Troisième réserve africaine de pétrole : Le Soudan otage de ses conflits

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  • Posted 07 April 2019

C’est le Vénézuelien Juan Pablo Perez Alphonzo, l’un des fondateurs de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) qui parlera le premier du « pétrole, cet excrément du diable ». Derrière l’expression, c’est toute la malédiction des ressources qui est mis en exergue avec comme ultime imprécation, l’idée d’une addiction. Addiction qui amène des Etats à se positionner, à interférer et travailler leur hégémonie sur ceux détenteur de ressources, si précieuses au développement. Cinquante ans après la création de l’OPEP et des analyses d’un de ses fondateur, il apparaît plus que jamais que le pétrole ne semble servir que le diable 


L’histoire mouvementée du Sou-dan, l’ancien plus grand pays d’Afrique, divisé depuis 2011, en deux pays, l’un au nord et l’autre au sud, à l’issue de 22 ans de guerre civile, est certes liée aux problèmes ethniques, politique, de rébellions multiples et de natures diverses qui ont toujours miné la stabilité du pays, mais elle est également profondément liée à la manne pétrolière du pays. La partition du Soudan a ainsi bouleversé la donne énergétique dans la région et ouvert la voie à une configuration nou-velle qui pose de nouveaux problèmes géopolitiques.

La situation de guerre permanente a fait reculer la production pétrolière du pays qui produisait 350 000 barils à l’indépendance, à moins de 150 000 durant la guerre, beaucoup de puits ayant été fermés voire détruits. Avec un retour relatif au calme, le Soudan du Sud devrait produire « plus de 350 000 barils de pétrole par jour à l’horizon 2020, contre un peu plus de 140 000 barils par jour actuellement », selon le ministre du Pétrole, Ezekiel Lul Gatkuoth qui précisait récemment que la production devrait atteindre 270 000 b/j fin 2019. Le Soudan du Sud possède l’une des plus grandes réserves de brut en Afrique subsaharienne, dont un tiers seulement a été exploré jusqu’à présent.

En 2011, le Soudan du Sud est devenu permet de percevoir encore des dividendes importants. Une configuration qui ne facilite pas la gestion autonome de la manne pétrolière pour le Soudan du Sud qui cherche à se défaire de sa dépendance vis-à-vis de son voisin du Nord – utilisation des oléoducs vers Port-Soudan et l’achat du pétrole raffiné- en nouant des contacts avec la Chine notamment, afin de l’aider à construire le troisième pays pétrolier du continent africain et l’une des plus grandes réserves de brut en Afrique subsaha-rienne. Le Soudan du Nord, amputé de 70% de ses réserves, garde cependant le contrôle sur toutes les infrastructures de transport de brut du sud vers ses ports au nord, ainsi que nombre de services et l’industrie du raffinage, ce qui lui ses propres infrastructures. Le Conseil des ministres du Sud Soudan a ainsi approuvé l’allocation de 10 000 barils de pétrole brut par jour à la banque chinoise Exim pour le développement d’infrastructures routières.

Les difficultés du Soudan du Sud ne viennent, cependant, pas uniquement de ses liens avec son rival au nord, mais elles sont également liées à des conflits internes et à la guerre civile qui s’est propagée au lendemain de l’indépendance en 2011 dans le sillage de rivalités entre les tenants du pouvoir. Ceux-ci laissent entrevoir leur volonté de s’approprier, au profit de leur clan, la manne pétrolière et de profiter des perspectives d’enrichissement qu’elles font miroiter. À l’issue de l’indépendance du Nord en 2011, le tout nouveau pays a plongé dans d’interminables guerres civiles et ce n’est qu’en 2018 qu’un accord a mis fin à cinq années de conflits armés, suite à une entente – encore très fragile – entre Salva Kiir, premier président du Sud Soudan issu de l’ethnie Dinka, majoritaire au Sud Soudan (40% de la population) et Riek Machar, son vice président représentant l’ethnie Nuer (20%). Les deux chefs s’accusent mutuellement de favoriser leur ethnie et d’accaparer les ressources du pays. Selon le site Observatoire des mondes africains, «la guerre civile au Soudan du Sud, qui a été interrompue par l’accord de paix de septembre 2018, a rapide-ment pris pour prétexte l’affrontement ethnique entre les Dinkas et les Nuers mais elle cache en réalité une rivalité interpersonnelle et une compétition pour l’accès au pouvoir politique ». Un accaparement du pouvoir qui signifie une appropriation des richesses notam-ment pétrolières que recèle le pays. Le pays a perdu beaucoup de ses champs de pétrole à la suite d’une guerre civile qui a éclaté deux ans après son indépendance. « D’ici la fin de l’année, les blocs 3 et 7 atteindront 180 000 barils par jour, les blocs 1, 2 et 4 produiront 70 000 barils par jour et le bloc 5A, 20 000 barils par jour », a déclaré le ministre du Pétrole, Ezekiel Lul Gatkuoth. « Nous produisions entre 350 000 et 400 000 b/j. Nous espérons retrouver ces niveaux d’ici l’année prochaine », a-t-il souligné, selon le site African daily voice. Le pays veut attirer des investissements et négocie avec les traditionnels alliés de l’ancien Soudan, telle que la Chine et la Malaisie, mais aussi avec des entreprises russes et sud-africaines. Plusieurs protocoles d’accords ont déjà été signés en atten-dant une concrétisation en investisse-ment réel sur le terrain.

L’Afrique du Sud, qui s’est engagée pour sa part à investir 1 milliard de dollars dans le pays et collaborera avec le Sud Soudan à la construction de pipelines et d’une nouvelle raffinerie le long de la frontière avec l’Éthiopie, a annoncé notamment le ministre du Pétrole soudanais. « Nous avons convenu de construire une raffinerie à la frontière éthiopienne. Nous avons déjà signé un accord avec l’Éthiopie pour l’achat de produits raffinés », annonce encore le ministre du Pétrole. Ezekiel Lul Gatkuoth qui met ainsi en avant la volonté de son pays de s’affranchir des infrastructures de son voisin du Nord.

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