Lutte contre les émissions de gaz à effet de serre : De grandes ambitions mais peu d’actions sur le terrain

  • By Super User
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  • Posted 26 January 2019

Être une manne financière n’empêche pas le pétrole et ses dérivés d’être une grande source de pollution. Sa combustion mais aussi son extraction ont un impact représentant entre 15 et 40% des émissions carbone totales, selon de récentes études. Et comme dans beau- coup de pays où l’exploitation pétrolière est importante, le secteur énergie est la première source de gaz à effet de serre, en Algérie. Les émissions en 2016 ont atteint les 191 644 Gg Eq-CO2, une forte augmentation par rapport à 1994 près de 59 000 Gg E CO2 (MATE 2001) et à 2000 (environs 64 000).
Selon Science et Avenir, en 2015, l’Algérie fait partie des 10 pays où l’exploitation pétrolière produit le plus de gaz à effet de serre, avec 10,3 g équivalent CO2 par mégajoule de pétrole (un indicateur permettant de mieux se représenter la production de gaz à effet de serre rap- porté au pouvoir calorifique du pétrole), seulement 3,3 pour le Danemark, par exemple, présenté comme un bon élève. Le rapport sur le budget global du carbone relatif à l’année 2014 (publié le 7 décembre 2015, par Global Carbon Project) note une légère hausse d’émission globale de dioxyde de carbone de 147 Mt CO2 en 2014 contre 143 Mt CO2 soit une hausse de 2,8 %. En termes d’émissions par habitant, le rapport enregistre 3,8 tonnes CO2 par personne par an en 2014 contre 3,7 tonnes CO2 par personne par an en 2013. L’Algérie est classée à la 33e place au niveau mondial, 3e au niveau Africain après l’Afrique du Sud (476 Mt CO2) et l’Égypte (237 Mt CO2) et 6e dans la région MENA mais ne représente que 0,41% de l’émission mondiale en 2014 contre 0,36% en 2013.
Les émissions du secteur énergie sont dominées par le CO à près de 88%, notamment dans la catégorie combustion où elle représente des valeurs écrasantes à plus de 99%. Puis le CH4 avec 11,8% où la majorité de ces rejets sont dus aux émissions fugitives, et restent minimes pour le N2O avec moins de 0,2%, émises principalement par le secteur de l’industrie énergétique et le transport.
l’Algérie bon élève sur le papier
L’Algérie étale de grandes ambitions en matière de lutte contre les changements climatiques. En 1993, elle ratifie la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et adhère au protocole de Kyoto en 2005. Cette même année, un décret exécutif installe l’Agence nationale des changements climatiques (ANCC), opérationnelle deux ans plus tard.
En 2015, un Conseil des ministres adopte l’actualisation du programme national des énergies renouvelables et d’efficacité énergétique. Les ambitions sont grandes : réduction de 9% de la consommation globale d’énergie à l’horizon 2030, isolation thermique d’un important programme de logements, conversion au GPL d’un million de véhicules particuliers et plus de 20 000 autobus, déploiement du photovoltaïque et de l’éolien à plus grande échelle à l’horizon 2030 et une plus grande production à moyen terme d’énergie solaire thermique, intégration de la cogénération, de la biomasse et de la géothermie ; mais aussi atteindre les 27% de la production nationale d’électricité grâce aux énergies renouvelables et réduire le volume de gaz torché à 1% d’ici 2030.
En parallèle et en vertu de l’accord COP 21 de Paris sur le climat adopté cette même année 2015, l’Algérie s’engage à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 7% à partir de 2010 en utilisant des moyens nationaux à travers des actions visant à opérer une transition énergétique et une diversification économique, la réduction pouvant atteindre les 22% pour peu qu’un soutien international soit fourni, à l’horizon 2030. La contribution de l’Algérie couvre les trois gaz les plus importants en termes d’émission : le gaz carbonique (CO2), le méthane (CH4) et l’oxyde nitreux (N20). Pour atteindre les objectifs d’atténuation, l’Algérie mise sur une stratégie toujours ambitieuse qui s’étale de 2020 à 2030, ciblant particulièrement les secteurs de l’énergie, des forêts, de l’habitat, des transports, de l’industrie et des déchets. En matière de réduction de méthane, l’Algérie ambitionne de réaliser, à l’horizon 2030, une couverture complète de son territoire de la collecte des déchets solides ménagers.
Concernant la séquestration de carbone, le pays ambitionne d’accélérer et d’intensifier son plan de reboisement avec un objectif global d’atteindre 1,245 million ha reboisé. Mais ces objectifs restent dépendants d’éventuels financements extérieurs, de transfert technologique et de renforcement des capacités, alors que les décideurs campent sur leur position de refus de recourir aux crédits extérieurs.
Sur le terrain, l’élève est moyen
Derrière les discours, les accords, les lois et les différents projets et engagements, il y a souvent du vide. Un vide sidéral. Non qu’il n’y ait pas une volonté de dépasser tous les obstacles et d’agir pour contrer le réchauffement climatique que l’Algérie constate depuis plusieurs années sur ses terres, mais les changements sont toujours difficiles à mettre en place : les lenteurs administratives, les priorités qui changent d’un jour à l’autre, les mentalités quelque peu dépassées... Sur le terrain, seuls quelques rencontres
et séminaires annuels continuent à réunir des experts qui ressassent les sempiternelles recommandations qui finiront dans un tiroir bureaucratique. Les actions demeurent très limitées dans l’espace – généralement la capitale – et dans le temps.
L’Algérie est censée fournir régulière- ment un inventaire des émissions de gaz à effet de serre, mission qui relève de l’Agence nationale des changements climatiques, mais les chiffres ne sont pas forcément disponibles et encore moins récents. Les experts dans ces fameuses rencontres annuelles relèvent régulièrement l’opacité qui entoure ces chiffres.
Sur le terrain, rien n’est visible. Le reboi- sement des forêts se fait cahin-caha, le GPL ne se généralise pas aussi vite qu’on ne le croyait, la collecte des déchets est toujours aussi catastrophique, l’usage des énergies renouvelables demeure timide... Bref, l’élève connaît ses leçons par cœur mais ne réussit pas à les appliquer.
Cela exprime la « double vulnérabilité » du pays aux effets adverses des changements climatiques, compte tenu de sa situation géographique et sa forte dépendance aux hydrocarbures. L’Algérie, face aux reproches, sort sa carte maîtresse : vu sa position de pays à faible émission de gaz à effet de serre, elle devrait avoir moins de contraintes et contribuer de manière équitable à l’effort mondial contre le dérèglement climatique ! Oui, si elle ne devait pas souffrir de ces changements. Oui, si sa situation géographique le lui permettait. Aujourd’hui, depuis plusieurs années déjà, la réalité est tout autre. On peut citer dans la foulée : cyclogenèse, sécheresse, vague de chaleur et tempêtes de sable, accroissement de la fréquence des pluies torrentielles, baisse des chutes de neige, raréfaction des ressources en eau...
Les experts de l’Institut hydrométéorologique de Formation et de Recherche prévoient un raccourcissement de la saison des pluies et une hausse des températures d’environ 1° à 1,5° en 2020, c’est-à-dire dans deux ans. Les conséquences seraient fatales pour 30% des espèces animales. Les températures vont augmenter de 3°C supplémentaires en 2050 à cause du réchauffement mondial.
Tous ces effets du réchauffement climatique nous semblaient conjugués au conditionnel il y a quelques années. Mais le temps avance plus vite que nous et demain est déjà là. On ose à peine imaginer à quoi ressemblerait l’Algérie de nos enfants si rien n’est entrepris sérieusement et avec conscience.

Sources :
www.portail.cder.dz <http ://www.portail.cder.dz> Agence Nationale des Changements Climatiques www.caritas.org <http ://www.caritas.org>

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