Marchés pétroliers en berne La diplomatie énergétique en marche

  • By Super User
  • In Analyses
  • Posted 15 December 2016

En ces temps de crise affectant les marchés pétroliers, la diplomatie énergétique s’est mise en marche dans l’espoir de « ressouder » les rangs d’une Opep lézardée, et de faire, peut-être, revenir à de meilleurs sentiments des pays non-Opep exagérément individualistes. Dans le camp des non-Opep, «le chacun pour soi » fait presque figure d’évidence, l’essentiel étant de maximiser le profit, quitte à le faire au détriment des autres pays pétroliers. Cela va-t-il changer, après que les prix du pétrole eurent fortement baissé ? Il est aujourd’hui dans l’intérêt des pays producteurs, tous les pays producteurs, dont les revenus pétroliers ont considérablement chuté, de faire preuve de discernement, et d’oeuvrer pour une stabilité durable des marchés.

 L’Algérie souhaite que se dégage une convergence de vue sur une question aussi cruciale que la détérioration des cours du brut. Elle a initié une large concertation diplomatique avec un certain nombre de pays, gros et petits producteurs de pétrole. Ainsi, le pays a envoyé des émissaires au Moyen Orient, en Asie, en Amérique, et en Afrique,… essayant de convaincre l’ensemble des pays pétroliers de la nécessité de remettre de l’ordre dans les marchés, et de faire remonter les prix.

Ballet diplomatique

Le ministre de l’Energie, Monsieur Youcef Yousfi, s’est entretenu, dans ce cadre, il y a quelques semaines, à Moscou, avec son homologue russe, Alexander Novak, sur les développements du marché des hydrocarbures. Monsieur Yousfi a rencontré le ministre russe avec qui, il a évoqué l’évolution de la situation des cours du brut et l’origine des déséquilibres actuels qui les caractérisent ainsi que la nécessité de renforcer le dialogue et la concertation entre les différents acteurs du domaine. Le ministre de l’Energie, envoyé spécial du président de la République, avait également rencontré, le 19 février dernier, à Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, à qui il a remis un message du président de la République, à son homologue russe, Vladimir Poutine, relatif notamment à la situation du marché pétrolier mondial. Les entretiens entre Yousfi et Lavrov ont porté sur les déséquilibres actuels que connait le marché international du pétrole, la forte chute des prix et son impact négatif sur les revenus des pays exportateurs membres et non membres de l’Opep. Yousfi a souligné au chef de la diplomatie russe que l’initiative du président Bouteflika, basée sur le dialogue et la concertation entre tous les pays concernés, vise à trouver les voies et moyens nécessaires au rétablissement de l’équilibre du marché dans l’intérêt de toutes les parties concernées, et de dégager une vision d’avenir claire pour l’industrie pétrolière et gazière.

Toujours dans le cadre de cette démarche mise en avant par l’Algérie face à la chute drastique des cours du brut, et outre la fédération de Russie, le chef de l’Etat a dépêché plusieurs ministres portant des messages à ses homologues de pays producteurs de pétrole en vue de parvenir à un consensus sur la nécessité de rétablir l’équilibre du marché pétrolier dans l’intérêt des pays producteurs et consommateurs. Les messages du président ont été transmis à l’Arabie Saoudite, au Sultanat d’Oman, à l’Azerbaïdjan, au Kazakhstan, ainsi qu’au Mexique. Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, avait, lui aussi, remis des lettres similaires aux chefs d’Etat de pays membres de l’Association des producteurs de pétrole africains (APPA) que sont le Nigeria, le Gabon, l’Angola, le Congo et la Guinée-équatoriale. En mars dernier, le ministre de l’Energie, Monsieur Youcef Yousfi, s’est réuni à Alger, avec le ministre angolais du Pétrole, Jose Maria Botelho de Vasconcelos, et l’ambassadeur du Nigeria en Algérie, Haruna Ginsau, pour l’évaluation de la situation du marché pétrolier. De son côté, la Norvège, gros pays producteurs de pétrole (14e producteur mondial de brut et 7e exportateur mondial), présent dans le secteur pétrolier algérien, s’active également. Fin mars dernier, son ministre des Affaires étrangères, Borge Brende, a été reçu à Alger par le président de la République. Le chef de la diplomatie norvégien avait déclaré que la question de la baisse du prix du pétrole a été parmi les questions évoquées lors de l’entretien.

Face aux intérêts géostrat égiques

L’effort diplomatique est ainsi considérable. Il ne peut cependant se mesurer qu’aux résultats obtenus, au final. Le politologue, Abdelhak Mekki, estime, dans une déclaration à Oil and Gas Business, que notre diplomatie s’est tardivement réveillée, la dégringolade des prix du pétrole ayant commencé à la mi-juin 2014. Il grossit le trait sur le fait que le contexte régional et international est extrêmement complexe, avec des intérêts géostratégiques et politiques en jeu. Ces difficultés, la diplomatie énergétique ne s’en affranchira pas commodément. Ainsi, un pays comme l’Arabie saoudite veut préserver ses parts de marché et faire sortir le schiste américain des marchés. « De mon point de vue, précise-t-il, l’attitude de l’Arabie saoudite ne changera pas, a fortiori dans le contexte d’aujourd’hui, marqué par le conflit yéménite où le royaume conduit une coalition militaire pour déloger les Houtis de certaines régions stratégiques du Yémen. L’Algérie n’en fait pas partie, parce qu’elle ne peut pas engager de troupes en dehors de ses frontière, c’est un principe inaltérable de sa politique étrangère. Si on rapporte ces faits aux marchés pétroliers, cette nouvelle donne régionale ne joue pas en faveur de l’Algérie, car, ajoutet- il, les Saoudiens vont se dire que l’on ne peut pas être à l’écoute de pays pétroliers qui ne sont pas solidaires de notre action militaire au Yémen ». Pour le politologue, « le royaume a d’emblée défini sa politique. Et, il ne va pas s’en écarter, pour modifier les quotas Opep. L’Arabie saoudite a pris l’option de continuer à produire et à exporter normalement ». « A contrario, relève-t-il, il devrait y avoir un changement d’attitude dans la politique mexicaine, un pays non-Opep, relativement stable sur le plan économique, mais qui a besoin de débouchés pour son pétrole. Le marché américain, un espace commercial et naturel pour Mexico, se rétrécit aujourd’hui, les Américains ayant suffisamment de pétrole. Aussi, le Mexique qui a engagé d’énormes projets, n’a pas intérêt à ce que les cours de l’or noir se détériorent davantage », estime Abdelhak Mekki. Il serait ainsi audible et sensible aux sollicitations d’Alger. Quant à la fédération de Russie, A. Mekki souligne « qu’en principe, l’Algérie devrait avoir le soutien de Moscou. La Russie, en difficulté financière actuellement, avec le conflit ukrainien sur les bras, ne pourra pas être contre un réaménagement de l’offre pétrolière mondiale et du coup, une possible remontée des cours ». Autre pays non-Opep, la Norvège suit une politique nationale. Son attitude par rapport aux marchés dépend, selon le politologue, des besoins financiers de son économie. Le Nigeria, un pays en difficulté, en guerre larvée contre l’organisation terroriste Boko Haram, veut avoir plus de revenus pétroliers. Et à l’évidence, la physionomie actuelle des marchés ne l’arrange pas. Aussi, souhaite-t-il une reprise des cours du brut aussi vite que possible, ne pouvant être que d’accord avec la démarche d’Alger. Reste le cas de l’Angola, un petit producteur, mais qui dispose d’un gros marché, pas du tout lointain, celui de l’Afrique du Sud. « A l’évidence, comme tous les pays pétroliers habitués à vivre dans l’opulence, l’Angola souhaite que les prix augmentent pour maximiser ses profits », note Abdelhak Mekki. De manière plus globale, il estime « que la diplomatie énergétique est une bonne chose pour faire converger des points de vue, mais que seul le marché déterminerait la physionomie des cours ». Le Venezuela, un pays mono-exportateur, avait également fait un forcing diplomatique, début février dernier mais qui a tourné court. Le président vénézuélien, Nicolas Maduro Moros, s’est rendu même en Algérie où il a eu des entretiens avec le président Bouteflika et fait à l’issue cette déclaration sarcastique : « Il faut éviter d’utiliser le pétrole comme une arme économique et géopolitique pour faire fléchir les Etats », allusion faite, bien évidemment, à l’Arabie saoudite qui ne veut pas entendre parler d’une modification du plafond de production de l’Opep. Caracas marque actuellement une pause, mais le Venezuela peut toujours reprendre son bâton de pèlerin, l’obstination pourrait alors se révéler payante.

 

 
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