pas le choix. Du coup ça n’est de ma faute, je ne suis pas responsable, je suis victime de cette situation.

 

Par contre, si je suis dans une maison où il y a un climatiseur et que je le règle à 24 ou 20 degrés, ce n’est pas du tout pareil, je suis responsable de mon choix.

 

Le parallèle peut aussi se faire dans le secteur des transports, d’autant qu’en Algérie, il est le secteur le plus gourmand en énergies...

 

En Europe, le secteur du bâtiment est celui qui consomme le plus : 40% de la consommation finale, ensuite vient le transport et ensuite l’industrie, parce qu’il y a de moins en moins d’industrie énergivore.

 

Pour régler ce problème, il faut axer sur le transport en commun. Donc, on revient à l’efficacité et à la sobriété. Dans tous les secteurs, il y a toujours ces 3 composantes : sobriété, efficacité et renouvelable.

 

Si vous habitez Paris, vous pouvez vous permettre de ne pas posséder de voiture. Parce que votre besoin est un besoin de mobilité et non un besoin de posséder une voiture. Vous avez droit à la mobilité. C’est vous qui décidez en tant que citoyenne ou citoyen.
Après, comment répondre à votre besoin de mobilité ? Il y a deux moyens. Le premier est un réseau de transport en commun géré de façon centralisée et optimisée, et c’est les pouvoirs publics qui gèrent ça avec ou sans partenaires privés. Moi, en tant que citoyenne je ne me soucie pas de ces détails, je prends un abonnement de transport public et je les emprunte. Mon rôle s’arrête là.

 

L’autre moyen de répondre au besoin de mobilité c’est de construire des routes et des autoroutes et d’accorder des crédits à des taux très intéressants pour que les citoyens achètent des voitures. C’est le cas à Alger, où il n’est pas possible de se déplacer sans voiture, parce qu’il n’y a pas le réseau de transports en commun nécessaire. Donc vous, citoyenne à Alger, vous avez une consommation d’énergie liée au transport certainement supérieure à la mienne à Paris, mais ce n’est pas de votre faute. C’est la faute aux politiques publiques qui ne vous fournissent pas le service de mobilité dont vous avez besoin et qui est un droit inaliénable pour vous ou moi quelque soit le lieu où nous résidons dans le monde. Limiter l’énergie liée au transport constitue de la sobriété énergétique, en amont. Mais en parallèle, ce qui a été fait ces dernières années, c’est qu’on a amélioré l’efficacité des moteurs. C’est une amélioration technologique de rendement. Les véhicules fabriqués de nos jours ont certainement un moteur avec un meilleur rendement pour ce qui est de la consommation due aux déplacements, en comparaison avec les véhicules d’il y a 20 ans. Cela relève aussi de l’efficacité énergétique. C’est une réalité, il y a eu une amélioration technologique des rendements. L’autre partie concerne le comportement. Par exemple, à Paris, la maire, Mme Hidalgo, a décidé de fermer les berges et les quais ce qui fait râler beaucoup de monde. Mais comme, en réalité, on n’a pas vraiment besoin de se déplacer en voiture dans cette capitale, vu que le transport en commun est largement assuré, il faut rendre la vie impossible aux automobilistes ! Il faut tout fermer, taxer, supprimer les parkings, il faut que ça leur coûte. En d’autres mots, il faut leur rendre la vie impossible pour qu’ils arrêtent d’utiliser leur véhicule !

 

La voie maritime pourrait être une option intéressante dans le nord algérien ?


Ce que nous avons appris avec les transports c’est que dans tous les secteurs, il faut une combinaison de différentes solutions et c’est très local. Il faut faire une étude d’impact. A Mar- seille par exemple, il y a le métro et le tramway et le transport par bateau a été également développé. Mais chaque ville a ses spécificités, les solutions doivent donc être développées au cas par cas.

 

 

 

 

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