Marché pétrolier/ Vers une nouvelle réduction de la production

  • By Super User
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  • Posted 24 November 2018

La chute importante des prix du pétrole durant le mois de novembre 2018 fait diriger tous les regards vers la Russie et l’Arabie Saoudite, deux grands pays exportateurs qui produisent plus de 10 millions de barils par jour et qui ont augmenté leur production d’une manière importante durant le mois d’octobre. Et ce, à la demande de plu- sieurs pays grands consommateurs qui avaient estimé que l’entrée en vigueur des sanctions américaines contre le secteur pétrolier iranien au début du mois de novembre, pouvait faire porter les prix au delà de 100 dollars, ce qui serait mauvais pour la croissance mondiale de l’économie. Au sein de l’OPEP, plusieurs pays se mobilisent et militent pour la nécessité de revenir aux quotas décidés lors de la conclusion de l’accord de réduction de 1,8 million de barils par jour. A la veille de la 11ème réunion du Comité ministériel de suivi conjoint OPEP/non-OPEP (Joint OPEC/non-OPEC Ministerial Monitoring Committee-JMMC), qui devait se tenir le 11 novembre à Abou Dhabi, les contacts et les consultations se sont multipliées. En effet c’est le JJMC qui est en charge de l’analyse du marché et qui doit aussi proposer la conduite à tenir pour la Conférence qui doit réunir les pays OPEP et non OPEP signataires de l’accord de réduction de la production. Cette réunion aura lieu le lendemain de celle de l’OPEP prévue à Vienne le 6 décembre prochain. Alors que le prix du pétrole avait atteint les 86 dollars (86,29) le 3 octobre 2018, il a chuté à moins de 70 dollars (69,13) le vendredi 9 novembre à la mi-journée. Le recul a été de plus de 15 dollars en un mois et c’était la première fois depuis le mois d’avril 2018 qu’il se situait à ce niveau là. Toutefois en moyenne, la baisse du prix est moins importante puisqu’au mois d’octobre, la moyenne du prix du baril de pétrole a été d’environ 81 dollars et depuis le début du mois de novembre, la moyenne se situerait à environ 71 dollars le baril, à moins de 10 dollars par rapport à la moyenne du prix du mois d’octobre. Ce qui est quand même important vu les perspectives qui ne s’annoncent pas bonnes pour la demande mondiale de pétrole en 2019.

Une baisse importante des prix

A cette occasion, les pays exportateurs de pétrole appréhendent une chute plus importante des prix du pétrole au début de l’année 2019, surtout que la production de pétrole de schiste aux États-Unis est appelée encore à augmenter durant l’année prochaine.
La situation actuelle s’explique sur- tout par le fait que l’administration américaine avait annoncé qu’elle allait réduire complètement les exportations iraniennes dès qu’elle mettrait en vigueur des sanctions contre le secteur pétrolier au début du mois de novembre. Cette annonce avait déjà commencé à faire augmenter les prix dès le mois de septembre. Ce qui avait poussé les pays exportateurs de pétrole signataires de l’accord de réduction de production, essentielle- ment la Russie et l’Arabie Saoudite, à envisager une augmentation de la production dès le mois de juin pour remplacer le pétrole iranien qui allait être retiré du marché. Or l’administration américaine a reculé pour ensuite accorder des dérogations à huit pays clients de l’Iran. Auparavant, plu- sieurs grands pays consommateurs avaient demandé au Président des États-Unis, Donald Trump, de laisser l’Iran continuer à vendre son pétrole pour éviter que les prix augmentent en hiver, une période où la demande est importante. Plusieurs analystes avaient prédit un baril à 100 dollars, un niveau qui aurait pu gêner par la suite la demande mondiale de pétrole et entrainer un recul de la croissance économique, mais aussi à moyen terme une baisse des prix du pétrole. C’est ce qui explique surtout la décision de plusieurs pays d’augmenter leur production. Sauf que les dérogations en faveur de grands clients du pétrole iranien n’ont pas affecté les exportations iraniennes. Et le marché s’est retrouvé avec un surplus qui a fait reculer les prix d’environ 15 dollars si on analyse les séances de cotations sans tenir compte de la moyenne.

Le recul de l’administration américaine

Si l’on se base sur les données recueillies par des sources secondaires telle que Platts, dont les enquêtes sont prises en compte par l’OPEP, on constate que depuis le mois de mai, une augmentation substantielle de la production des pays membres de l’OPEP a été enregistrée à la fin du mois d’octobre 2018. Cette augmentation a été décidée lors de la conférence du mois de juin 2018 tenue à Vienne pour compenser le manque d’offre des autres pays de l’OPEP. Ainsi, l’Arabie Saoudite aurait atteint au mois d’octobre 2018 un niveau de production de 10,670 mil- lions de barils par jour. Par rapport à la production du mois de mai 2018 qui était de 10,010 millions de barils par jour, la hausse est de 660 000 barils par jour. Les Émirats Arabes Unis ont eux aussi augmenté leur production d’une manière importante dans la mesure où leur production est passée de 2,870 millions de barils par jour au mois de mai 2018 à 3,170 millions de barils par jour au mois d’octobre, soit une hausse de 300 000 barils par jour. L’Irak a lui aussi augmenté sa production puisqu’elle est passée de 4,470 millions de barils par jour au mois de mai 2018 à 4,620 millions de barils par jour au mois d’octobre 2018, soit une hausse de 150 000 barils par jour. La production de pétrole en Libye a elle aussi augmenté depuis le mois de mai puisqu’elle est passée de 950 000 barils par jour à 1,100 million de barils par jour au mois d’octobre, soit une hausse de 150 000 barils par jour. L’augmentation cumulée de ces quatre pays membres de l’OPEP depuis le mois de mai est de 1,260 million de barils par jour. La Russie, partenaire de l’OPEP dans l’accord de réduction de la production a elle aussi augmenté sa production d’une manière importante. Selon des chiffres officiels, sa production est passée de 10,970 millions de barils par jour au mois de mai à 11,410 millions de barils par jour au mois d’octobre 2018, soit une hausse de 440 000 barils par jour. Ainsi l’augmentation pour ces quatre pays cités est de 1,700 million de barils par jour depuis le mois de mai.

Un surplus de
2 millions de barils

Théoriquement, ces augmentations avaient été programmées pour rem- placer les productions vénézuéliennes et iraniennes qui viendraient à manquer au marché à la suite des sanctions américaines. Or l’administration américaine a changé de position à la veille de l’entrée en application des sanctions en octroyant des dérogations à huit pays clients de l’Iran. Le marché s’est retrouvé ainsi avec des volumes excédentaires qui ont fait chuter nettement les prix. A cela s’est ajouté un autre facteur important, l’augmentation de la production de pétrole de schiste américain. Selon le dernier rapport de l’Agence américaine de l’information sur l’énergie, la production de pétrole brut aux États-Unis a augmenté plus que prévu par l’Agence. Cette dernière a estimé que la production de pétrole brut aux États-Unis en octobre s’est établie en moyenne à 11,400 millions de barils par jour, contre 11 millions de barils par jour dans le précédent rapport sur les perspectives énergétiques à court terme. Le marché se retrouve en quelques mois avec un volume additionnel d’environ 2 millions de barils par jour. Ce qui explique le recul net des prix durant ce mois de novembre. Le surplus donne comme effet l’augmentation des stocks mondiaux de pétrole qui tire les prix vers le bas. Cette situation nouvelle devrait amener l’OPEP et les pays exportateurs de pétrole qui ont conclu un accord de réduction en 2016 à se concerter de nouveau avant la réunion du mois de décembre. Le 25 octobre dernier le Comité de suivi ministériel conjoint (JMMC) avait examiné «le rapport mensuel préparé par son Comité technique conjoint (JTC), y compris les niveaux de conformité généraux des pays participant à la « Déclaration de coopération », au mois de septembre 2018, ainsi que les perspectives à court terme du marché mondial du pétrole.»Il avait exprimé sa satisfaction de la performance collective des pays membres au mois de septembre. Toutefois et en examinant les fonda- mentaux récents du marché (c’est à dire au mois d’octobre) s’il avait noté un niveau d’offre très confortable par rapport à la demande, il avait fait part de ses préoccupations concernant la hausse des stocks au cours des dernières semaines tout en notant « les incertitudes macroéconomiques imminentes pouvant nécessiter un changement de cap ».

2019, une année difficile

Dans le communiqué, le JJMC avait enjoint au Comité technique conjoint (JTC) « de continuer à étudier les perspectives pour 2019 et de présenter des options sur les niveaux de production pour 2019 afin d’éviter la réémergence d’un déséquilibre du marché. »
A la veille de la réunion du JJMC, le 11 novembre dernier à Abu Dhabi, plusieurs délégués avaient estimé nécessaire d’examiner l’inversion de la tendance qui a prévalu lors de la décision d’augmenter la production au mois de juin passé. Un rétablissement de la réduction de la production devrait être à l’ordre du jour de la prochaine conférence qui aura lieu le 6 décembre à Vienne. Surtout que durant l’année 2019, il est déjà prévu une augmentation de la production de pétrole de schiste américain d’environ 700 000 barils par jour et d’autres augmentations de la production en provenance du Canada et du Brésil au moment où les prévisions font état d’une croissance de l’économie mondiale en recul.

 

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