Marché pétrolier: L’Opep se projette au-delà de 2018

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  • Posted 10 November 2018

A la veille de la 10e réunion du Comité ministériel de suivi conjoint Opep non-OPEC Ministerial Monitoring Committee (JMMC)), tenue à Alger le 23 septembre, l’opinion mais aussi les médias se sont focalisés sur les conséquences des tweets du Président des États Unis Donald Trump dirigés contre les pays producteurs de pétrole membres de l’Opep et notamment les pays producteurs du Golfe. S’il était intéressant de voir la réaction des pays producteurs de pétrole engagés dans une action de stabilisation du marché à travers une réduction de la production, la focalisation a fait oublier un évènement important de la réunion du Comité et l’avenir de cette coopération entre pays producteurs à trois mois de la fin de l’accord de réduction, le 31 décembre 2018. Pourtant des indices avaient montré que les pays producteurs de pétrole se préoccupaient plus de l’avenir de leur relation et des défis qui les attendaient en 2019 que de la réponse à donner aux tweets de Donald Trump. Si le comité de suivi qui se réunissait à Alger est composé de cinq pays, trois pays membres de l’Opep (L’Al- gérie, le Koweït et le Venezuela) et de deux pays non-membres de l’Opep (la Fédération de Russie et Oman) renforcé par l’Arabie saoudite après la reconduction de l’accord et que sa tâche principale était le suivi depuis le premier janvier 2017 de l’application de la réduction de la production de 1,8 million de barils par jour, lors de sa réunion à Alger, ils étaient près d’une vingtaine de représentants de pays invités présents entre pays membres de l’Opep et non membres de l’Opep. Parallèlement aux travaux programmés de suivi du marché, les représentants des pays présents ont pu consulter un projet de Charte qui définit le futur des relations entre les pays producteurs de pétrole après la fin de la période de l’accord de réduction au mois de décembre 2018. L’ordre du jour avait été explicité la veille par un délégué qui avait estimé que le marché était bien approvisionné et tendait vers l’équilibre. Concernant l’approche de l’hiver qui induit une augmentation de la demande mon- diale de pétrole et la date de l’applica- tion des sanctions américaines contre le secteur pétrolier iranien, le délégué avait estimé que des pays producteurs disposaient des capacités addition- nelles de production de pétrole brut pour répondre au manque. Toutefois, il avait considéré que le plus impor- tant pour l’Opep était de se préparer pour l’année 2019 dans la mesure où l’accord de réduction prend fin le 31 décembre 2018. Si l’évènement de la réunion était suivi dans le monde entier plus que d’habitude du fait de l’activité du Président des États Unis, Donald Trump, sur le réseau social Twiter et de l’augmentation du baril de pétrole au-dessus de 80 dollars, les réponses des ministres des pays producteurs ont pratiquement aug- menté la pression dans la mesure où ils ont répondu sereinement à Donald Trump.

La Russie veut poursuivre
 la coopération

La réponse la plus nette a été faite publiquement par le Président de la conférence de l’Opep, le ministre émi- rati de l’Énergie, Suhail al-Mazroui, quelques minutes avant l’ouverture officielle de la réunion du Comité. « Notre objectif est d’étudier le marché. Le marché est actuellement équilibré, il n’y a ni surplus ni hausse dans les stocks. Nous avons une décision issue de la conférence des ministres qui s’est tenue au mois de juin passé pour atteindre les 100% de la conformité et nous allons vers cette conformité », avait-il indiqué. À propos des pressions extérieures, et notamment des interventions du Président des États Unis, le Président de l’Opep avait indiqué « Nous ne sommes pas concernés par les prix. Les prix sont un résultat et non un objectif. Nous sommes concernés par l’équilibre du marché et le marché est équilibré depuis 3 mois. Jusqu’à présent. il n’y a ni manque, ni surplus dans les stocks. Nous ne sommes pas concernés par les pressions extérieures. Nous sommes une orga- nisation concernée par l’équilibre du marché et non pas une organisation politique ». Concernant le futur de la coopération entre les pays Opep et non-Opep, le ministre avait déclaré « Nous espérons de bonnes perspec- tives. À la prochaine réunion, nous atteindrons un consensus avec la participation de tous ces pays et nous espérons une coopération au-delà de 2019 ».

Cette coopération a été abordée aussi par le chef de file des pays non- Opep. Le ministre de l’Énergie russe, Alexandre Novak, qui s’exprimait à l’ouverture des travaux du JMMC, avait appelé à l’élargissement de la coo- pération entre les pays producteurs de pétrole pour obtenir une stabilité à long terme sur le marché mondial. « À l’approche de la fin 2018, il est nécessaire de réfléchir sérieusement à l’élargissement de notre partenariat pour faire face aux nouveaux défis actuels et futurs », a-t-il déclaré avant d’ajouter « Bien que la situation des marchés pétroliers soit meilleure actuellement aussi bien pour les consommateurs que les producteurs, nous devons éviter les défis suscep- tibles d’influer sur les deux parties ».

L’OPEP propose
 une charte

À la question de savoir ce qui va se passer après la fin de l’accord de réduction, en décembre 2018, l’Opep a déjà entamé un travail de concertation avec les pays producteurs. Selon le ministre du pétrole saoudien, Khalid El Falih, qui s’exprimait à la fin de la réunion du JMMC, « Des consultations ont été ouvertes avec tous les pays, notamment avec le pays présidant la conférence de l’Opep, avec le ministre Suhail al-Mazroui, avec la Fédération de Russie et le ministre Alexander Novak, concernant la recherche de l’outil approprié qui permettra la poursuite de la coopération. Parmi les choix proposés figurent l’élar- gissement de l’Opep et l’entrée des pays participant à la coopération avec l’Opep», a-t-il ajouté.

Ainsi l’élargissement de l’Opep figure comme l’une des ambitions permettant de poursuivre l’objectif d’équilibre du marché et sa stabilité. Toutefois, l’idée qui a rassemblé le plus est celle qui consiste à proposer une nouvelle charte pour l’accord actuel qui n’a pas de date limite bien précise. En clair l’Opep recherche un accord permanent pour l’équilibre du marché. D’ailleurs un projet de texte a été distribué aux délégations présentes et l’Opep a demandé qu’un travail de concertation se poursuive au niveau technique, ministériel et même au plus haut niveau. C’est-à-dire au niveau des Chefs d’États. La confé- rence ordinaire de l’Opep qui devait se tenir le 3 décembre a été reportée au 6 décembre et la réunion qui devait suivre entre les pays Opep et non Opep, le 4 décembre a été reportée au 7 décembre. C’est au cours de cette dernière réunion du 7 décembre que la nouvelle charte devrait être adoptée et un appel à la tenue d’un sommet des chefs d’États des pays qui vont adhérer à cette charte sera lancé. Le principe étant d’aboutir à une coo- pération pour l’économie mondiale entre les pays producteurs et les pays consommateurs selon les principes voulus par l’Opep. Avant la tenue de cette réunion, le JMMC doit se réunir le 11 novembre à Abou Dhabi aux Émirats Arabes Unis.

Ce sera aussi l’occasion de discuter de la réponse des pays producteurs aux préoccupations du marché.

L’OPEP veut s’élargir encore

Concernant le niveau de production, les pays producteurs de pétrole engagés dans l’accord de réduction se basent sur la décision prise au mois de juin à Vienne et qui soulignait la nécessité d’atteindre le taux de 100% pour la conformité après avoir constaté un manque dû aux problèmes vécus par des pays comme la Libye ou le Vene- zuela et qui avait porté la conformité à prés de 149%. Cela supposait une augmentation de la production tout en respectant l’accord de réduction. Selon les données, la conformité avait été de 109% au mois de juillet avant des baisses de la production dues à des opérations de maintenance et qui avaient porté cette conformité à 129%, selon le rapport du Comité technique. Les pays membres de l’accord se sont engagés à Alger à porter cette conformité à 100% au mois d’octobre. Ce qui sous-entend une augmentation de la production sans remise en cause de la réduction.

Selon des données compulsées par des sources secondaires, au cours du mois de septembre, les pays producteurs ont augmenté leur production qu’ils soient membres ou non de l’Opep. À elle seule, la Russie aurait augmenté sa production de 390 000 barils par jour. Tandis que l’Arabie saoudite a mis sur le marché environ 110 000 barils de plus par jour. Globalement les pays de l’Opep auraient augmenté leur production de 180 000 barils par jour. La conformité pour l’ensemble des pays serait la même que celle de juillet, soit environ 110%. Actuellement les prix qui sont au-dessus des 80 dollars le baril sont surtout portés par le risque de voir la production iranienne baisser de plus d’un million de barils par jour, et ce, sans compter les baisses de produc- tion au Venezuela. À la fin du mois d’octobre, la visibilité sera meilleure puisqu’on saura si l’Arabie Saoudite, qui a affirmé détenir une capacité additionnelle de 1,5 million de barils, a pu agir en cas de manque.

Des dérogations US en vue

L’autre hypothèse qui éviterait une augmentation des prix vers les 100 dollars le baril serait de voir les États Unis octroyer des dérogations à certains clients de l’Iran pour éviter justement une très forte augmentation des prix durant l’hiver qui enregistre une forte augmentation de la demande. Lors de la prochaine réunion du JMMC le 11 novembre à Abou Dhabi, la situa- tion sera plus claire après l’entrée en application des sanctions américaines. Mais toutefois l’Opep et ses alliés restent préoccupés par ce qui va arri- ver en 2019, année où est attendue l’arrivée de nouvelles quantités de pétrole brut en provenance de pays producteurs non concernés par l’ac- cord de réduction, États Unis, Brésil et Canada notamment.

Ce qui sous-entend un nouvel accord de réduction de la production pour éviter l’augmentation des stocks au-delà de la moyenne voulue par les pays producteurs et ainsi stabiliser le marché.

 

 

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