Face aux sanctions américaines contre l’Iran : Le double jeux de la Chine

Les sanctions américaines sur l’Iran et leur impact sur les échanges de ce pays avec ses principaux clients, la Chine, l’Inde et la Turquie continuent d’aliment les débats sur la scène internationale. Début juin, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a dénoncé la pression menée par les États-Unis contre l’Iran excluant tout dialogue. Et ce, tant que les sanctions ne sont pas levées. Une réponse claire à la proposition émise par le secrétaire d’Etat américaine Mike Pompeo qui avait assuré que les États-Unis étaient prêts à dialoguer sans conditions préalables avec l’Iran, en réclamant que ce dernier se comporte en pays « normal ». Une condition qui n’est pas du goût des iraniens. Retour sur les différentes étapes de ce dossier. Les sanctions remontent pour rappel à mai 2018 avant d’être renforcés en avril dernier. Une manière pour les USA de dénoncer l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (après s’en être retiré). Un accord censé empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique, mais pour Donald Trump, ce texte ne fournit pas de garanties suffisantes. D’où cette politique de « pression maximale » contre l’Iran pour le pousser à renégocier un accord qui serait plus contraignant. Une pression qui s’est traduite sur le terrain par des sanctions économiques assimilées par les experts et par Téhéran à « une guerre économique ». Les USA ont en effet ordonné à tous les pays de cesser leurs importations de pétrole iranien et appliqué un embargo sur le secteur aéronautique et minier. Des mesures accompagnées d’une interdiction d’utiliser le dollar américain dans les transactions commerciales avec l’Iran. Les sanctions américaines visant les achats de pétrole iranien sont entrées en vigueur en novembre 2018. Ce à quoi l’Iran a répliqué par le niet et par la menace d’accroître sa production d’uranium enrichi au-delà des limites fixées par l’accord de juillet 2015.

 

Pressions économiques

Et ce d’autant que ces pressions ont affecté lourdement l’économie du pays et les relations commerciales de l’Iran même si ce pays continue d’exporter son pétrole par le biais de « ventes non officielles ou non conventionnelles », selon son ministre du Pétrole, Bijan Namdar Zanganeh qui s’est exprimé sur la question début juin. Donc un mois après que les Etats-Unis aient mis fin début mai aux dérogations qu’ils accordaient à huit pays (Chine, Corée du Sud, Grèce, Inde, Italie, Japon, Taïwan et Turquie) pour continuer d’acheter du brut iranien sans violer les sanctions extraterritoriales américaines rétablies de 2018. «Nous avons des ventes non officielles ou non conventionnelles, qui sont toutes secrètes car, si elles étaient connues, les Etats-Unis les feraient cesser immédiatement», a déclaré le premier responsable iranien du secteur pétrolier, M. Zanganeh, dans un entretien accordé à un média iranien et reproduit par Shana, l’agence du ministère du Pétrole. Et ce, sans donner le moindre détail sur les ventes de brut iranien, indiquant qu’il ne communiquerait aucun chiffre avant que « les sanctions soient levées ». Qu’en est-il alors de l’impact sur ses relations avec ses principaux clients ? La question s’impose pour ce qui est de la Chine qui pour rappel s’est opposée dès le 16 août 2018 à « toute sanction en dehors du cadre du Conseil de sécurité ». Première acheteuse de brut iranien, la Chine favorise dans sa stratégie la sauvegarde de ses relations commerciales et stratégiques avec l’Iran. Ce pays a d’ailleurs fait part de sa ferme opposition à la mise en œuvre de sanctions unilatérales par les Etats-Unis surtout après que le président américain Donald Trump ait décidé de mettre fin dès le 2 mai aux dérogations qui permettaient encore à huit marchés (Chine, Inde, Turquie, Japon, Corée du Sud, Taïwan, Italie et Grèce) d’importer du brut iranien. Objectif : « porter à zéro les exportations » et « priver le régime de sa principale source de revenus ». Une mesure dénoncée par Pékin, engagé dans de complexes négociations commerciales avec l’administration américaine et qui se voyait exposé à des sanctions s’ils continuent d’acheter du pétrole iranien.

 

Opposition mais…

« La Chine fait part de sa ferme oppo-sition à la mise en œuvre de sanctions unilatérales par les États-Unis », avait déclaré fin avril devant la presse le porte-parole de la diplomatie chinoise, Geng Sheng, estimant que la décision américaine allait « intensifier les troubles au Moyen-Orient ». « La Chine appelle les Etats-Unis à respecter ses intérêts et préoccupation », avait-il ajouté. Sans préciser si Pékin suspendrait ou non ses importations de brut iranien, M. Geng précisera dans ce sillage que la Chine continuerait à « sauvegarder les droits légitimes des entreprises chinoises ». Mais que fait réellement Pékin face à une telle situation ? L’interrogation est même soulevée en Iran où l’on avance que la Chine est aux abonnés absents dans ce dossier brûlant. Ainsi après avoir été le principal appui de Téhéran face aux sanctions nucléaires internationales, entre 2012 et 2015, Pékin tergiverse aujourd’hui. Début mai, les autorités chinoises ont dénoncé la fin des exemptions de sanctions américaines sur ces achats. Mais, entre temps alors que son propre bras de fer commercial avec Washington entre dans une phase décisive durant la première décade de mai, Pékin n’avait passé aucune commande de brut à Téhéran, selon Sara Vakhshouri, ancienne respon-sable de la Compagnie nationale du pétrole iranien qui notera que Téhéran dédommage encore en brut le chinois Sinopec, pour un investissement de 2 milliards de dollars dans ses champs pétroliers. Conclusion : L’Etat iranien paie ses dettes, sans renflouer ses caisses. Quelque 20 millions de barils sont par ailleurs immobilisés sur une aire de stockage au port de Dalian, louée à Téhéran dans le nord de la Chine, selon la même source.

 

CHIFFRES PHARES

-Selon l’agence Bloomberg, les exportations de pétrole iraniennes sont passées de 1,5 million de barils par jour (bpj) en octobre 2018 à 750 000 bpj en avril, dernier mois avant l’entrée en vigueur de la fin des dérogations accordées par Washington.

-D’après l’agence spécialisée S&P Global Platts, l’Iran a exporté en moyenne 1,7 million de barils par jour en mars, dont près de 628 000 vers la Chine.

-La production de pétrole brut de l’Iran a baissé de près de 30% en un an et ses exportations de 60%.

-En 2018, la moitié des exportations iraniennes s’écoulaient en Chine : environ 580 000 barils par jour.

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