Reportage à l’Insitut algérien du pétrole à Boumerdès: "On forme des experts opérationnels"

  • By Super User
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  • Posted 20 December 2018

 

Dans ce reportage réalisé à l’institut algérien de pétrole de Boumerdès, OGB jette la lumière sur la prise en charge pédagogique et professionnelle de nos futurs pétroliers et professionnels des énergies

 

L’Institut Algérien de Pétrole IAP, organe de formation de Sonatrach, chargé de la préparation des cadres qui endosseront la responsabilité de développer la première richesse de notre pays, les hydrocarbures, et les énergies en général, nous ouvre ses portes.

 

Édifice si imposant qu’aucun visiteur de la ville universitaire de Boumerdes ne peut le rater, l’IAP dispose de sept départements, pouvant abri- ter 640 places pédagogiques, et 640 places d’hébergements dans la résidence adjacente, séparée des départements de cours par des terrains de sport. De l’intérieur de cet édifice dont l’architecture renvoie facilement à ses années de construction, 1960, les étudiants et les employés semblent épanouis au milieu de cette nature, la mer à quelques mètres à pied et les montagnes ceinturant la ville par le sud. Des paysages à perte de vue pour le plus grand bonheur des 25 000 étudiants nationaux et étrangers qui sont passés par cet institut.

 

« Ici, nous spécialisons et professionnalisons les apprenants afin qu’ils soient prêts à exercer leur métier une fois en poste », nous explique d’emblée Amel Loughraieb, assistante du DG en communication et coopération.

Créé en 1965 pour pallier le départ massif des ingénieurs français et préparer les cadres nationaux, l’IAP est réparti sur quatre écoles : celle de Boumerdès, la principale qui assure la formation dans toute la chaîne de la production. Ensuite, l’IAP de Skikda, disposant de 400 places pédagogiques et 330 places d’hébergement, celle d’Arzew regroupant 400 places pédagogiques et 340 pensions complètes, puis celle de Hassi Messaoud abritant 200 places pédagogiques et d’hébergement.

« Chaque école a ses départements. À Boumerdès, nous avons le départe- ment Géologie, Géophysique et Réservoir, celui du Transport et Maintenance Industrielle, le département Forage, Production, le département Gaz, Raf- finage et Pétrochimie et enfin celui de l’Économie Pétrolière et Département Maintenance », indique Samir Aouimer, Directeur de la Pédagogie et du Knowledge Management.

 

Pour ce qui est des écoles de Skikda et d’Arzew, situées à proximité des installations pétrolières aval, elles disposent pratiquement des mêmes départements auxquels sont additionnés ceux du Génie Électrique et des Instrumentations. L’école de Hassi Messaoud, dispose d’un département Maintenance, Exploitation, Forage et Production. Outre ces départements pédagogiques, ces écoles disposent d’une direction au niveau central, qui est la direction de pédagogie et du Knowledge Managment, d’un départe- ment HSE et d’un vivier de formateurs en langues, anglaise notamment, afin de faciliter aux apprenants l’accès à toute la documentation du secteur.

 

Une formation
 sur mesure


 

Dans son projet de formation, l’institut a adopté une nouvelle orientation, il se charge désormais de répondre aux besoins des entreprises en œuvrant sur le développement des compétences des entreprises dans les métiers techniques que sont ceux de la chaîne pétrolière. L’Institut compte 400 formateurs/enseignants, parmi lesquels 70% vacataires et 30% de permanents, 130 personnes. Ces vacataires dispensent des cours, « Le chiffre varie d’une semaine à l’autre car nous avons des contrats chaque semaine avec des formateurs qui sont en général des professionnels en activité dans le secteur ou des retraités de Sonatrach », souligne Samir Aouimer. Après un plan de charge très important en matière de recrutement en 2014, lorsque Sonatrach avait recruté 8 000 techniciens à la fois – 3 000 ingénieurs et 5 000 techniciens issus du concours de fin 2014 – qui ont suivi des formations à l’IAP durant les années 2015, 2016, 2017, l’IAP a lancé, pour cette année 2018, un plan plus optimisé visant la professionnalisation des nouvelles recrues et le perfectionnement des personnes en activité nécessitant le développement des compétences ou une reconversion.
« Nous formons des personnes en activité pour des formations de longue durée à raison d’une semaine par mois, ainsi que des formations ponctuelles sous forme de séminaires », a indiqué le directeur de la pédagogie de l’IAP, et d’ajouter, « nous privilégions l’appel de professionnels dans des modules métiers où nous avons la description de métiers, des procédures de travail ou un professionnel qui est en activité ou en retraite pour la transmission du savoir académique ».

 

Cette aile académique de Sonatrach a adopté une nouvelle approche pédagogique : une approche processus. Cette démarche, que M. Aouimer qualifie de « démarche qualité », consiste en la conception de programmes pédagogiques par le staff enseignant de l’IAP, sur la base des besoins exprimés ou des écarts observés, en plus du perfectionnement continuel des compétences de l’institut.

 

C’est une démarche proactive, qui se met en place dès qu’un nouveau métier correspondant à la stratégie de l’entreprise est ciblé. Ceci pourrait faire suite à une prospection réalisée par un département études et développement au niveau de la direction centrale, ou en réponse aux orientations du top management pour préparer ou concevoir un nouveau programme.

 

« Les volets Conception-Développe- ment et Ingénierie Pédagogique sont des processus centraux pilotés par la direction pédagogique, c’est-à-dire le niveau central, car c’est le point focal de tous ce qui est demande, exigence ou stratégie. Toutefois, la conception du programme s’effectue par nos enseignants et nos expertes », précise M. Aouimer. « Ce sont les for- mateurs mêmes qui conçoivent ces programmes qu’ils dispensent par la suite à leurs apprenants. De ce fait, la hiérarchie disparaît lors de la mise en place d’un projet. Lors de la conception d’un programme, nous pouvons avoir un chef de département qui peut être un membre de projet par ses compétences dans un domaine donné et un chef de file qui peut être un enseignant, et ce dans l’approche processus genre visant à favoriser l’organisation horizontale d’un projet donné », a-t-il détaillé. Une fois ce programme conçu, les équipes pilotes procèdent au développement de ces contenus pédagogiques en plus petite unité, et ce dans la mobilisation de toutes les ressources nécessaires à sa mise en œuvre : acquisition de nouveaux logiciels, installation de nouveaux laboratoires, intégrations de nouveaux enseignants etc.
Ces deux processus centraux, pilotés depuis la direction centrale de Boumerdès, sont ensuite pilotés dans un processus régional par les départements de coordination et de formation existants dans chacune des écoles régionales. Ces départements de coordinations régionaux deviennent coordonnateurs de formation, entre les écoles et l’IAP ; les structures commanditaires et l’école et la direction centrale de pédagogie.

 

Du terrain et
 des simulateurs hautement performants

 

Si l’Institut central de Boumerdès forme principalement des ingénieurs pour la manipulation des logiciels de conception et d’engineering, les autres écoles se trouvant à proximité des chantiers et installations de production, (Hassi Messaoud, Skikda, et Arzew), prévoient des modules sur le terrain pour la formation in situ des apprenants. « Nous avons un certain nombre de modules qui se réalisent de fréquence hebdomadaire, directement sur le terrain. C’est indispensable pour nos écoles implantées en milieu industriel. Et permettez-moi de préciser ici à titre d’exemple qu’environ la moitié des modules sur notre programme de l’efficacité énergétique sont réalisés sur le site », souligne M. Aouimer.
Toutefois, l’IAP opte pour un mécanisme plus efficace que les sorties de terrains, la mise en place de simulateurs hautement performants, qui mettraient devant l’apprenant une multiplication de situations professionnelles qu’il pourrait ne pas croiser tout au long de sa carrière. Cette maximisation de scénarios possibles se fait par exemple à travers le simulateur de forage de conception moderne installé dans le centre de l’IAP dans une salle qui lui a été spécialement dédiée. Cet engin de technologie Honeywell est un simulateur full size, aux formats réels qui simule notamment des arrivées de gaz et de pétrole. « Le point fort de ce simulateur est qu’il est presque personnalisé, car avec le concepteur nous avons pensé un simulateur hybride, un appareil de forage mixte. Ce simulateur permet également la simulation des opérations off-shore, nous avons des équipements off-shore pour forer des puits en eau profonde dont la tranche d’eau pourrait aller jusqu’à 3 000 mètres », précise le directeur pédagogique de l’IAP.
 Ait Abdelkoui Sofiane, chef de département de simulation au sein de l’IAP de Boumerdes – toujours en cours de réalisation depuis un an – affirme que ce centre multidisciplinaire abritera bientôt plusieurs simulateurs qui sont dans l’activité pétrolière et gazière pour répondre notamment aux besoins de Sonatracah. « Ce centre contient un simulateur de forage (opération de forge, cimentation, MPD, tack pipe et autres, et la certification en Well Contrôle). Dans les prochains mois, ce centre sera doté d’un autre simulateur Well Intervention. Ce dernier intervient sur les puits de production. Nous allons également avoir un laboratoire de traitement de boues de forage, qui sera doté des équipements type cabine de chantier, ce qui permettra aux agents de Sonatrach intervenant d’être en situation : gestion sur chantier et vérification de la boue de forage », a-t-il avancé. Aït Abdelkoui Sofiane ajoute que « centre sera également doté d’une salle de cour. Mais aussi des simulateurs dans les DCS, Honeywell, ainsi qu’un système de procès de contrôle avec des automates programmables pour le suivi et la maintenance pour tout ce qui est process industriel pétrolier et gazier. Simulateur Full Size en dimension réelle ».

 

Ce centre accrédité en mai dernier, par l’International Forum of Well Control, comme exigé par la réglementation algérienne dans son décret executif en Well Control. Celui-ci ajoute que ce centre développe également d’autres approches telles que le CRM Crude Ressources Management.

 

Ce centre a déjà certifié 105 agents du groupe Sonatrach en l’espace de 6 mois, aux certifications niveau 3 et 4 – certificat exigé pour tout agent appelé à intervenir sur un appareil de forage ou aux entrepreneurs utilisant des appareils de forage. « Nous assurons des sessions de trois à quatre par mois, le taux de réussite peut atteindre parfois les 100%. La moyenne générale du taux de réussite est de 75% », témoigne avec satisfaction Ait Abdelkoui Sofiane. Ce dernier précise que les résultats des examens des apprenants sont délivrés depuis le centre IWTC établi en Angleterre, ce certificat délivré au candidat et à son entreprise est renouvelable tous les deux ans. En effet, l’IAP est accrédité pour donner des certificats internationaux car disposant de formateurs qui sont désormais des assesseurs donc des intermédiaires entre un organisme qui décerne des certifications aux procédures internationales. Ce centre ne compte pas en rester là. Au programme, l’accréditation du centre de Hassi Messaoud, comme centre secondaire, qui dispose à son tour d’un simulateur super portable, et le deuxième point, relatif au lancement prochain de formations intégrées multidisciplinaires, regroupant plusieurs formations dans un même scénario.

 

Optimisation des compétences par
 la coopération

 

Principal organe de formation de Sonatrach, l’IAP prévoit d’embarquer dans ses programmes un maximum de savoirs et de connaissances existants dans les campus nationaux, et aussi partager ses grandes expériences techniques avec les autres universités du pays. Pour ce faire, sa direction qui emprunte une forme de formation différente, a lancé pour cette année universitaire, un master professionnel en génie des plastiques, érosion et protection cathodique, avec l’université USTO d’Oran. Dans ce master, des programmes conjoints sont conçus par les experts et le staff enseignant des deux universités afin d’intervenir en amont et améliorer l’employabilité des universitaires, dans le but de pré- parer un vivier avec tous les projets en cours de pétrochimie, etc. », affirme le directeur pédagogique de l’IAP. Et de préciser « Pour la corrosion la demande est imminente au regard des milliers de kilomètres de pipes qui ne sont pas à l’abri de ce risque ».

 

Assurer la mise 
en situation professionnelle des étudiants

 

S’adossant sur la plus grande entreprise du continent africain, l’IAP dispose d’en- cadreurs assurant la mise en situation professionnelle des étudiants. Les for- mations dispensées par les différentes écoles de l’IAP sont en général orientées en fonction du besoin exprimé par une demande professionnelle. Ainsi, « lors- qu’une formation est conçue suite à une demande relative à un poste précis, la direction conçoit un programme centré sur ce métier en question, lequel sera destiné à une nouvelle recrue. Ensuite, lorsqu’il y a une demande sur un écart bien identifié, il y aura une conception de programme centré population, par rapport à l’écart de la population. Les durées de formations varient d’une spécialité à une autre, la plus longue étant de dix mois », a détaillé M. Aouimer.

 

Quid de La maintenance

 

Les habitués des conférences et de l’actualité pétrolière connaissent sûrement l’inquiétude de notre

 

marché énergétique national quant au manque de professionnels en matière d’engineering et de maintenance. Pour cette dernière filiale, le directeur pédagogique de l’IAP précise que son insti- tut forme des maintenanciers ou des techniciens de maintenance depuis sa création. Toutefois, et pour mettre à jour la formation dans cette branche, il a été décidé d’intégrer le nouveau programme du Management et des installations pétrolières adoptées par toutes les multinationales, afin de former des Manager en maintenance et non pas des maintenanciers. « Le main-tenancier intervient lorsque nous sommes face à une panne ou une défaillance. Le Manager de maintenance, lui, anticipe des scénarios, et réalise une maintenance planifiée avec une périodicité bien définie, en connaissant les conditions d’installation de cet équipement par rapport à un contexte donné », a nuancé Samir Aouimer. « Cette formation de Manager en Maintenance exige des compétences multidisciplinaires réunissant la gestion de la maintenance, le management ainsi que la planification de la maintenance. Ce management de la maintenance permet d’anticiper les éventuelles pannes, prévenir des risques et de facto économiser du temps et de l’argent », a-t-il argumenté.

 

Le développement de l’engineering
 en cours

 

L’engineering reste de l’aveu des premiers responsables du secteur, le maillon faible des compétences locales en termes de production énergétique. Ceci s’expliquerait selon le directeur pédagogique de l’IAP, par une concentration des efforts et de l’intérêt sur la formation en opération, étant la plus importante activité du pays. Toutefois, l’IAP ambitionne de pallier cette configuration par la mise en place d’un plan déjà en cours. « L’engineering est pris en charge et un premier groupe est en formation avec l’IAP. Un travail est en cours afin de faire face à cette demande en engineering », rassure M. Aouimer. Le responsable de formation de ce centre pétrolier a souhaité préciser que sur le plan individuel le potentiel du réservoir de compétence en matière d’engineering à Sonatrach est inestimable, mais que le point d’achoppement réside dans le manque de système qui coordonnerait les besoins et les compétences. Sa direction, a ainsi conçu un premier programme d’engineering pour l’ancienne division Engineering and Construction. Étant donné que les programmes d’engineering exigent leurs réalisations par une équipe multidisciplinaire, sous la coupe d’un team leader, la formation dans ce domaine implique la formation de compétences individuelles mais surtout collectives. « Ce programme nécessite un socle commun d’une équipe multidisciplinaire, ensuite des parcours de spécialisation dans chaque discipline du groupe, et enfin ce qui est indispensable, est d’avoir un projet où chacun aura ses livrables et sa contribution. Il ne s’agit plus pour nous de former un novice qui apprendra sur le tas, mais un expert », a-t-il exposé. Le directeur pédagogique de l’IAP explique par la suite que le développement des compétences dans cette branche, exige quelques conditions, notamment le droit à l’erreur prévu lors d’un projet que l’apprenant doit réaliser durant sa formation. L’apprenant a également le droit de vérifier ses résultats.

 

Capitalisation des compétences et
des connaissances

 

 Fort de ses cinquante ans d’expérience, l’Institut Algérien de Pétrole avec ses quatre écoles, considère la transmission intergénérationnelle du savoir comme l’un de ses grands facteurs clé sur lesquels doit miser son Institut. Ceci s’effectue non seule- ment par les anciens de l’Institut, mais également par la possibilité de faire appel à d’autres experts et retraités du secteur. « Cela permettrait le transfert du savoir d’un côté, et de l’autre la fidélisation de ces experts. C’est aussi une manière de leur témoigner de la reconnaissance, et j’estime que la force de l’université et de l’entreprise qui réside dans le fait de donner la chance aux retraités de transmettre leur savoir, aura immanquablement un effet très positif aussi bien sur le retraité que sur les jeunes apprenants. Et c’est toute l’entreprise qui est gagnante par la suite », a-t-il conclu.

 

 

 

 

 

 

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