Alors que la demande en électricité en forte croissance / Le programme de développement des énergies renouvelables patine

  • By Super User
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  • Posted 26 August 2019

Comme à chaque saison estivale, Sonelgaz joue la carte de l’assurance, écartant toute opération de délestage en cette période de forte demande en énergie électrique. Une demande qui ne cesse d’augmenter ces dernières années avec l’utilisation accrue des climatiseurs. D’ailleurs, selon le groupe Sonelgaz, la consommation a atteint en termes de puissance maximale une évolution de près de 5% sur le réseau interconnecté nord, en comparaison avec l’été 2018 avec des pics importants enregistrés au début du mois de juillet. L’Opérateur du système électrique national (OS), filiale du groupe Sonelgaz, a d’ailleurs enregistré deux pics de consommation record d’électricité en l’espace de deux jours seulement. Le premier de l’ordre de 15 044 MW, le 7 juillet dernier et le dernier juste la veille de l’ordre de 14 346 MW. De nouveaux pics pouvant atteindre 15.600 MG ne sont pas à écarter cet été. Ainsi et à titre illustratif, le niveau de production électrique a atteint le 6 juillet 16 267 MW, soit une différence de 1 921 MW entre la consommation et la puissance disponible, selon les chiffres de l’OS qui constate une disparité entre le niveau de consommation du jour et celui de la nuit. A titre d’exemple, la demande en énergie électrique est passé durant ce même jour de 9.393 MW la nuit (taux de réserves à 75,7%) à 14.346 MW le jour (taux de réserve à 13,4%).

consommation journalière n’existe nulle part ailleurs dans le monde. Il est unique et il explique l’impact de la chaleur dans le modèle de la consommation », a commenté le directeur général de l’OS, Aziz Ameyoud. Un impact qui risque d’augmenter dans les prochaines années avec le réchauffement climatiques. Faudrait-il justement, face à une telle situation, se préparer pour répondre à la croissance de la demande en énergie électrique en développant la production de l’électricité à partir des énergies renouvelables. Or, dans ce cadre, l’Algérie connait un grand retard. Entre les ambitions affichées depuis l’annonce du programme national de développement des énergies renouvelables (EnR) et les résultats sur le terrain, c’est le grand fossé.

 

Manque de visibilité

Les spécialistes en la matière ne manquent pas de relever ce retard. «On est loin de réaliser l’objectif escompté par l’Etat qui préconisait d’atteindre le taux de production de 27% d’électricité à partir des énergies renouvelables à l’horizon 2030», a indiqué à ce sujet Boukhalfa Yaici, président du Cluster de l’énergie solaire, le 10 juillet dernier, sur les ondes de la radio nationale. Cela pour dire que les projets se sont limités à «l’effet d’annonce» sans concrétisation. Pour le président du dit cluster «l’échec était inévitable de par les nombreuses contraintes, dont le manque de visibilité de la part des autorités qui projetaient d’atteindre des objectifs sans étapes intermédiaires». «On annonce toujours des chiffres mais, sur le terrain, les investissements se font sans marchés. Ce qui a engendré un risque important pour cette filière », estime encore M. Yaici pour qui la cadence avec laquelle les choses se faisaient a rendu cet objectif irréalisable. Et ce d’autant que «la technologie évolue rapidement et la chaine de production mise en place peut être obsolète d’ici à trois ans, voire en deux ans».

Que du temps donc à rattraper pour pouvoir réaliser les objectifs tracés. Sonelgaz a dans ce sens un grand rôle à jouer. Cependant, le groupe n’enregistre à ce jour qu’une production de 400 mégawatts d’électricité au titre de ce programme, même si la société SKTM (Sharikat Kahraba wa Takat Moutajadida), filiale du Groupe Sonelgaz, chargée des EnR ne reconnaît pas ce retard. «Nous ne sommes pas en retard dans la réalisation du Programme national du développement des EnR. L’Algérie a tracé une stratégie pour développer ces énergies à l’effet de mettre en place un écosystème et une industrie locale avec une intégration nationale progressive de tous les maillons de la chaîne de valeurs», a indiqué en mai dernier le responsable de la société dont l’objectif est d’accroître le parc national EnR, lequel comprend actuellement 24 centrales, cumulant une puissance globale de 354,3 mégawatts (MW). Ce parc se compose de 23 centrales de photovoltaïque (PV) d’une puissance globale de 344,1 MW et d’une pour l’énergie éolienne de 10,2 MW.

50 millions de dollars de coûts d’investissement

Par ailleurs, les coûts d’investissement dans le développement des EnR par SKTM ont été ramenés de 50 milliards de dollars, alors qu’initialement, l’évaluation oscillait entre 20 et 25 milliards de dollars pour une stratégie scindée en trois phases, dont la première avait consisté à réaliser des projets-pilotes et à mettre en place des mécanismes de financement nécessaires au développement de ce programme. Les projets réalisés au titre de cette phase avaient porté pour rappel sur la mise en place des installations pilotes pour tester les technologies disponibles, ainsi que le lancement du projet de réalisation d’une ferme éolienne de 10 MW à Kabertene (Adrar) et du projet de réalisation d’une centrale photovoltaïque de 1,1 MW à Ghardaïa.

Ces deux projets, réalisés dans le cadre de la phase expérimentale, sont en exploitation depuis 2014. Concernant la deuxième phase, achevée en juillet 2017, elle consistait à déployer 22 centrales, et ce, en partenariat avec des firmes internationales, a-t-il ajouté. La troisième phase est quant à elle toujours en cours. Elle vise l’installation d’une industrie dédiée aux EnR devant permettre la fabrication en Algérie des biens d’équipements liés à cette filière énergétique, selon le programme tracé par SKTM. Cette phase a également pour objectif de réaliser une intégration nationale progressive de tous les maillons de la chaîne de valeurs (système industriel énergétique intégré depuis la fabrication des équipements jusqu’aux services de construction, d’exploitation et de maintenance). Globalement, l’entreprise travaille pour le renforcement des moyens de production dans plus d’une trentaine de localités du grand Sud et le lancement de nouveaux projets de valorisation énergétique solaire et éolien.

Une production de 50 mégawatts selon la technologie hybride qui associe les énergies renouvelables et le combustible fossile devait être lancé en ce mois de juillet pour réduire la dépendance des centrales électriques du Sud de l’énergie fossile et le coût du transport de cette énergie fossile vers les centrales. Serait-ce possible avec les conditions financières actuelles ? La création d’une Instance nationale des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique en mai dernier changera-t-elle le cours de ce programme ? En attendant de voir l’évolution de ce chantier, rappelons qu’actuellement, la production énergétique en Algérie provient de 70% des centrales alimentées par les combustibles fossiles (Gaz et Gasoil) et 30% de production d’énergies propres et renouvelables.

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