La planche à billets gelée pour 2019 / L’endettement extérieur n’est pas à écarter

  • By Super User
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  • Posted 25 August 2019

Introduit fin 2017 dans le cadre de la modification de la loi sur la monnaie et le crédit autorisant le Trésor public à s’endetter directement auprès de la Banque d’Algérie (BA), le financement non conventionnel (FNC) est désormais gelé pour l’année 2019. Il ne s’agit pas d’un abondons pur et simple puisque cet outil restera un instrument de financement valable jusqu’à 2022, selon le ministre des Finances, Mohamed Loukal. «Le financement non conventionnel a été gelé pour l’exercice en cours (2019), mais il reste un levier important, mais non exclusif, de financement pour le Trésor jusqu’à 2022», a en effet déclaré le 12 juillet dernier le ministre dans un entretien accordé à l’APS. Et de préciser : «Le gouvernement a décidé de satisfaire les besoins de financement de l’exercice 2019 sans recourir, de nouveau, au financement non conventionnel qui restera figé à son niveau de janvier 2019, soit à 6.553,2 milliards (mds) de DA ». Sur les 6.553,2 mds DA mobilisés dans ce cadre environ 5.500 mds de DA ont été injectés dans l’économie. Il reste ainsi 1.000 mds de DA environ, mobilisés depuis le 18 janvier 2019, qui sont destinés à financer une partie du déficit du Trésor de l’exercice en cours, selon les précisions du ministre.

Sources alternatives

En parallèle, la prise en charge des besoins de financement au titre de l’année en cours, sera assurée par des «sources alternatives», disponibles sur le marché, avec une politique budgétaire basée sur une rationalisation soutenue des importations. Mais, d’ici 2022, le recours à une telle mesure pourrait intervenir. Loukal parle en effet de gel et non pas d’abondon contrairement au porte-parole du gouvernement qui s’exprimait sur la question fin juin dernier. Auparavant, la Banque d’Algérie (BA), dans une note publiée le 1er avril dernier, avait explicitement estimé que le recours de l’Algérie à la planche à billets était «dès le début injustifié». La BA avait estimé que les instruments conventionnels de politique monétaire «n’avaient pas atteint leurs limites» pour passer à ce mode de financement. Cela dit, la planche à billets défendu bec et ongles par Ouyahia a bien fonctionné durant près de 18 mois. Et ce avant de mettre en oeuvre depuis mai dernier, une nouvelle approche visant à préserver les réserves de change du pays à travers notamment la limitation du recours à l’importation aux besoins réels du marché national, ainsi que par l’encouragement de la production nationale. Dans certains segments, les importations ont réellement baissé. Exemple : la facture alimentaire a chuté de plus de -11% durant les quatre premiers mois de 2019, en comparaison avec la même période de 2018. Elle a atteint près de 2,82 milliards de dollars (mds USD) sur les quatre premiers mois de l’année en cours, contre près de 3,18 mds USD durant la même période de l’année écoulée, soit une baisse de près de 361 millions de dollars (-11,35%), selon la Direction des Etudes et de la Prospectives des Douanes (DEPD).

 

Réserves de change en baisse

Pourvu que la tendance se poursuive et touche d’autres filières. Et ce d’autant que les indicateurs financiers sont au rouge même si pour Loukal «la situation est relativement confortable». Mais avec des réserves de change de 72,6 milliards de dollars à la fin avril 2019 (soit deux ans d’importation), difficile de rester optimiste, surtout que l’économie nationale est au ralenti depuis février dernier en raison des incertitudes sur le plan politique. Des incertitudes à l’origine de l’hésitation des investisseurs, qu’ils soient nationaux ou étrangers. Si la transition n’était pas entamée d’ici la prochaine rentrée sociale, la situation risque de s’aggraver et le taux de chômage pourrait encore augmenter. Même l’endettement extérieur n’est pas à écarter. Loukal l’a bien reconnu : «Le recours au financement extérieur ne constitue pas, à l’heure actuelle, une option prioritaire, mais il pourrait être envisagé pour assurer, de manière ciblée, le financement de projets structurants et rentables», a-t-il avancé, précisant dans ce sillage, qu’une éventuelle mobilisation de financements extérieurs devra, «se soumettre à des dispositions particulières en termes de délais, dans le cadre de crédits assortis de conditions avantageuses et ciblées». Quelles conditions et pour quelles marges de manoeuvre pour éviter une telle option ? La question reste posée.

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