Face à la détérioration des équilibres financiers : "CARE" plaide pour un plan économique urgent

Depuis l’enclenchement de la mobilisation populaire pour le changement du système en place, les interrogations et les propositions se multiplient sur les mesures économiques à suivre pour accompagner la transition politique. Certes, cette transition tarde à commencer mais l’impératif de mettre en oeuvre une stratégie économique à chaque fois soulignée par les experts et les think tanks. Les avis convergent en effet à ce sujet : «la période de transition devrait être rapide pour passer à la prise en charge des dossiers économiques. Autrement dit, plus le passage à cette phase de transition tarde, plus les conséquences sur l’économie seront lourdes. D'où la nécessité de recourir à des mesures urgentes. Ainsi et à titre illustratif, après avoir précédemment salué la mobilisation citoyenne pacifique «qui a entrouvert la perspective sur des changements salvateurs dans le système de gestion politique et économique de notre pays », le cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (CARE) appelle à poursuivre cette dynamique «jusqu'à l’établissement d’un cadre démocratique, de la primauté du droit et d’une gestion transparente des affaires publiques». Il s’agit donc pour le cercle de rester mobilisés pour réussir à tourner «définitivement la page des dérives d’une gestion hyper centralisée et despotique du pouvoir».

Comment opérer justement dans ce cadre ? En réponse à cette question, dans un communiqué rendu public début mai, CARE qui affiche sa grande préoccupation quant à l’absence de réponse immédiate à la détérioration lente mais continue des équilibres de l’économie nationale propose l’organisation d’assises nationales de la transition politique et économique. Et ce d’autant que les implications de la situation actuelle avertit le cercle « sont potentiellement dangereuses sur l’emploi et la croissance au cours des prochains mois et des prochaines années ». Cela pour dire que la situation n’est guère rassurante sur le plan économique et sociale notamment avec la forte la croissance démographique que connaît le pays. Ce qui induit l’augmentation de demande en matière d’éducation, d’emplois et de santé. C’est pour toutes ces raisons que CARE insiste sur la nécessité d’aborder en même temps que les éléments de la vision future qui devra guider la politique économique nationale, le programme des actions les plus urgentes à mettre en oeuvre. Et ce, dans la perspective d’une reprise en mains des leviers du budget et des finances après deux décennies de gaspillage et de dilapidation des deniers publics.

«Au cours des vingt dernières années, nous avons assisté à un gaspillage sans précédent des ressources rares du pays, en sus de pratiques de corruption et de prédation économique à tous les étages de l’appareil d’Etat », rappelle à ce sujet les animateurs du cercle qui parlent de «dérèglements». Lesquels ont profondément imprégné les institutions.

 

Le redressement s’annonce dur

D’où encore l’urgence d’une refondation de l’organisation de l’économie. Un chantier qui s’annonce dure à mener surtout qu’il dépend essentiellement sur le fond de la conduite à bonne fin du processus de la transition politique exigée par le peuple. Pourvu que le processus s’accélère. Dans le cas contraire, les risques sur les plans social et économiques seraient des plus lourds. Car, il faut le reconnaître et les experts ne cessent de le rappeler, seul un gouvernement légitime pourra réformer l’économie nationale et la redresser. Une tâche qui sera des plus ardues. CARE le souligne dans son dernier communiqué : «Le redressement sera extrêmement dur et périlleux et va mettre à rude épreuve les capacités de résilience de la société algérienne». Comment expliquer cette difficulté ? Pour le cercle, il s’agira de traite run double problème. D’abord, définir et mener à bien des transformations de grande ampleur au niveau de l’organisation du système économique, c’est-à-dire passer d’une économie de consommation de la rente pétrolière à une économie de création de richesses «basée sur une saine gouvernance en termes de vision, responsabilités, redevabilité, transparence et équité».

Par la suite, il s’agira de négocier l’acceptation sociale des mesures de réduction du train de vie de l’Etat, de même que d’un meilleur ciblage de la politique des subventions et transferts sociaux. « La très grave détérioration des comptes publics laisse très peu de marges de manœuvre et devra sans doute conduire à un plan d’austérité sévère au cours des prochaines années », prévient CARE. Mais avant de passer à ces étapes à mener par un pouvoir légitime, il y a lieu de commencer, toujours selon les propositions de CARE, par l’établissement d’un état des lieux de la situation économique. «La campagne anti-corruption qu’il a décidé d’engager comme gage de sa détermination à préserver les fonds publics, outre la défiance qu’elle jette sur l’ensemble des entrepreneurs nationaux, ne peut pas occulter l’hémorragie de ressources qui continue d’affecter au quotidien la gestion de nos finances publiques et de notre commerce extérieur», estime le cercle qui affiche son inquiétude quant au discours ambiant «qui fait de tout chef d’entreprise un malfaiteur potentiel alors que l’immense majorité d’entre eux sont des victimes du système en place ». Ce sont en somme les questions sur lesquelles le débat devrait être intensifié pour trouver une issue à la situation actuelle.

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