La formation professionnelle : Entre potentiel présent et futur

Lors d’un microsondage que j’ai moi-même lancé, 12 chefs d’entreprise considéraient que les CVs de personnes issues des écoles de formation professionnelle ne les intéressaient pas. Résultat tranchant et sans appel. Les chefs d’entreprise questionnés ont tous considéré que les personnes issues des CFPA auxquelles ils ont eu affaire par le passé étaient extrêmement faibles et peu rentables professionnellement parlant. Alors que des centaines de millions de dollars sont dépensées chaque année dans l’équipement et le fonctionnement de plus de 1 500 écoles à travers le territoire national, les résultats restent pitoyables. La formation professionnelle est supposée en Algérie, à l’instar d’autres pays dans le monde, alimenter le secteur économique en main-d’oeuvre professionnelle qualifiée, malheureusement, elle n’arrive qu’à générer des diplômés à très faibles compétences, allant alimenter, ultimement, le marché du chômage. Où se situe donc le problème ? Le but de cet écrit, loin d’être exhaustif, est de proposer quelques solutions capables d’améliorer, un tant soit peu, le système de formation professionnel.

 

1. Approche stratégique :

Depuis toujours, la formation professionnelle a été considérée en Algérie comme un refuge pour les jeunes n’ayant pas réussi dans le cursus scolaire national. Résultat : ceux qui intégraient la formation professionnelle étaient perçus par la société comme des « cancres » et des « ratés » qui n’avaient aucune chance de réussite sociale. Toute l’erreur début à partir de ce système illogique.(pas compris) En France, par exemple, des filières sont lancées dès le lycée destinant le jeune à des métiers professionnels qu’ils choisissent eux-mêmes sans qu’ils aient le sentiment d’être considérés comme des rejetons d’un système éducatif chéri par la société. L’association de métiers professionnels au système éducatif rend la formation professionnelle sérieuse et fiable. Les jeunes issus de ces filières sont formés par des professeurs, des ingénieurs leur inculquant un savoir pratique moderne orienté vers la vie professionnelle et les destinant à des carrières bien tracées. Il est clair que les systèmes français et algériens sont totalement antagonistes.

 

2. Encadrement :

Malheureusement l’encadrement de la formation professionnelle reste très basique. Tout l’encadrement au sein de la formation professionnel, cadres, agents, enseignants reste peu considéré aussi bien au sein de la société qu’au sein de la fonction publique. À cet effet, la rémunération des encadreurs reste bien inférieure à la rémunération d’un enseignant universitaire. De ce fait, seules les personnes n’ayant aucune chance d’intégrer l’enseignement universitaire ont accès à l’enseignement professionnel. De plus, la formation d’un enseignant de la formation professionnelle reste très basique et parfois largement insuffisante. N’avons-nous pas vu des aberrations telles que des titulaires de licences en sciences de gestion devenir formateurs en mécanique ou des titulaires de licences en langues vivantes devenir formateurs en informatique. Pour résumer, en plus d’un encadrement administratif, que nous jugerons largement en deçà des normes internationales, l’encadrement pédagogique reste extrêmement faible rendant les formations précaires.

 

3. Choix géographiques des écoles :

Les écoles de formation professionnelles ne tiennent pas compte de la situation géographique de la région et du potentiel économique existant. Le CFPA d’El Meghaier – Wilaya d’El Oued - propose des formations de prêt à porter, d’informatique option base de données ou de broderie. Ces domaines n’ont aucun lien avec la réalité de la région. Cette école, afin d’encourager le potentiel local, devrait proposer des formations liées à l’énergie solaire ou à la transformation industrielle de tout ce qui touche de près ou de loin au palmier ou au sable (industrie du verre). Ce n’est que de cette manière que nous pourrons former des personnes spécialisées dans les métiers locaux et capables de devenir soit des entrepreneurs dans des domaines à potentiels locaux soit trouver des emplois dans des entreprises locales activant dans ce domaine. Malheureusement, la réalité est toute autre.

 

Changement de Paradigme :

En 2002, l’entreprise Cisco, leader mondial dans la connectivité réseau, a tenté une expérience révolutionnaire avec le ministère de la Formation professionnelle. Équiper le ministère et les CFPA d’actifs réseaux Cisco puis mettre en place des cursus certifiés Cisco au sein de certains CFPA. Cela permettrait à des centaines de stagiaires CFPA d’acquérir des certifications Cisco de niveau mondial, extrêmement demandées sur le marché du travail. Malheureusement et suite au changement du premier responsable du secteur en 2003, ce programme n’a pu aboutir, privant des milliers de stagiaires de formations de niveaux mondiales. La même expérience a été retentée en 2005 par la société Microsoft avec le ministère de la Formation professionnelle mais malheureusement et par la faute de contraintes bureaucratiques fortes, l’expérience n’a pu être menée à son terme. Imaginez un seul instant des centaines de jeunes issus des centres de formation professionnelle disposant de certifications reconnues mondialement dans le domaine de la bureautique, des administrations de réseaux ou des bases de données. Imaginons un seul instant que nous établissions des partenariats avec tous les groupes mondiaux tirant profit du marché algérien.

Pensez-vous qu’un Saunier Duval dans le domaine de la chaufferie rechignerait à mettre en place un plan de formation, en collaboration avec la formation professionnelle, des artisans compétents qui assureraient sur le marché national l’installation et la maintenance professionnelle des chauffages de la marque ? Pensez-vous qu’un General Electric, rechignerait à former, toujours en collaboration avec la formation professionnelle, des experts capables d’assurer l’installation et la maintenance des équipements médicaux commercialisés par la marque et installés dans nombre d’hôpitaux nationaux, diminuant les taux de pannes et améliorant les taux de satisfactions des clients ? Certainement pas. D’où le changement de paradigme nécessaire. Les partenariats avec les groupes mondiaux doivent devenir une règle généralisée et non une exception. Cette règle et ces partenariats amélioreraient incontestablement les niveaux des stagiaires issus des CFPA.

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