Formation et apprentissage à l’international : Un comparatif révélateur

C’est un gap profond qui sépare le jeune algérien à la recherche d’un emploi de l’entreprise à la recherche d’une force de travail. L’un comme l’autre se déplorent de ne pas trouver ou que l’offre ne répond pas au besoin. Pour autant certains sites internet recensant les offres d’emploi suggèrent que l’offre d’emploi existe. Pour autant, les chiffres énoncés par l’Office National des Statistiques fait état d’une population au chômage de l’ordre de 12%. Tous les secteurs sont en crise : Le bâtiment, les hydrocarbures, les services, l’agriculture connaissent pour certains postes stratégiques tels que le main d’oeuvre, l’ouvrier qualifié, le technicien. Le Ministère de la formation professionnelle annonçait l’ouverture de quelques 280 000 places pédagogiques pour 478 spécialités qui devraient couvrir les 23 branches professionnelles recensées. A ces chiffres la jeunesse rétorque que la qualité de l’enseignement fait défaut et n’est pas à l’image de ce que les jeunes veulent faire. A cela les autorités répondent : « pour la prise en charge de toutes les demandes de formation, Il y a eu justement le recrutement de 2000 enseignants formateurs dans les nouvelles spécialités et l’ouverture de 600 nouveaux postes budgétaires destinés à l’encadrement de 40 nouveaux établissements de formation, qui sont venus s’ajouter aux 1255 déjà opérationnels à travers le territoire national. » Dialogue de sourd. Le chômage culmine toujours (officiellement) à 11,7 %. Qu’en pense l’entreprise dans tout ça ? Les moyens mis en oeuvre pour la formation professionnelle permettent-ils de satisfaire aux exigences de compétitivité ? De développement ? Etant au coeur même du marché, quelles sont les doléances de la PMI, de la SARL? Quelles sont leurs attentes en termes de recrutement ? De qualification ? Mais qui est l’interlocuteur de l’entreprise ? Quel syndicat peut parler en son nom ? Qui peut dire ce que l’hôpital attend comme infirmier ou aide soignant ? Qui peut formuler les attentes du BTP ? Qui peut porter la voix de l’agriculteur dont la maitrise des produits phytosanitaires semble négligée ? Et si tout le problème n’était pas dans l’absence de travail ou l’absence de jeunes qualifiés mais dans l’absence d’interlocuteur, de médiateur et de représentativité.

 

La formation professionnelle en France

La formation professionnelle en France ne dépend pas du ministère de la formation professionnelle mais du ministère du travail. Deux paliers existent pour la formation professionnelle en France. Un premier consiste à orienter une tranche d’âge de moins de 18 ans (à partir de 14 ans) vers des filières professionnelles pour l’obtention d’un CAP puis d’un BEP (certificat d’aptitude professionnelle et brevet d’étude professionnelle). Des passerelles permettent aux jeunes de poursuivre pour obtenir un baccalauréat professionnel voir plus : le BTS (brevet de technicien supérieur) ou le DUT (le diplôme universitaire technologique). Ces deux diplômes post baccalauréat sont des filières courtes qui aboutissent à un stage en entreprise proche des besoins des entreprises. En résumé, les passerelles existent permettant à un collégien de suivre une formation technique de plus en plus pointue en lui permettant de se qualifier davantage. L’autre palier existant autour de la formation professionnelle en France se situe déjà dans le monde du travail et s’adresse à des salariés déjà en poste. Cette configuration est intéressante dès lors où elle permet de conduire un salarié à se perfectionner pour répondre aux attentes de son entreprise. Cette formule qui est prise en charge par les entreprises sous forme de charges fiscales auprès d’organismes collecteurs et qui est justifiée par un contrôle par les services de l’Etat avec production d’une déclaration annuelle, permet de recenser les dépenses effectuées par les entreprises. Mais aussi, l’Union Européenne, les régions (équivalent des wilayas) et l’Etat ont à charge la participation financière au développement professionnel. Ce découpage financier de la prise en charge de la formation implique tous les acteurs intéressés au développement de l’entreprise et permet également de répartir les responsabilités. Qui mieux qu’une entreprise pour clarifier sa stratégie de développement. Qui de mieux qu’une région (maritime, industrielle, agricole) pour recenser ses besoins en investissement. L’entreprise française met en place, avec l’aide de son comité d’entreprise (institution représentative du personnel dans une entreprise) tous les outils stratégiques pour un plan de formation en adéquation avec la volonté de développement. Tout un système d’ingénierie est mis en place bout à bout pour définir et accompagner ce plan de formation. Il y va de l’ingénierie stratégie, financière à l’ingénierie psychosociale. Pour autant la France et ses quelques 31,5 milliards d’euros de budget (2010) consacrés à la formation professionnelle et à l’apprentissage peine à résorber son chômage et font pâle figure devant le modèle allemand.

 

L'Allemagne ou la flexibilité

L’Allemagne a une parfaite connaissance des besoins de ses différents secteurs économiques. Même si aujourd’hui le déclin des exportations de biens industriels, liés au secteur de l’automobile, pousse le gouvernement allemand à revoir sa stratégie, il n’en demeure pas moins que son taux de chômage est des plus bas en Europe et que même après l’introduction d’un revenu minimum, les entreprises allemandes restent compétitives. Plusieurs actions avaient été menées pour rehausser l’économie et diminuer la courbe ascendante du chômage. Les procédures de licenciement ont été facilitées, les prélèvements sociaux sur le travail ont été réduit, l’introduction plus étendue de contrats à temps partiels et la revue à la baisse de l’indemnisation chômage ont fortement aidé l’économie allemande à conserver un PIB de plus de 3 milliards de dollars pour 2017. Mais c’est l’ampleur du système de formation par alternance qui favorise la formation professionnelle des jeunes et leur insertion dans le marché du travail qui servit de tremplin. Il faut souligner que l’Allemagne compte 3 fois plus d’apprentis qu’en France. Le pays connait également une meilleur répartition des contrats dans l’ensemble des secteurs économiques (industriel et services) mais aussi dans les entreprises (TPE, PME, ETI, grandes entreprises) ainsi qu’un taux d’apprentissage plus long et donc des apprentis plus âgés. L’Allemagne a mis en place un système dual. En effet, la formation en entreprise constitue la voie royale de la formation professionnelle initiale. Le système dual se déroule au moins sur deux lieux de formations : l’entreprise formatrice comme centre de gravité du système et l’école professionnelle où sont dispensés à raison d’environ 20% du temps des enseignements généraux, techniques et théoriques. Il s’agit de la forme d’acquisition des qualifications professionnelles qui dominent en Allemagne et ce, pour tous les emplois d’opérateurs qualifiés et de responsabilités techniques. Ce qui fait que plus de 530 000 nouveaux apprentis sortent du système dual chaque année (chiffres 2013). A titre indicatif, c’est le secteur de l’industrie et du commerce qui, à 60%, forment le plus. Suivi par l’artisanat à 27%, les professions libérales à 8%, les 5% restants se répartissent entre les services publics, l’agriculture, l’économie domestique et la marine marchande. Les observateurs constatent cependant depuis quelques années un engouement croissant des jeunes pour des études supérieures, perçues « comme potentiellement plus valorisantes au détriment des formation courtes assurant une insertion plus précoces dans l’activité productive ». Par ailleurs, le vieillissement et le déclin démographique réduit le nombre de jeunes arrivant à l’âge actif, ce qui constitue ces dernières années une préoccupation pour le gouvernent allemand. La jeunesse algérienne voue une préférence certaine pour des études universitaires (2 millions d’étudiants inscrits en 2018), ce qui amène une jeunesse diplômée mais non formée. Peut-être doit-on comprendre cet engouement pour les études universitaires par l’impossibilité donnée à leurs parents de poursuivre des études au delà du primaire dans la période coloniale. Il apparait cependant que le système de formation en Algérie se soit grevé sur celui donnée par les français. Il n’est pas sûr qu’il s’agisse de la formule la plus adéquate en ces temps de nouveauté technologique et à un moment où l’Algérie est freinée par l’absence de main d’oeuvre.

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