En dépit des craintes engendrées par le recours à la planche à billets: L’inflation en baisse en 2018 et s’annonce stable en 2019

Selon la Banque d’Algérie (BA) dans sa dernière note de conjoncture pour le deuxième semestre 2018, le rythme annuel moyen de l’inflation, qui s’était accéléré durant douze mois consécutifs jusqu’au mois de mars 2017 (7,07%), avait ralenti au cours du second trimestre de 2017 pour atteindre 5,59% en décembre puis 4,33% en avril 2018. L’inflation a ensuite amorcé une légère hausse pour atteindre 4,82% en août puis reculer à 4,69% en septembre 2018 et enfin à 4,27% en décembre 2018. À titre indicatif, le ralentissement du rythme de croissance de l’inflation, en moyenne annuelle, a concerné quatre des huit groupes de produits dont les produits alimentaires. Et ce, malgré les craintes liées à la planche à billets actionnée fin 2017. D’ailleurs, selon les représentants du gouvernement, l’évolution du taux d’inflation de l’Algérie devra demeurer stable en 2019, alors que nombre d’experts et d’institutions internationales ont émis des réserves quant à la maîtrise des poussées inflationnistes du financement non conventionnel dont les montants ont dépassé les 6 500 milliards de dinars à fin janvier dernier. Ainsi, les reculs les plus importants ont concerné les groupes « habillement et chaussures » et « divers », dont les rythmes de progression de leurs indices de prix ont diminué, respectivement, de 2,71 et 3,8 points de pourcentage en une année. Par catégories de biens, la décélération de l’inflation, a touché essentiellement les biens manufacturés dont le rythme annuel moyen d’augmentation des prix est passé d’un pic historique de 10,14% en janvier 2017 à 7,23% en décembre 2017 puis à 5,06% en décembre 2018 en raison de la forte baisse des prix du groupe « habillement et chaussures », toujours selon la même source. Même tendance pour les produits alimentaires mais de moindre ampleur.

En effet, bien que plus modéré, le rythme de croissance des prix des produits alimentaires est passé de 5,01% en décembre 2017 à 3,38% en décembre 2018, tiré par les décélérations de la progression moyenne des prix des produits agricoles frais et des produits alimentaires industriels : respective-ment, de 6,58% en décembre 2017 à 4,11% en décembre 2018 et de 3,49% à 2,64%. Ce sont les services qui ont vu leur prix augmenter avec une inflation accélérée passée de 3,72% en décembre 2017 à 4,97% en décembre 2018. En glissement annuel – décembre 2018 par rapport à décembre 2017 – un recul a été enregistré avec un taux d’inflation passé de 4,93% en décembre 2017 à 3,15% en mars 2018 suivi d’une hausse à 6,49% en juin et une forte décélération tout au long du second semestre pour atteindre 2,70% en décembre 2018. Comme pour le rythme annuel moyen, ce recul de 2,23 points de pourcentage en une année a concerné les mêmes catégories de biens et groupes de produits. Ce sont les biens alimentaires qui ont vu leur prix reculer de 5,29% en décembre 2017 à -0,14% en décembre 2018, résultat de la déflation des prix des produits agricoles frais qui ont chuté de 13,62% en juin à -2,63% en décembre 2018. L’inflation des prix à la consommation des biens à fort contenu d’import, en décélération depuis mai 2017, a atteint une moyenne annuelle de 2,33% en décembre 2018 contre 4,77% en décembre 2017. Proche du niveau de l’inflation globale (4,27%), l’inflation sous-jacente mesurée aussi bien par l’indice des prix hors produits agricoles frais que par l’indice hors produits agricoles frais et hors produits réglementés, a atteint des taux respectifs de 4,32% et 4,40%, en baisse depuis deux années consécutives, ce qui traduit un recul de l’inflation à caractère structurelle au cours de l’année 2018, a conclu la BA dans sa note. Pour cette année, la variation mensuelle des prix à la consommation, qui est l’indice brut des prix à la consommation en avril 2019 par rapport à mars 2019, a connu une relative stagnation, selon l’Office national des statistiques (ONS). Comme c’était le cas en 2018, ce sont les prix des biens alimentaires qui ont enregistré une baisse même légère de près de 0,2% en avril comparativement au mois de mars 2019.

 

Incertitudes

Cette baisse est induite, essentiellement, par un recul des produits agricoles frais (-0,6%). La baisse des prix de la pomme de terre (-6,1%), des fruits frais (-5%), des poissons frais (-4,9%) et des œufs (près de -2%) explique ce résultat. Concernant les prix des produits alimentaires industriels (agroalimentaires), ils ont enregistré une légère hausse de+0,24% en avril dernier et par rapport au mois de mars dernier. La tendance haussière a également concerné les prix des produits manufacturés avec (+0,15%) et les services (+0,20%) en avril, en comparaison au mois de mars. Il reste à savoir si cette tendance sera maintenue connaissant les caractéristiques du marché domestique avec la dérégulation structurelle dans la formation des prix due aux pratiques spéculatives, l’érosion avancée du pou-voir d’achat de la monnaie nationale, et la poursuite de la monétisation des graves déficits publics par des recours soutenus à la planche à billets. Un autre facteur vient amplifier ces incertitudes. Il s’agit de l’avis des experts de l’impact de la situation politique actuelle sur l’activité économique. « Des incertitudes pèsent lourd sur le monde des affaires créant un climat d’hésitation tant au niveau des banques dans la prise de décision que chez les opérateurs économiques en retardant l’investissement », expliquent-ils, pré-voyant la montée du chômage et par ricochet la baisse du pouvoir d’achat. Pour bon nombre d’experts, la rentrée sociale s’annonce difficile dans ce sens surtout si la transition n’est pas au rendez-vous.

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