Des solutions techniques innovantes existent / Le stockage souterrain des hydrocarbures

  • By Super User
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  • Posted 26 August 2019

Des perturbations survenues il y a quelques hivers dans la distribution des produits raffinés, avaient été jugées anormales par les citoyens, notamment les transporteurs, qui avaient subi des désagréments plus ou moins importants selon l’endroit où ils se trouvaient, l’activité qu’ils pratiquaient et la durée de la rupture vécue. Ils les qualifiaient d’anormales en précisant à chaque fois que c’est parce qu’il s’agit d’une matière produite dans le pays. Cet avis majoritairement exprimé reflète bien entendu une méconnaissance des différents maillons qui caractérisent la chaines des hydrocarbures et dont le moins connu ou le parent pauvre est bien entendu celui des infrastructures de stockage. Après une quinzaine de jours de dysfonctionnement de la distribution, l’autorité de tutelle a admis que cela était dû à des insuffisances en matière de stockage et que les ouvrages disponibles ne permettaient de couvrir les besoins que pendant une période de 7 jours. S’il est vrai que les installations disponibles pouvaient suffire durant les périodes antérieures quand la consommation interne était en adéquation avec la capacité offerte par les quelques stocks régionaux, des raffineries en pleine activité et proches des secteurs industriels et bien peuplés, ils ne pouvaient plus permettre de faire face, en 2015, aux nouveaux niveaux de la demande puisque les besoins ont évolué très vite, ces quelques dernières années, et se sont vus propulsés vers des niveaux jamais connus auparavant. L’augmentation de la population et du niveau de vie combinés à une stabilité voire une réduction des capacités de raffinage local due à des travaux de maintenance/extension sur certaines usines ont fait que toute perturbation des circuits d’approvisionnement ou de distribution due à des considérations d’ordre technique, organisationnel ou climatique se traduit immédiatement par une crise sur le terrain. Une telle alerte montre qu’Il n’y a plus lieu de se poser la question de savoir si vraiment nous avons besoin d’étendre ou d’augmenter ce type d’infrastructures ou non quelles soient de type conventionnel ou de toute autre nature. Disposer de capacités de stockage de divers produits stratégiques ou de produits raffinés pour couvrir une période de trois mois environ, généralement définie par la législation, est une nécessité qu’ont éprouvé beaucoup de pays pour éviter toute rupture de stocks et pénurie de matière première ainsi que leur conséquences. Pour permettre au lecteur de s’imprégner de la problématique d’une couverture sereine et durable de la demande il serait utile de faire une petite description de tels ouvrages, de leur statut, de leur finalité ainsi que de leur conception, réalisation et exploitation.

 

 Définition, Objectifs, Finalité

En plus des ouvrages de stockage de type conventionnel généralement situés en surface (Bacs cylindriques, sphères, citernes, fûts et bouteilles) et dont nous ne parlerons pas car très connus et visibles dans le paysage, il existe des ouvrages non conventionnels dont l’intérêt se situe dans les volumes importants qu’ils peuvent contenir et dans leur position plus abritée par rapport à des risques divers dont l’effet serait, en cas de survenance, moins néfaste sur l’environnement que si ces mêmes structures étaient situées en surface. Sur le plan physique, les stockages souterrains d’hydrocarbures gazeux, liquides ou liquéfiés sont des ouvrages réalisés sous terre à des profondeurs suffisantes permises par la nature du sous-sol et des considérations d’ordre technique oscillant selon le cas entre 100 et 1000 à 1500 mètres. Cela peut être des sites naturels aménagés ou réalisés artificiellement qui conviennent à cette finalité et qui seraient destinés à emmagasiner, pour une période plus ou moins longue, en statique ou en dynamique des volumes de produits pétroliers pour répondre aux deux situations particulières suivantes :

• réguler la distribution de ces produits sur le marché intérieur et faire face à des périodes de pointe d’hiver ou d’été.

• assurer la disponibilité immédiate des produits à des fins stratégiques pour faire face à une rupture plus ou moins longue de l’approvisionnement du pays en cas d’embargo sur le produit ou sur son industrie, en cas de guerre ou de situations graves d’une autre nature. La finalité est donc la même que celle des stockages de produits alimentaires ou d’autres produits importants que tous les pays réalisent pour s’assurer 2 à 3 mois de disponibilité de ces produits. L’idée ancrée dans les esprits que c’est aux pays importateurs éloignés des sources d’approvisionnement, d’y recourir n’est plus valable même si nos hydrocarbures sont bien stockés dans leur habitat naturel et qu’il nous est possible d’y accéder rapidement au moment du besoin. C’est certes un raisonnement qui se tient mais il ne devrait pas empêcher de réfléchir à des solutions permettant des flexibilités car l’étendue du pays et les disparités dans la répartition de sa population sur les différentes régions (faible densité dans certaines et surcharge dans d’autres, distances entre les régions, vocations variées etc..) pousse à une réflexion sur la faisabilité et l’intérêt de recourir à une telle solution. Brèves informations sur les types de stockages souterrains : 

• Gisements épuisés pour le stockage de gaz gazeux.

• Mines ou galeries de mines abandonnées pour le stockage de brut ou de produits stables.

• Couches salifères épaisses et stables dans lesquelles des poches seraient créées par forage et lessivage du sel. Ces poches de forme généralement elliptique sont façonnées et répondent bien à ce type de besoins. Elles ont la caractéristique de pouvoir contenir de grands volumes. Chacune d’elles pouvant être dédiée à un produit bien défini (Gasoil, Essences, GPL…). Les capacités de ce type d’ouvrages sont plus importantes que celles des structures de surface et peuvent aller de centaines de milliers à plusieurs millions de m3 selon la taille de l’ouvrage que la nature et la technologie auront permis de réaliser. En conclusion après ce bref survol de la question il serait utile d’entamer une réflexion sur l’utilité ou non de ce type d’ouvrages et de procéder à un inventaire et à une étude de faisabilité des sites que les données géologiques et morphologiques disponibles permettent de classer déjà comme candidats potentiels à court terme pour une éventuelle réalisation. Des gisements pétroliers épuisés, des galeries de mines abandonnées et des zones à couches salifères assez épaisses doivent exister en plusieurs endroits du pays. Un recensement et une évaluation préliminaire peuvent être faits rapidement sur ce type de candidat à cette finalité. Les modèles analogues existent puisque beaucoup de pays en ont réalisé. Les sociétés de réalisation ou d’études spécialisées  existent également, il suffit de s’en approcher pour s’assurer que techniquement c’est faisable. Les aspects économiques peuvent également être cernés à l’avance. Pour le long terme, des études et des recherches avec les méthodes appropriées pourront être réalisées par les investisseurs intéressés par ce créneau, pour identifier de nouveaux sites, quand les cadres réglementaire, organisationnel et commercial seront mis en place.

Aspects réglementaires et stratégiques

Comme il s’agit d’ouvrages sensibles une réglementation spécifique à ces infrastructures doit être mise en place pour encadrer ce type d’activité du stade de l’octroi du permis de recherche à celui de l’exploitation (certains pays considèrent ces sites comme des gisements et les définissent dans leur Loi Minière). Ce cadre doit englober les mesures et obligations liées à l’aspect sécurité industrielle. Voici quelques données relatives aux capacités installées dans certains pays qui, en application de directives émises en 1974 par l’AIE dont ils sont membres, doivent constituer obligatoirement des réserves équivalentes à 90 jours d’importation moyenne nette ou de 60 jours de consommation journalière moyenne nette. Ces chiffres sont bien entendu des ordres de grandeurs et peuvent baisser en période de fortes sollicitations motivées par une situation tendue du marché ou augmenter en périodes de relaxation du marché et d’existence d’opportunités de réapprovisionnement intéressantes. Ces volumes se répartissent généralement entre 50 à 60% sous forme de pétrole brut et 40% sous forme de produits raffinés. La répartition des sites dans les pays est différente et obéit à certaines considérations qu’il y a lieu de comprendre aussi. Le volume global d’hydrocarbures stockés en tant que réserves stratégiques par ces divers pays est estimé à 4,1 Milliards de Barils. Toute une organisation gérant la coordination entre le régulateur, les opérateurs et leurs différents partenaires en vue du partage des rôles et du suivi est là, d’où création d’emplois et de revenus.

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