Desertec Algérie / Le projet à l’abandon

  • By Super User
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  • Posted 27 August 2019

Il est le projet qui aura posé autant d’attraits que de controverses. Desertec, gigantesque entreprise visant à produire de l’électricité verte en direction de l’Europe à travers une entente avec les pays du MENA, a fait un pschitt monumentale. Dix ans après son lancement, des interrogations demeurent mais le goût amer d’être peut-être passé à côté de quelque chose est toujours présent. Son coût : 400 milliards d’euros. L’objectif : «l’exploitation du potentiel énergétique des déserts d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient afin d’approvisionner durablement les régions avoisinantes (en particulier l’Europe) en électricité verte ». Les acteurs : l’idée est à l’initiative du TREC (Coopération trans méditerranéenne pour l’énergie renouvelable) qui est en fait un réseau mondial d’entrepreneurs, de scientifiques et de responsables de différentes nationalités. Mais la fondation Desertec sera développée entre le TREC et la branche allemande du Club de Rome. C’est le 13 juillet 2009 que naît « un protocole d’accord pour la réalisation du concept Desertec dans la région EU-MENA». La fondation, l’entreprise de réassurance Munich Re ainsi que douze autres entreprises basées en Europe, au Proche-Orient et en Afrique du Nord, à Munich6,7 créent la Desertec Industrial Initiative, devenant plus tard Dii GmbH.

A ce stade du projet, l’idée parait lumineuse, aidé pour cela par trois études techniques financées par le ministère fédéral de l’environnement en Allemagne et le centre allemand pour l’aéronautique et l’aérospatiale. Il est alors question que le projet fournisse à l’horizon 2050 plus de 50% des besoins en électricité de la région EUMENA : Europe, Moyen Orient et Afrique du Nord. Le message étant donc d’un partenariat gagnant gagnant. L’Europe pourrait s’assurer une provision d’électricité renouvelable, l’Afrique du Nord également mais serait également exportatrice puisque c’est sur son territoire que la captation de l’énergie solaire sera réceptionné et envoyé en Europe et au Moyen Orient. Le président Abdelaziz Bouteflika annonçait en 2010 toute la disponibilité algérienne à conduire conjointement avec les allemands le projet Desertec. «Nous travaillerons dans les énergies nouvelles à travers un projet colossal qui s’appelle projet Desertec que nous allons approfondir d’un commun accord», rapportait l’APS en marge d’une visite officielle d’Abdelaziz Bouteflika en Allemagne. Conjointement à la création d’une chambre de commerce algéro-allemande, le président déclarait : «Alger et Berlin ont décidé de redoubler d’efforts en vue de renforcer leurs relations bilatérales». C’est ainsi que jusqu’en 2014, plusieurs actions avaient été menées pour permettre au projet Desertec de voir concrètement le jour. En 2011, il était instruit en Conseil des ministres un plan national des énergies renouvelables. Et une année après le lancement de l’initiative industrielle Desertec Dii, plusieurs partenaires au projet dont Cevital se retrouvaient à Barcelone avec la participation d’industriels allemands et accueillis par Paul van Son, PDG de Desertec.

En 2012, il s’agissait de procéder par étapes pour créer un environnement législatif adéquat en vue de fournir « d’ici à quarante ans et pour 400 milliards de dollars, un réseau d’installations éoliennes et solaires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, censé fournir jusqu’à 15% de la consommation d’électricité de l’Europe ». Les choses allaient bon train. Il est encore difficile de savoir ce qui a fait capoter le projet bien qu’il fut à plusieurs reprises annoncé comme relancé sans que sur le terrain le constat puisse être établi. Il demeure que les échanges profusaient à ce moment de l’hisotire de desertec. On dénombrait pas moins de 200 entreprises allemandes sur le territoire national. «Linde, E. ON, Siemens, Henkel, Messer Griessheim, BASF, Basalt, Dywidad, ZF, DHL et notamment Knauf» ont participé à la statégie d’investissement à long terme. «La société Knauf, par exemple, a formé au cours des trois années passées plus de 2 000 personnes intervenant dans les domaines de matériaux de construction» rapporte l’AFP. Angela Merkel, chancelière allemande, en marge de la création de la chambre algéro-allemande, évoquait la volonté de coopérer avec l’Algérie et «avec des entreprises allemandes, qui en ont la technologie, à un projet de protection des frontières». Elle n’en précisera pas davantage. 

 L’année 2011 sera prospère coté marocain puisqu’un consortium sera signé entre Dii et MASEN (Moroccan Agency for Solar Energy)12 portant sur la mise en oeuvre d’un projet solaire à grande échelle au Maroc. «Ce projet vise principalement à démontrer la faisabilité de l’exportation d’électricité d’origine solaire issue du désert vers l’Europe. MASEN est développeur du projet et supervise le processus complet au Maroc, notamment la spécification du projet et l’identification des sites. Dii joue un rôle de facilitateur, et apporte son expertise en développant un dossier commercial viable pour le projet. Celui-ci devrait prendre la forme d’un regroupement de centrales thermosolaires et photovoltaïques d’une capacité totale de 500 MW13,14. Suivant la technologie utilisée, la centrale pilote pourra alimenter les réseaux espagnols et marocains en électricité entre 2014 et 201615. Le Maroc est en effet favorisé par le réseau électrique le reliant à l’Espagne, mais aussi par l’importance qu’il accorde au secteur des énergies renouvelables». Même enjeux côté tunisien puisqu’un accord sera signé la même année «entre STEG Énergies Renouvelables, filiale de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz STEG, et l’initiative Dii portant sur une étude de faisabilité pour de grands projets d’énergie solaire et éolienne en Tunisie. Seront examinés les conditions techniques et le cadre réglementaire relatifs à la consommation électrique locale, à l’exportation dans les pays voisins et vers l’Europe. De même, les possibilités de financement d’un éventuel projet de référence d’un volume de 1 000 MW en partenariat avec la Tunisie sont évaluées» En Algérie le programme Desertec suit son court dès lors où Sonelgaz signe avec Dii un accord visant à «renforcer les échanges d’expertise technique, d’examiner des voies et moyens pour l’accès aux marchés extérieurs et promouvoir conjointement le développement des énergies renouvelables en Algérie».

Sonelgaz, avec à sa tête Nourredine Boutarfa prend à sa charge une étude de faisabilité sur une référence d’un projet de 1000 MW. En 2013, le projet Desertec revoit ses prévisions à la baisse et annonce qu’une faible part produite en Afrique du Nord sera exporté vers l’Europe. Si l’échec du projet est certainement précipité par le retrait de l’actionnaire Siemens en 2012, beaucoup d’autres motifs ont été invoqués. Certains détracteurs ont avancés un risque d’écocolonialisme, d’autres inventorient des risques sur l’environnement tel que le niveau important de la consommation d’eau pour le refroidissement, impact sur l’albédo du désert et le forçage radiatif, la modification de la météorologie local ou même du climat. Les printemps arabes en Tunisie et en Egypte ont fini par faire perdre de la visibilité à un projet concentré dans les pays d’Afrique du Nord. Pour autant «en six heures, les déserts reçoivent plus d’énergie du soleil que ce que consomme l’ensemble du genre humain en une année », expliquait le physicien allemand Gerard Knies pour développer l’énergie solaire. Rencontré en 2017, Paul Van Son dira tout simplement : «nous avons vu trop grand. Il serait plus judicieux d’avancer par étape et plus localement». 

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