Iran : Victime de son entêtement

  • By Super User
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  • Posted 07 April 2019

Inflation chronique, croissance médiocre, chômage massif, dépréciation de la monnaie nationale, inégalités, corruption … sont autant de maux qui frappent l’Iran depuis plu-sieurs années et qui vont s’intensifier à l’avenir. Aujourd’hui, son économie est même au bord de la faillite. Si l’on peut imputer ce déclin en partie à des facteurs conjoncturels et extérieurs, il est certain que sa richesse en hydrocarbures y est pour beaucoup aussi dans un sens.

Premier pays du Moyen-Orient à exploiter le pétrole en 1913 et membre fondateur de l’OPEP en 1960, l’Iran est assis sur les 4ème réserves prouvées de pétrole (9% des réserves mondiales) et 2ème réserves de gaz (18% des réserves mondiales), sans compter d’importantes ressources minières. Mais son économie est dépendante des revenus pétroliers qui représentent 80% de ses exportations et près de la moitié des recettes de l’Etat.

Depuis la révolution de 1979, son économie évolue en dents de scie, à cause des guerres et des conflits internes politiques et idéologiques, d’une part, et, d’autre part, à cause d’une mauvaise gestion, notamment une absence de diversification économique. Suivant les cours du pétrole aussi, l’Iran est tantôt endetté, tantôt à la limite de l’apnée ou en répit provisoire. 

Alors que l’année 1974 enregistre une production de 6 millions de barils par jour – qui demeurera sa production maximale – le gouvernement décide, après la révolution de 1979, de réduire sa production de pétrole quotidienne dans l’optique d’une politique de conservation des réserves. D’autres baisses de la production de pétrole se produisent lors des dommages aux installations pétrolières survenues pendant la guerre avec l’Irak. Puis à cause d’un double embargo, sur le pétrole iranien et le commerce iranien, imposé par les USA en 1995, à cause de supposés liens iraniens avec le Hezbollah. Au début des années 2000, l’infrastructure industrielle est de plus en plus inefficace en raison des retards technologiques. Durant les années 2000/2010, la production iranienne de pétrole va encore jouer au yoyo et son économie va en pâtir une fois de plus. En cause, d’autres embargos puis les sanctions économiques occidentales pour freiner le nucléaire iranien. Pendant plusieurs années, Téhéran se défend de le développer à des fins civiles, mais l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) soupçonne et prétend le contraire.

En 2012, l’Iran produit environ 3,5 Mbbl/j d’hydrocarbures liquides, dont 3 Mbbl/j de pétrole brut ; la production est en baisse de 17 % par rapport aux 4,2 Mbbl/j de 2011. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la production de pétrole iranien (229 Mt) se place au 5e rang mondial en 2017 avec 5,2 % du total mondial, alors qu’elle a reculé au 10e rang en 2012 du fait de l’embargo. La production est de 217,6 Mtep en 2016, en hausse de 33 % par rapport à 2015, après une baisse de 25,2% entre 2011 et 2013. Après deux années de négociations laborieuses, un accord (le plan d’action global commun, PAGC) est signé à Vienne, en Autriche, le 14 juillet 2015, par les huit parties suivantes : les pays du P5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies – les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni – aux-quels s’ajoute l’Allemagne), ainsi que l’Union européenne et l’Iran. Cet accord-cadre a pour but de contrôler le programme nucléaire iranien et de faire lever les sanctions économiques qui touchent le pays.

Grâce à cette levée des sanctions, l’Iran se dit prêt à signer en 2016 une cinquantaine de projets énergétiques pour faire passer sa production pétrolière de 2,8 Mb/j à 4,8 Mb/j. La Banque mondiale estime que cela déprimerait d’encore 10 dollars le prix du baril en 2016, ce qui n’empêchera pas la croissance iranienne de remonter à 5%.

Mais le 8 mai 2018, le président américain Donald Trump annonce le retrait des Etats-Unis de l’accord de Vienne qui, selon lui, n’est pas assez solide pour limiter les activités nucléaires de l’Iran et empêcher ce pays d’accéder à des missiles à capacité nucléaire. Mais la raison qui parait la plus plausible est le rôle de cet Etat au Moyen-Orient, notamment le soutien actif de Téhéran au Hamas (Gaza), au Hezbollah (Liban), et aux talibans (Afghanistan). Trump décide le rétablissement de « sanctions au plus haut niveau » et menace l’Iran de « conséquences très graves » s’il décidait de relancer son programme nucléaire. 

En rétablissant, le 5 novembre 2018, les sanctions contre les secteurs pétrolier et financier iraniens, Trump asphyxie l’économie. Sous embargo, l’Iran ne peut exporter que 1,3 million de barils par jour, contre 2,3 millions début 2018. Or, le pétrole représente 80 % des recettes d’exportations et plus de 40 % des rentrées fiscales. Le pays voit ainsi disparaître du jour au lendemain près de 20 % de ses recettes budgétaires.

L’Iran adapte son budget de 2019 aux sanctions américaines, mais sa situation économique est au plus mal et l’avenir risque d’être particulièrement sombre pour les iraniens.

Les causes conjoncturelles et les facteurs extérieurs ne sont, cependant que la partie visible de l’iceberg. C’est que l’Iran, géant pétrolier, mis à l’écart, arrange bien les affaires de l’Arabie Saoudite, de la Russie et même des Etats-Unis. 

Pour maintenir un cours élevé du baril de pétrole, le meilleur moyen est de réduire la quantité d’hydrocarbures sur le marché, par exemple en sortant ce pays du jeu par le biais des sanctions.

Ainsi, si l’Iran avait tablé sur une meilleure gestion, dont la diversification de son économie, pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures, son entêtement à vouloir poursuivre son développement du nucléaire et ses prises de positions dans à certains conflits au Proche et Moyen Orient ne lui aurait pas causé autant de tort. Son histoire récente aurait certainement été différente de même que son économie se serait mieux portée.

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