Face aux attentes des jeunes en matière d’emplois / Economie numérique et transformation des entreprises

Avec une crise politique qui intervient au moment où l’Algérie traverse des difficultés financières et enregistre un grand retard en matière de diversification de l’outil de production, le défi à court et à moyen termes est d’éviter que ces difficultés induisent une déstabilisation sur le plan économique particulièrement en phase de transition politique. Même si le passage à un mode de gouvernance transparent et démocratique comme exprimé dans les revendications populaires se fait toujours attendre, il est nécessaire pour l’Algérie de se doter d’éléments susceptibles de lui permettre de préserver une certaine stabilité économique. Les experts du Fonds monétaire international (FMI) le relèvent d’ailleurs appelant à plus de rigueur dans la gestion des affaires économiques. Une gestion entachée faut-il le rappeler au cours de ces dernières années par de nombreuses défaillances qui ont ouvert justement grandes les portes à la corruption, aux détournements et à dilapidation des deniers publics.

Jihad Azour, directeur du département Moyen-Orient, Afrique du Nord et Asie centrale au Fonds monétaire international (FMI) dans une récente sortie médiatique, est longuement revenu sur cette question. Il estime, en effet, que le prochain gouvernement algérien aura un agenda « important » de réformes à réaliser pour « diversifier l’économie en dehors des hydrocarbures et contribuer à créer un grand nombre d’emplois pour les jeunes dans les autres secteurs où elle dispose de grandes opportunités ».

 

Une croissance dépendante des prix du pétrole

Ainsi, après avoir abaissé dans un précédent rapport (début avril) ses prévisions de croissance pour l’Algérie, le FMI revient à la charge et déplore, comme il l’a toujours fait (au même titre que la Banque mondiale), le fait que la croissance reste dépendante du prix des hydrocarbures, expliquant dans le même sillage que la remontée de 2019 est due à une augmentation de la dépense publique financée par voie monétaire. «Mais nos prévisions ont été faites avant les bouleversements politiques qui traduisent les aspirations de la population et surtout de la jeunesse à une amélioration de leurs conditions de vie», ajoute le représentant du FMI. C’est dire que les attentes des jeunes sont importantes en ce qui concerne la création d’emplois. D'où l’ampleur du travail à faire. Ce que souligne également la Banque mondiale (BM). «L’Algérie aura besoin d’une croissance annuelle de 6 à 7% pour absorber le chômage des jeunes (un taux de 11,7% en septembre 2018) qui arrivent sur le marché du travail», estime à ce sujet Rabah Arezki, l’économiste en chef de la BM pour la région Mena dans un entretien accordé à l’APS. Un objectif réalisable, eu égard au potentiel immense dont dispose l’Algérie que ce soit en termes de capital humain ou de ressources naturelles. Mais avec un système de gestion archaïque et un mode de gouvernance politique décrié,difficile de faire remonter la croissance de 2% en moyenne actuellement à 6-7%. Le taux actuel faut-il le reconnaître est loin d’offrir des possibilités pour la création d’emplois à court terme.

 

Libérer le potentiel économique

«C’est une affaire de structure de l’économie algérienne dépendant du pétrole», a expliqué le représentant de la BM rejoignant l’expert du FMI. Comment procéder alors dans l’immédiat ? Les propositions de la BM portent sur plusieurs volets. L’économiste en chef soutient globalement qu’il y a des problèmes de structure qu’il faut résoudre « pour libérer le potentiel économique » en intervenant sur trois axes importants que sont la concurrence, l’économie numérique et la transformation des entreprises publiques. «Il suffit de connecter le capital humain à la technologie pour libérer la création d’emplois. C’est la voie sûre pour l’Algérie », répond l’économiste. Il s’agit d’asseoir une économie numérique qui est devenue un gros pourvoyeur d’emplois. L’économiste estime dans ce cadre qu’il y a beaucoup à faire dans ce domaine pour améliorer les services sociaux et développer l’inclusion financière à travers le paiement mobile. Autre levier à prendre en charge : «il faut aussi être moins conservateur sur un certain nombre de régulations en autorisant l’ouverture de quelques secteurs à la concurrence ». Autrement dit, mettre en place un cadre institutionnel qui consacre la concurrence de « façon libre et juste » et empêche les monopoles dans les secteurs public et privé.

 

Transformer les entreprises publiques

Il y a par ailleurs cette nécessité de transformer les entreprises publiques en Algérie qui continuent de peser de façon importante sur les dépenses publiques. Ces entreprises captent l’essentiel des crédits à l’économie et deviennent «une source d’endettement pour l’État», selon lui. Il dira encore : «Il y a un élément d’effet d’éviction qui empêche d’autres acteurs économiques d’accéder au crédit et qui pose le problème de la concurrence». Sur le plan financier, c’est le recours à la planche à billets qui est critiqué. «L'Algérie devrait revenir à une gestion des finances publiques qui n’implique pas l’équation monétaire», recommande le représentant de BM rappelant que l’expansion monétaire est problématique. Ce sont autant de questions qui méritent débat. Rabah Arezki le relèvera : «Je crois qu’aujourd’hui que le grand débat c’est de dire qu’on s’est reposé sur un système où la redistribution était importante mais peut-être a-t-on aussi oublié que la vraie inclusion soutenable et viable est celle d’inclure un secteur privé qui va créer des emplois de façon durable». Là est toute la question pour une économie comme celle de l’Algérie restée pendant de longues années fermée au privé mais ouverte à une certaine catégorie d’oligarques qui ont fortement profité de l’argent du Trésor public sans pour autant contribuer à diversifier l’économie.

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