Hydrocarbures : Les nouveaux programmes de formation se font attendre au Sud

En 2011, après le mouvement de protestation enclenché par les jeunes chômeurs du sud qui réclamaient des parts d’emplois dans l’industrie et du gaz, face à cette colère le gouvernement s’était engagé à faciliter l’accès au travail dans ce secteur aux populations de ces régions. Mais au préalable, il fallait commencer par régler le problème de la formation pour répondre à la demande du secteur en emplois spécifiques d’un côté et contribuer de l’autre à réduire le taux de chômage croissant chez les jeunes. Ce ne sont pas les annonces qui ont manqué tout au long de cette période. Une nouvelle carte de formation a même été adoptée pour répondre aux besoins des entreprises du secteur des hydrocarbures. Qu’en est-il des actions sur le terrain ? Timides. Les jeunes du Sud ne sont pas toujours suffisamment formés pour intégrer les métiers des hydrocarbures. Les responsables du secteur le reconnaissent d’ailleurs : « La majorité des gens qu’on doit recruter n’ont pas de qualifications ». Ainsi, l’obstacle du manque de qualification des jeunes de cette région persiste au moment où la compagnie nationale continue à souffrir du départ de ses ingénieurs et de ses techniciens vers les multinationales. Au total, 100 000 employés ont quitté ces trois dernières années Sonatrach dont les responsables ont lancé, pour rappel, un plan de recrutement de 12 000 travailleurs en cinq ans dont 3 000 étaient prévus en 2018. Mais faudrait-il trouver les qualifications en accélérant les programmes de formations promis. Car, certes les régions pétrolières et gazières du Sud bénéficient des avantages dans le recrutement, mais la main-d’oeuvre est loin d’être disponible notamment dans certaines spécialités.

Et pourtant les promesses pour combler ce déficit s’enchaînent du côté de Sonatrach. « Nous allons créer des écoles dans ces régions et développer ainsi un ambitieux programme de formation pour les jeunes du Sud dans différents domaines, comme la plomberie, la soudure etc. », se sont engagés les responsables du groupe à maintes reprises. Cependant, pour l’heure, il y a juste eu le lancement des travaux de réalisation d’un centre de formation technique à Adrar spécialisé en formation technique. Une autre infrastructure similaire relevant de l’Institut algérien de pétrole (IAP), spécialisée dans les métiers en rapport avec l’industrie gazière pour la catégorie d’ouvriers (électricité, mécanique, matériels…), est également au menu du secteur au même titre que d’autres centres à Illizi, Ouargla et Tamanrasset. Le centre de Ouargla est pour sa part déjà opérationnel. Les entreprises étrangères s’impliquent également dans ce segment.

C’est le cas de Schneider Electric, le leader de la transformation numérique de la gestion de l’énergie et des automatismes qui a signé il y a une année avec le ministère de la Formation et l’Enseignement professionnel, le ministère français de l’éducation une convention de partenariat pour la création de filières de formation d’excellence dans les métiers de l’énergie, de l’électricité et des automatismes industriels. Un accord qui fait suite à l’inauguration du premier centre d’excellence à Rouiba en octobre 2015, sur les métiers de l’électricité, des automatismes industriels et des énergies renouvelables. Des initiatives qui devraient être généralisées pour répondre aux besoins du secteur notamment en cette période où le cap est mis sur le développement des énergies renouvelables. Un créneau qui connaît un énorme déficit en qualifications. Elles sont nombreuses les écoles privées à avoir saisi cette opportunité en proposant des formations spécifiques à l’image de celles liées au montage des panneaux photovoltaïques et des équipements dédiés aux ENR au moment où d’autres continuent à former pour l’industrie gazière et pétrolière dans le HSE (Hygiène, sécurité, environnement) et dans d’autres spécialités. Par exemple Napa est la première académie de la technologie avancée de pétrole en Algérie. Implantée à Hassi Messaoud, elle offre la possibilité de bénéficier de formations dans les champs de pétrole et de gaz sur le forage et la manoeuvre des sondes par exemple.

 

Avis d’un ancien cadre de Sonatrach : « La formation est en déclin depuis 20 ans »

Pour l’histoire, la formation à Sonatrach a connu un début de déclin depuis bientôt 20 ans. En 1998 suite à la décision de transformer l’Institut national des hydrocarbures (INH) de Boumerdes en université alors qu’il assurait tout le processus inhérent aux hydrocarbures, du gisement, à la production et au raffinage en passant par le transport et la maintenance de l’outil pétrolier. Cela se ressentait d’une façon cruciale au niveau des sites de production. Dans le même ordre d’idée, l’IAP de Boumerdes a également connu son inflexion depuis sa transformation en organe de formation et spécialisations en 1999 et qui s’avérait sur le terrain un véritable bide en dépit des intentions d’en faire un pôle d’excellence. Cela restera toujours ainsi au niveau théorique tant la coupure avec le terrain est consommée. La crise économique aidant, le problème de l’emploi qui s’y engouffre a fait, en effet, sortir plusieurs fois les jeunes des localités du sud, Hassi-Messaoud, Ouargla et Hassi R’mel entre-autres. Sonatrach en qualité d’entreprise phare évoluant dans ces zones sud allait recevoir tout le courroux de ces jeunes.

La question a été posée par ces derniers, qu’a-t-on fait depuis 20 ans pour y remédier quelque peu ? À Sonatrach, l’effectif est renouvelé sans cesse au fur et à mesure des déperditions des compétences vers l’étranger, les pays du golfe notamment. C’est aussi cela le paradoxe de l’entreprise à agir dans la précipitation, de voir à travers le trou de serrure. Point d’instituts du pétrole dans ces agglomérations du sud à l’image de ceux de Skikda et d’Arzew, pour répondre à la demande locale et voir ainsi le jeune se former dans une spécialité en rapport avec ses conditions naturelles de vie. Les rares réformes effectuées concernent les Centres de formation professionnelle (CFPA), donc échappant totalement à l’enseignement supérieur et encore plus au ministère de l’Énergie. C’est toute la stratégie du gouvernement à offrir aux populations locales une spécialisation de seconde zone. En attendant, Hassi R’mel, au sein de son CFPA, innove en incluant quelques spécialités en rapport avec l’industrie du pétrole à côté des velléités de réformes dont celles de Ouargla et Laghouat mais qui restent une goutte d’eau dans l’océan.

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