Ouverture de capitaux sur les grandes places boursières internationales / Pourquoi nos entreprises publiques s’y refusent ?

  • By Super User
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  • Posted 07 October 2019

La moyenne de croissance du PIB chinois entre 1978 et 1994 dépassait les 9 %. Cette croissance était la conséquence de réformes courageuses et sérieuses entamées dès l’année 1978 faisant passer le pays d’une économie contrôlée par l’état à une économie de marché favorisant la libre compétition et l’exécution par les objectifs. Cependant, cette croissance économique accompagnée d’une forte croissance industrielle n’était pas suivie par une croissance du secteur électrique qui restait bien en deçà des besoins de l’économie chinoise. Généralement, dans une économie croissante, la croissance du secteur électrique devait être équivalente à la croissance du PIB du pays ; cela était loin d’être le cas en Chine et se traduisait par des coupures électriques assez régulières et un rationnement sévère dans des périodes à haute consommation. Ce « problème » devenait un obstacle sérieux à la poursuite de la croissance du pays. Le Ministre de l’Energie Electrique estimait début 1994 que les besoins de la République Populaire de Chine en Energie électrique étaient de 17 000 MW par année entre 1994 et 2000. Dans cette période de forte incertitude énergétique, il devenait clair que la structure industrielle actuelle devenait inadéquate pour combler le déficit électrique existant. C’est ainsi que fut créée la société Huaneng Power International Inc (HPI), qui allait se spécialiser dans le financement, la construction et l’exploitation de centrales de production d’électricité à base de charbon (Ressource abondante en Chine), utilisant les technologies les plus récentes fournies par les plus grandes industries mondiales d’électricité.

Début Octobre 1994, HPI annonce sa volonté de lever des fonds sur la bourse de New York (NYSE) pour financer la construction de nouvelles centrales électriques. Son plan de développement nécessitait, en effet, une enveloppe de 4,5 Milliards de Dollars et la levée de fonds entamée prévoyait l’acquisition d’un montant estimé entre 700 million et 860 million de Dollars, composant critique pour la réalisation du plan. Il devenait alors nécessaire que cette levée de fonds soit perçue comme une totale réussite, aussi bien par l’entreprise que par les investisseurs, vu que cela constituait la toute première levée de fonds de HPI à l’international, une première pouvant être prémices à d’autres levées aussi bien pour l’entreprise elle-même que pour d’autres entreprises chinoises. Cela était d’autant plus important que toutes les levées de fonds antérieures se faisaient soit via le gouvernement par l’accès à des crédits internationaux couteux sur le long terme ou des financement domestiques (en monnaie locale) pas souvent disponibles et nécessitant par la suite un appel aux réserves de change pour l’acquisition à l’internationale de plus de 80% des équipements nécessaires à la construction des centrales électriques. Ce modèle de financement, inconnu jusque-là en Chine (hormis des capitalisations boursières sur la bourse de Honk Kong) fut un franc succès pour HPI qui a pu non seulement lever des fonds importants mais au delà de cela, concrétiser son plan de développement, et contribuer à la croissance chinoise par l’absorption du déficit électrique existant.

Quelles possibilités pour Sonelgaz ?

Le groupe Sonelgaz a arrêté un programme ambitieux d’ici à 2026. Le développement est un mixe d’énergie classique et d’énergies renouvelables. Ce plan de développement est, cependant, tributaire de la disponibilité des ressources financières nécessaires. Pour rappel, la Sonelgaz dispose à ce jour d’une capacité de production de 21 000 MW avec une nécessité de production supplémentaire de 2000 MW par an sur les prochaines années. L’entreprise compte à son passif des dettes financières de plus de 2400 Milliards de Da, soit l’équivalent d’un peu plus de 2 Milliards de Dollars US. L’entreprise a d’ores et déjà sécurisé un crédit de 1600 Milliards de DA, dont 1300 Milliards de DA à titre de cumul, consommés dans différentes réalisations. Le groupe a également obtenu un financement de 380 Milliards de DA pour parachever le programme à 2020, mais doit recourir à un endettement important afin de réaliser le business plan 2020-2026. Et là, se pose une série de questions cruciales :

1. Le financement local peut-il être la solution adéquate au développement de l’entreprise et à l’exécution de son business plan ? A la lumière des difficultés des banques

nationales actuellement, un endettement national n’est plus aussi aisé.

2. L’endettement extérieur peut-il être une solution ? Faut-il alors recourir à la garantie souveraine de l’Etat algérien ? Dans le cas contraire, les offres de financement seraient-elles rentables sur le moyen-long terme pour le financement du développement de l’entreprise, sachant que les prix de l’électricité et du gaz stagnent depuis quelques années ?

 Pourquoi donc nos grandes entreprises publiques en général et la Sonelgaz, en particulier, et à l’instar de groupes internationaux, tel que HPI, ne procédant pas à l’ouverture de capitaux sur les grandes places boursières internationales, garantissant par cela, un financement long terme fiable, sécurisé et financièrement peu coûteux ? Malheureusement, ce financement se heurte à plusieurs obstacles :

1. Un changement de législation doit s’opérer immédiatement, autonomisant complètement les entreprises publiques, les libérant des filets de l’administration centrale, et les autorisant à chercher et trouver leurs propres financement ou qu’ils soient, tant qu’elles resteront viables économiquement et au service du développement national.

2. Il faudrait également abandonner la chimère « souveraineté nationale » dans les cas d’ouverture du capital. Ouvrir « partiellement » le capital d’une entreprise publique ne signifie nullement l’abandon du contrôle du développement électrique et gazier sur le territoire national et encore moins l’abandon du développement national. Bien au contraire, seul la disponibilité de ressources financières permettra un véritable plan de développement qui facilitera le développement économique, et ce, à l’image de ce qu’a réussi la Chine. Nous ne pouvons être plus royalistes que le roi ; la Chine a ouvert le capital de nombres de ses entreprises publiques stratégiques tout en sachant en tirer profit pour son développement local. Un bon cahier des charges, accompagné d’une bonne stratégie de développement et de managers hautement qualifiés constitueront une recette incontestablement réussie d’une ouverture de capital au service du développement de l’entreprise et de la nation

3. L’intérêt des investisseurs n’est avéré que lorsque le business plan accompagnant la levée de fonds est ambitieux et fortement rentable. Cela passe par un prix du gaz et de l’électricité non subventionnés et donc, économiquement viable ou, dans le cas contraire, un engagement fort et formel de l’administration centrale à payer le montant de la subvention directement à la Sonelgaz afin de combler le déficit dû au manque à gagner causé par les subventions.

4. La stratégie tracée par le business plan doit être ferme et ambitieuse. Les changements de plan à la bonne guise des dirigeants ne pourront être tolérés par les représentants des investisseurs qui siégeront au conseil d’administration. Rappelons-nous toujours que les investisseurs sont présents afin de fructifier leur argent en investissant dans des entreprises à forte valeur ajoutée. Cela passe par une vision claire et une stratégie bien définie, stable et porteuse de profits sur le moyen-long terme.

A ces conditions, les entreprises publiques algériennes, telle que Sonelgaz, pourront envisager de recourir à la levée de fonds sur les places boursières internationales, sans recourir à l’endettement et en disposant de fonds leur permettant de financer l’acquisition des équipements nécessaires à leur développement sans avoir à épuiser les réserves de change nationales. Ce type de levée de fonds leur permettra également, et nous touchons ici à un point essentiel, de maintenir une gestion rigoureuse de leur entreprise, une gestion objet d’audits internationaux réguliers et un apport des meilleurs experts mondiaux que leurs investisseurs apporteront dans leurs bagages, leur permettant de développer l’entreprise également sous un angle managériale et organisationnel. A quand la première levée de fonds d’une entreprise publique algérienne ? L’avenir nous le dira assez tôt… 

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