Sommet des 5+5 à Marseille : Les propositions d’Alger en débat

Après le Forum sur les énergies qui a eu lieu en avril dernier à Alger et les quatre autres forums thématiques : « Environnement et développement durable » en Italie, « Économie et compétitivité » au Maroc, « Culture, médias, tourisme » en France et « Éducation, jeunesse, mobilité » à Malte, Marseille abrite ce 24 juin le sommet de la société civile des deux rives de la Méditerranée avec l’un des thèmes centraux « la transition énergétique ». Dans ce cadre, l’Algérie à travers ses réseaux de la société civile, a proposé 17 projets sur un total de 42 projets, tous issus de la société civile des 5+5, en collaboration avec la direction générale Europe du ministère des Affaires étrangères. L’Énergie est, en effet, un enjeu stratégique au niveau de la région méditerranéenne et africaine. L’accent sera donc mis, lors de cette rencontre, sur les moyens à mettre en œuvre pour assurer le co-développement des deux rives dans ce secteur stratégique. Et ce dans une période où le cap est mis sur la promotion des énergies renouvelables (ENR) et la sécurité énergétique. Les propositions ne manquent pas à ce sujet. Elles inscrivent le partenariat dans le cadre d’un développement durable de manière générale. Plus spécifiquement : « La finalité est d’assurer un développement durable de la partie sud : Maghreb/Afrique de l’Ouest. C’est la seule approche qui puisse permettre de fixer les populations par un développement économique partagé », estime à ce sujet l’expert en énergies renouvelables, Tewfik Hasni. Et ce d’autant que les besoins s’annoncent importants à moyen et long terme. Les chiffres issus des différentes analyses le montrent clairement, du moins en ce qui concerne le marché maghrébin. Ainsi, les besoins en électricité pour l’Algérie sont estimés à 150 TWh en 2030 et devraient atteindre 250 TWh en 2050, « dans la mesure où les paramètres sobriété et efficacité sont respectés », précise Tewfik Hasni. Autre élément : la consommation domestique atteint 60% de la génération électrique. « Ce gaspillage menace la sécurité énergétique du pays. Il amènera l’épuisement de nos réserves gazières à court terme. De même que cette règle doit être respectée par les pays européens. Il ne faut plus utiliser plus de 60% du gaz importé pour la génération électrique », note Tewfik Hasni. Et de rappeler dans le même sillage qu’au vu du potentiel en solaire thermique de la rive sud, il est possible de satisfaire 10 fois la consommation énergétique mondiale. Le mix énergétique mondial sera composé à l’horizon 2050 à 55% en électricité. Cela pour souligner que l’Algérie pour satisfaire ses besoins en électricité seulement, à l’échéance 2050, aura besoin de 250 TWh. Pour la phase 2030-2050, il faudrait ajouter 20 000 MW en solaire thermique et 2000 MW en PV.

 

Potentiel thermique important

Concernant les autres pays maghrébins, le Maroc importe 15% de ses besoins électriques et le gaz pour 19% de sa production électrique. La Tunisie souffre également d’un déficit en électricité qui nécessite de gros investissements, 56% de son l’électricité est produite par du gaz algérien. La Libye a par contre un déficit important, une demande de près de 14 TWh pour une production de 9 TWh. Pour revenir à l’Algérie, Tewfik Hasni déclare que « dans la mesure où nous arrivons à développer le programme ENR à l’échéance 2050, nous pourrons disposer de près de 30 milliards de m3 par an que nous aurons économisé en effaçant les turbines à gaz initialement programmées. Notre potentiel thermique de l’ordre de 170 000 TWh soit 40 000 MTEP/an représente la ressource énergétique la plus importante de tout le bassin Méditerranéen ». Un potentiel à saisir. « Nous avons les éléments principaux permettant de cibler quelques objectifs et arrêter un portefeuille de projets », ajoute l’expert Tewfik Hasni. « Pour l’Algérie, nous devons achever les objectifs globaux de la phase 1 (2030), soit près de 27 000 MW en ENR. Nous privilégions les hybrides Solaire (thermique et PV) avec du gaz torché. Ceci nous fera l’économie d’un stockage énergétique. Le gaz torché servira à alimenter, la nuit, les centrales électriques », notera encore M. Hasni proposant dans le même sillage d’intégrer les contraintes à l’investissement dans la démarche à suivre. « La part algérienne ne saurait dépasser les 40%. Cela correspond à la partie des biens et services de l’investissement qui sera algérianisée », précisera-t-il.

 

Transformation digitale de l’énergie

Ainsi, selon les propositions émises lors de la rencontre d’Alger d’avril dernier, la première phase, arrivant à échéance en 2030, verra un premier portefeuille de projets entre autres solaires (thermique + PV) hybridé avec du gaz torché pour réduire les coûts d’investissements liés au stockage thermique. Dans la deuxième phase de 2030 à 2050, il s’agira de passer à des projets constitués de centrales et de tours solaires pour le stockage thermique. Sur un autre chapitre, les experts réunis à Alger en prévision du sommet de Marseille avaient suggéré d’opérer la transformation digitale du secteur de l’énergie. Les recommandations à ce sujet portent sur l’engagement d’un partenariat avec l’UE via la création d’une zone spécifique pilote dans les 3 principales régions du Sud et de les ériger en zone franche pour mettre fin aux contraintes actuelles liées au code d’investissement. La zone franche suggérée sera une technopole disposant de centres de formations et de recherches. « Il y aura des partenariats industriels dans la fabrication des équipements solaires, mais aussi des clusters pour la création de PME. Ces dernières s’inscriront dans la sous-traitance aux grandes entreprises en charge de projets importants. Elles seront agréées par les centres de formation existant dans la zone franche. C’est une approche inclusive qui définit d’ores et déjà tous les projets de partenariat attendus par les pays du Maghreb ». Autre proposition, le transfert d’eau de mer et d’électricité vers le Sahel comme une priorité. « Cela permettra de concrétiser le projet Muraille verte du Sahel », estiment les experts. Il reste à savoir qu’elle sera la suite à donner à toutes ces propositions.

Hits 25