Marché pétrolier / Menaces sur la production Saoudienne

  • By Super User
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  • Posted 06 October 2019

Craintes d’une probable récession mondiale, surabondance de l’offre américaine, guerre commerciale sino-américaine, mais aussi attaques contre les installations saoudiennes, sont autant de facteurs qui chahutent les actions de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) soumise à rude épreuve, malgré sa stratégie volontaire de reprise en main du marché pétrolier. Dans ce contexte l’Opep tente de redresser la barre sans vraiment y par-venir. Malgré un suivi plus qu’exemplaire de la part de la plupart des pays membres hormis l’Irak, l’Organisation et ses alliés -qui suivent eux aussi scrupuleusement les consignes de réduction, le prix du pétrole peine à se stabiliser, et encore moins de reprendre une courbe ascendante, tel que souhaité par les pays producteurs de l’or noir dont la plupart ont une économie dépendante des fluctuations des prix du pétrole. Lors de sa réunion tenue le 12 septembre 2019, le Comité de surveillance du marché (JMMC), formé par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses alliés a demandé aux pays membres de poursuivre leurs efforts, tout en exigeant dans la foulée de l’Irak de réduire la production de pétrole afin de s’aligner sur les objectifs de l’Organisation qui entend lutter contre la surabondance de l’offre, dans un contexte de hausse de la production américaine et de ralentissement de l’économie mondiale.

Les prix du pétrole ont chuté au-des-sous de 60 dollars le baril au cours des dernières semaines, après avoir culminé à 75 dollars en 2019, alors que les craintes d’une récession mondiale l’emportent sur les craintes d’une baisse de l’offre de l’Iran et du Venezuela, frappés de sanctions. Selon Reuters, l’OPEP + a dépassé en moyenne les objectifs fixés, à savoir la réduction convenue de 1,2 million de barils par jour (b/j), les exportations iraniennes et vénézuéliennes s’étant effondrées à la suite des sanctions. Mais certains membres, tels que l’Iraq et le Nigeria, ont produit plus que leur quota. L’Iraq, deuxième producteur de pétrole de l’OPEP, s’est engagé cependant, à la suite du rappel à l’ordre de l’Opep, à réduire sa production de 175 000 barils par jour d’ici octobre 2019, tandis que le Nigéria devrait réduire son offre de 57 000 barils par jour. Une meilleure conformité entraînera une réduction de la production de plus de 400 000 b/j, ont déclaré deux sources de l’OPEP + citées par Reuters. Pour sa part, le leader de l’OPEP, l’Arabie saoudite, continuera de pomper plus que le seuil qui lui est imparti, a déclaré le prince Abdelaziz bin Salman, qui a succédé à Khalid al-Falih récemment au poste de ministre de l’énergie. Le royaume dépassera volontairement ses objectifs et injectera un peu moins de 10 millions de bpj, selon le prince Abdulaziz. Le marché avait peu réagi à la réunion du comité de l’Opep étant donné que toute décision formelle sur des coupes pétrolières ne peut être prise que lors de la prochaine réunion de l’OPEP + en décembre. L’OPEP, la Russie et d’autres pays non membres avaient convenu en décembre dernier, de réduire leur production de 1,2 million de bpj – soit 1,2% de l’offre mon-diale – à compter du 1er janvier de cette année. La part de l’OPEP dans la réduction, qui court jusqu’en mars 2020, est de 800 000 bpj, exécutée par 11 membres, à l’exception de l’Iran, de la Libye et du Venezuela.

 

La production saoudienne victime de drones yéménites

Une frappe de drones contre deux importantes installations pétrolières saoudiennes a sérieusement perturbé le 13 septembre dernier, la production du royaume, et provoqué un regain de tension entre Washington et Téhéran, qu’un responsable américain a accusé d’être derrière une «attaque sans précédent contre l’approvisionnement énergétique mondial». L’infrastructure énergétique saoudienne a déjà été touchée à de nombreuses reprises, par les rebelles Houthis du Yémen, mais la dernière attaque a été d’une autre ampleur : Elle a en effet ciblé la plus grande usine de traitement d’Aramco, située à Abqaiq, et l’un des principaux champs pétroliers de l’entreprise publique à Khurais (est du pays). Elle a obligé la société à suspendre temporairement environ la moitié de sa production. Ces attaques, qui ont dans leur sillage réduit de 6% l’approvisionnement mondial en pétrole a obligé le groupe Aramco à envisager de puiser dans ses stocks pour compenser partiellement la baisse. L’incident s’est produit alors que les investisseurs s’intéressaient à une introduction partielle en Bourse du géant pétrolier. Ryad espère que cette opération colossale va lever jusqu’à 100 milliards de dollars, ce qui en ferait la plus importante opération du genre. Considérée comme le dépositaire de la capacité de production mondiale de pétrole, l’Arabie saoudite se retrouve – face aux risques d’attaques yéménite contre ses installations – menacées dans sa suprématie par les États-Unis qui ont déjà réussi, il y a quelque temps, à dépasser brièvement l’Arabie saoudite en tant que premier exportateur mondial de brut, quelques années seulement après la levée de l’interdiction des exportations de pétrole, en raison de l’importance de ses besoins en tant que premier consommateur mondial de pétrole.

Alors que les Etats-Unis ont sous-estimé à plusieurs reprises les gains de croissance de la production américaine, le pays produit désormais environ 15% de l’offre mondiale, et sa production de pétrole brut devrait atteindre de nouveaux records dans un avenir proche. Outre les États-Unis, l’Iran et le Venezuela sont actuellement les seuls pays disposant de capacités inutilisées importantes, mais ces deux pays, soumis à des sanctions américaines, ont vu leurs exportations se réduire au cours de la dernière année. Les exportations iraniennes ont chuté selon Reuters, de plus de 2 millions de barils par jour depuis l’imposition des sanctions, alors que le Venezuela a également vu ses exportations chuter. Celles-ci devraient se stabiliser plus ou moins aux niveaux actuels d’environ 700 000 à 800 000 b / j pour le reste de l’année, alors que la production pétrolière iranienne devrait continuer encore à chuter. En parallèle la Libye, membre de l’OPEP, est en pleine guerre civile, ce qui menace sa capacité à continuer à pomper du pétrole. Une autre grande perturbation en Libye aggraverait selon les analystes, les chocs et mettrait en lumière le problème de capacité disponible. Les exportations nigérianes ont également beaucoup souffert des perturbations. Cependant, les gains importants de la production brute américaine et le ralentissement de la demande mondiale en raison de la faiblesse de l’économie mondiale ont contribué à la hausse des stocks de pétrole dans le monde entier. 

 

l’AIE et L’OPEP en rang dispersés

L’Agence internationale de l’énergie, qui coordonne les politiques énergétiques des pays industrialisés, a déclaré que les marchés restaient bons, malgré les perturbations en Arabie Saoudite. « Nous sommes massivement sur approvisionnés», a déclaré Christyan Malek, responsable de la recherche pétrolière et gazière pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique pour JP Morgan, ajoutant qu’il faudrait cinq mois d’une panne de 5 millions de bpj pour ramener les niveaux mondiaux de brut Moyenne normale sur 40 ans. » Cela dit, cette attaque introduit une nouvelle prime de risque irréversible sur le marché », a-t-il ajouté. Dans son dernier rapport – septembre 2019 – l’AIE avait mis en garde sur le «défi» énorme que pose la hausse de la production américaine pour l’équilibre du marché pétrolier, tout en réitérant ses prévisions de croissance de la demande mondiale. « Pour la seconde moitié de 2019 nous maintenons l’opinion qu’avec des cours du pétrole actuellement environ 20% plus bas qu’il y a un an, il y aura du soutien pour les consommateurs », indique l’Agence basée à Paris dans son rapport mensuel. Selon l’AIE, la demande mondiale augmentera de 1,1 million de barils par jour (mbj) en 2019 et 1,3 mbj en 2020.

Pour sa part, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) avait au contraire légèrement abaissé ses prévisions, sur fond de ralentissement mondial. Selon le rapport mensuel de l’Opep, la demande progressera de 1,02 million de barils par jours (mbj) en 2019 et 1,02 million en 2020. «Compte tenu des prévisions pour la croissance économique mondiale, la croissance de la demande de pétrole est attendue à environ 1 mb/j en 2019 et 2020.Toutefois, elle devrait être dépassée par la forte croissance de l’offre non-Opep», souligne l’Orga-nisation dans son rapport mensuel. Cette offre est tirée par les Etats-Unis, toujours en pleine révolution des pétroles de schiste, même si l’Opep a revu à la baisse sa prévision pour ce pays l’an prochain. « Cela souligne la responsabilité partagée de tous les pays producteurs pour soutenir la stabilité du marché pétrolier afin d’éviter une volatilité indésirable et une rechute potentielle dans un marché déséquilibré », note l’Opep. 

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