La nouvelle route de la soie: Qui peut tenir tête au dragon chinois ?

  • By Super User
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  • Posted 02 November 2018

La guerre économique prononcée par le président américain Donald Trump, en mars dernier, contre la Chine, a vite expliqué à l’hôte de la maison blanche que l’ère de domination occidentale sur le monde touche à sa fin et que l’humanité est à l’aube de l’ère chinoise. Les États-Unis qui se renferment davantage à cause des politiques ultra-protectionnistes de Trump, tout comme les autres forces économiques régionales à l’instar de l’Union Européenne, savent très bien qu’il leur est impossible de résister dans les prochaines années, face à l’offensive économique du dragon chinois sur l’Asie, l’Europe et maintenant l’Afrique. Première économie mondiale en 2014, premier exportateur mondial depuis 2010, presque le premier investisseur économique dans tous les continents, la Chine, décuple depuis 1980 sa croissance économique tous les dix ans, passant de 1.9 mds de dollars de PIB au début des années 80, à 17.6 mds de dollars en 2014. Mais le pays qui s’attend à un vieillissement de sa population due à la politique de l’enfant unique adoptée en 1979 et l’atteinte du pic de sa production interne sur le long terme, a conçu de nouvelles stratégies d’expansions internationales. Outres les investissements massifs dans les cinq continents, le président chinois, Xi Jinping, lance en 2013 son initiative « La Ceinture et la Route », ou la nouvelle route de la soie. Une initiative qui consiste à construire un réseau d’infrastructures et d’échanges commerciaux reliant l’Asie à l’Europe et à l’Afrique, notamment par le biais des anciennes Routes de la Soie. Cette initiative comprend deux grands volets : la Ceinture économique de la Route de la Soie, et la Route de la Soie maritime du 21e siècle, pour un coût initial estimé à 8 billions de dollars. Le Céleste empire semble vouloir dire au monde entier que les choses sérieuses n’ont pas encore commencé ! En effet, avec ses projets titanesques et interminables s’étalant de la pointe de Hong Kong sur le Pacifique, aux côtes atlantiques britanniques, la Chine compte valoriser six grands couloirs économiques, qui sont en l’occurrence : le couloir économique Chine-Pakistan, Chine-Mongolie-Russie, le nouveau pont Eurasiatique, le couloir économique Chine-Asie centrale-Moyen- Orient, celui de Chine-Péninsule indochinoise et le couloir économique Bangladesh-Chine-Inde-Myanmar. Ces grands couloirs économiques, Trans asiatique, caucasienne, Asie-pacifique et Eurasiatique, ont été ébauchés au fil des siècles par les multiples civilisations et activités humaines. Pékin décide de les englober tous dans une même voie qui se veut sans égale dans la connexion inter humaine et inter économique trans- continentale. L’empire du milieu vise alors l’intégration des fonds gouvernementaux et non gouvernementaux dans les projets d’infrastructures et de développement des ressources dans les pays de «la Ceinture et la Route ». Pékin entame alors la signature d’une liste ininterrompue d’accords et de partenariats multilatéraux tels que l’accord de coopération économique et commerciale signé en mai dernier entre la Chine et l’Union économique eurasiatique (UEE) regroupant l’Armé- nie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Russie et l’Iran, dans le but d’optimiser la circulation des biens et services entre ces pays. Aussi, des accords avec tous les pays que traverse la nouvelle route de la soie, dans les domaines des infrastructures, des finances, de l’économie, du commerce, de la recherche, des sciences, de la sécurité, de la culture, etc. Le nombre des accords signés avec leurs détails dans chaque domaine et dans chaque pays donne le tournis. Un tournis forcément accompagné d’une grande impression et d’un sentiment d’impuissance qui pousse à s’interroger : Qui pourrait tenir tête au dragon chinois ? Ce projet transcontinental est déjà en cours de réalisation. En effet, l’un de ses principaux vecteurs de réalisation est le train de fret Chine-Europe X8044, qui relie la ville allemande de Hambourg à Wuhan, capitale de la province chinoise du Hubei (centre). Ce train qui a fêté le 27 août dernier son 10 000e voyage entre la Chine et l’Europe, permet de raccourcir la durée de l’acheminement des marchandises de la Chine à l’Allemagne à 22-24 jours, contre 52 à 56 jours avant son lancement en 2011. Le portail officiel de la « Ceinture et la Route » donne des détails assez significatifs sur l’avancée du trafic commercial transcontinental depuis le lancement de ce train. Li Chongyu, président directeur général de la China Railway International Multimodal Transport Co., Ltd (CRIMT), explique dans le portail que seulement 17 trains ont assuré la ligne de fret Chine Europe en 2011. « Depuis, le service a connu une croissance stable. En 2017, le fret ferroviaire a enregistré une croissance drastique, avec 3 673 trains, en hausse de 116%, dépassant ainsi le nombre total de trains de fret pendant la période de 2011 à 2016. L’élan de la croissance s’est maintenu en 2018, avec 2 490 trains de fret depuis le début de l’année, en hausse de 69% en glissement annuel. Le nombre de trains retours connaît également une augmentation stable, avec une hausse de 100%, représentant 69% du nombre de trains allers ». Des croissances de plus de 100%, alors que ce projet de reconfiguration de la donne géoéconomique mondiale n’est qu’à ces débuts ! Depuis son lancement, les investissements directs chinois dans les pays eurasiatiques ayant inté- gré le projet, ont dépassé 60 milliards de dollars, et créent plus de 200 000 emplois locaux. Après le renforcement de son implantation transversale sur les continents européen et asiatique, la Chine actuelle, tout comme les empires des Han (221 av. J.-C. - 220 ap. J.-C), puis des Tang (618-907), frappe aux portes des pays du Moyen Orient qui constituent des « partenaires naturels », de cette route, selon le président chinois. Le 09 juillet dernier, Pékin convie l’ensemble des pays du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord à un sommet dans lequel elle annonce le versement d’un prêt de vingt milliards de dollars, destinés au développement de “projets générateurs d’emplois et qui auront un impact social positif dans les pays arabes ayant des besoins de reconstruction”. La Chine renforce ainsi son positionnement dans ce qui constitue une passerelle médiane dans son projet qui traverse le tiers du globe. 60 mds de dollars d’investissements pour l’Afrique C’était sans doute la plus grande offensive économique chinoise de l’année : la réception le 02 et 03 septembre à Pékin des représentants des 54 pays africains, à l’occasion de l’organisation du troisième Forum de Coopération sino-africain (FOCAC), qui correspond à l’étape d’intégration du continent noir à ce projet incontournable du futur. « L’Afrique est une extension du développement historique et naturel de ‘la Ceinture et la Route’ et constitue un acteur important de cette initiative», a indiqué le président chinois, porteur de ce projet, à l’ouverture du FOCAC. Le Céleste empire décide d’octroyer 60 milliards de dollars de financement pour les pays africains. Une enveloppe colossale destinée à l’appui financier des gouvernements, ainsi qu’au financement des investissements dans le continent à travers des institutions financières et des entreprises. Cette décision a été accompagnée par le lancement de huit initiatives, devant couvrir plusieurs domaines, à savoir : la connectivité des infrastructures, la promotion industrielle, la facilitation du commerce, le développement écologique, le renforcement des capacités, la santé, les échanges humains et culturels, ainsi que la paix et la sécurité. Aussi, s’agissant de la connectivité des infrastructures, la Chine devrait mettre en place un programme, conjointement avec l’Union africaine (UA), afin de renforcer la coopération entre les entreprises sino-africaines dans le secteur des infrastructures. La Chine, qui s’est dotée en juillet 2013, d’un Fonds de développement Chine- Afrique de 10 milliards de dollars (plus de 8,4 milliards d’euros), a invité les investisseurs du monde entier à se développer en Afrique. Quelques années plus tôt, en 2007 précisément, le pays avait établi un fonds de placement d’investissements. Ce dernier sera impliqué dans la mise en œuvre d’un programme d’actions sur la modernisation de l’agriculture destiné à assurer la sécurité alimentaire en Afrique d’ici 2030. En effet, le président chinois, s’est donné cette échéance pour « éradiquer la faim en l’Afrique », a-t-il promis lors du FOCAC. Pour l’heure, ce chef du parti communiste chinois a consacré un fonds de plus de 145 millions de dollars destiné à une aide alimentaire humanitaire d’urgence pour toutes les catastrophes naturelles que connaît ou pourrait connaitre le continent. Xi Jinping qui a précédé l’organisation de cet évènement par une grande tournée africaine, l’ayant conduit notamment au Sénégal, à l’Ile Maurice, au Liberia, en Afrique du Sud et au Rwanda, a tenu à rassurer ses convives « la Chine n’assortit ses investissements en Afrique dans le cadre de «la Ceinture et la Route» d’aucune condition politique, ne s’immisce pas dans les affaires intérieures des pays africains et n’impose pas ses exigences aux autres ». En effet, les accusations occidentales d’une nouvelle forme de colonisation par les dettes financières, n’ont pas tari durant toute la période préparatoire à l’organisation du FOCAC. Le géant asiatique est effectivement devenu un créancier majeur du continent et totalise à lui seul 14 % du stock de dette d’Afrique subsaharienne. « Les Africains n’ont pas oublié l’histoire. L’Afrique n’a jamais été colonisée par la Chine. Au contraire, la Chine s’est levée pour soutenir les mouvements de libération africains », a rétorqué le quotidien chinois le Peuple, au deuxième jour du forum. Mais la présence chinoise en Afrique n’est pas uniquement indexée par cette dette à la fois colossale et effrayante. En effet, des statistiques montrant l’augmentation de 55% de ventes d’armes chinoises aux pays africains entre 2013 et 2017, ainsi que la création d’une base maritime militarisée dans la Corne de l’Afrique, ont fait planer le doute sur des « ambitions extra-commerciales » de Pékin dans le continent noir. Possédant un port de logistique militaire à Djibouti, Pékin est accusé de participer aux trafics d’armes dans le continent, notamment dans les zones de conflits. Une étude publiée le 3 septembre par l’entreprise britannique EXX Africa, affirme avoir « des preuves que les armes chinoises se dirigent de la base de soutien de l’APL chinoise à Djibouti et du port commercial de Djibouti vers les zones de conflit africaines placées sous embargo sur les ». Djibouti est -toujours selon EXX Africa- devenue ces dernières années la plaque tournante du trafic d’armes entre les pays d’Afrique et le Yémen. Toutefois, la Chine qui est également en train de construire la plus grande zone franche du continent africain dans ce pays de la pointe de la Corne africaine, assure que cette base militaire a été édifiée dans le but de protéger ses investissements considérables dans l’infrastructure sur le continent, notamment les lignes de chemin de fer, les barrages hydroélectriques et les nouveaux projets portuaires dans des pays tels que le Kenya, le Soudan et l’Éthiopie. Pour rappel, l’empire du milliard est déjà le premier partenaire commercial du continent africain depuis 2009. Le volume des échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique a augmenté de 14% pour atteindre 170 milliards $ en 2017, avait indiqué, le 28 août dernier, le vice-ministre chinois du commerce, Qian Keming. Un volume qui a déjà augmenté de 16% entre janvier et juin 2018, pour atteindre 98,8 milliards $. Le géant asiatique, est également le premier investisseur en Afrique depuis 2016, avec 36 mds de dollars injectés sur un ensemble de 92 mds de dollars.

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