Production, consommation, fossile et renouvelable…: Energie enjeux géopolitiques et marchés en pleine expansion

  • By Super User
  • In Analyses
  • Posted 15 December 2016

1 mai 2015

 

La 19e édition des journées de l’énergie, une manifestation organisée, mi-avril, à Alger, par le laboratoire de « Valorisation des énergies fossiles » de l’Ecole nationale polytechnique (ENP) à Alger, un organisme que dirige Chems Eddine Chitour, un expert en énergie, a donné lieu à un débat fort intéressant sur les enjeux de l’énergie à l’échelle planétaire. Hamza Kellou et Rabia Mansour font partie du Laboratoire de « valorisation des énergies fossiles ». Ils ont brillamment présenté une communication fouillée. La sécurité énergétique est devenue un sujet à enjeux dans les relations internationales, dans un contexte où les piliers du paradigme énergétique dominant, que sont le pétrole et le gaz, sont répartis de façon très disparate sur notre planète. Paradoxalement, le gros de ces ressources se trouve dans des régions historiquement moins industrialisées. Et quid de la consommation mondiale d’énergie ? Elle augmente, d’année en année, et de façon considérable, créant des vulnérabilités et des tensions dans certaines régions du globe. Selon des statistiques établies par BP StatisticalReview, et reprises par Hamza Kellou et Rabia Mansour, la consommation mondiale d’énergie primaire a augmentée de 2,3% en 2013. La croissance a été inférieure à la moyenne dans toutes les régions, sauf en Amérique du nord.

USA : INDEPENDAN CE PROCHE

En termes chiffrés, les Etats-Unis, par exemple, consomment trois fois plus de ressources fossiles qu’il y a 60 ans. La production domestique n’a pas pu soutenir une telle augmentation et ce pays, jadis autosuffisant, doit désormais importer « plus du quart » de ses besoins énergétiques, ainsi que l’expliquent les deux communicants. Et, les chiffres concernant les Etats-Unis ne s’arrêtent pas là. Le pays possède d’importantes ressources d’énergie. Il détient 5,4 milliards de barils de réserve de pétrole, un quart (26.6%) des réserves mondiales de charbon. Il est au sixième rang mondial pour ce qui est des réserves en gaz naturel, les réserves de gaz de schiste sont estimées, elles, à 18.620 milliards de m3 (4ème mondial), selon le Département de l’énergie (DoE). Le nucléaire américain, doté de 100 réacteurs en service (avec 5 autres réacteurs en cours de construction), fournit les 8,5% d’énergie restants sous forme d’électricité. La principale source d’énergie du pays provient du pétrole (36%), suivi du gaz naturel (26%) et du charbon (20%). Les 17% restants sont fournis par les centrales nucléaires, les barrages hydroélectriques, et les énergies renouvelables diverses. Sur leur territoire, les Etats-Unis produisent près de 1 873 millions de tonnes équivalents pétrole en 2013, soit approximativement 82,7%de leurs besoins énergétiques. La production d’importantes quantités d’hydrocarbures non conventionnels, ces dernières années, tend à accroître ce pourcentage. Cette évolution devrait se poursuivre durant les prochaines décennies, selon l’Agence Internationale de l’Energie (l’AIE). En matière de production de gaz naturel (GNL), les États- Unis occupent la première place mondiale devant la Russie depuis 2009. Leur production, composée pour près de moitié de gaz dits « non conventionnels », atteint 688 milliards de m3 en 2013, soit 20,5% de la production mondiale. Dans le domaine du pétrole, les États-Unis sont le troisième producteur mondial derrière l’Arabie saoudite et la Russie, avec plus de 10 millions de barils de pétrole produits par jour en 2013. La production pétrolière américaine se développe depuis 2009 pour faire chuter le montant des importations de pétrole. Au regard du Pic de 2008, les importations de pétrole ont chuté de plus de 200 milliards de dollars à cause de l’exploitation du pétrole de schiste. Cette baisse protège le dollar, et permet d’assurer une relance de l’économie sans que la reprise de la consommation des ménages américains ne grève trop fortement les comptes extérieurs du pays. Les deux experts notent que la stratégie énergétique américaine se résume en cinq points : une « faible croissance » de la consommation énergétique du pays, avec pour objectifs de limiter la croissance des émissions de gaz carbonique et de réduire les importations énergétiques ; une « intensification » des investissements et des initiatives pour augmenter la production nationale des énergies renouvelables, des énergies fossiles et de l’énergie nucléaire (80% d’électricité renouvelable d’ici 2050) ; une réduction légère de la dépendance aux importations pétrolières, en se basant sur le pétrole de schiste; et le développement de la production nationale de gaz naturel, entraînant une réduction des importations de gaz (à seulement 6 % en 2035) ; l’essor des véhicules électriques : le pays envisage d’atteindre le million d’unités en circulation d’ici la fin 2015, en diminuant de moitié le prix des batteries et en encourageant la recherche dans ce secteur.

CHINE : PLUS DE GAZ

Et la Chine dans tout cela ? Avec 7,4% de croissance du PIB au 1er trimestre 2014, les besoins énergétiques de la Chine sont majeurs. Souvent montré du doigt pour sa politique énergétique pollueuse et énergivore, le pays tente de développer des modèles alternatifs avec un important développement des énergies renouvelables ou du gaz naturel. Cependant, en attendant la transition énergétique, le pétrole et surtout le gaz, moins polluant, sont au coeur d’enjeux régionaux et internationaux. Quelle est la situation énergétique en Chine ? Quelles sont les conséquences et les perspectives géopolitiques ?

La Chine est le 1er importateur de pétrole depuis 2013 et est un importateur majeur de gaz naturel. Le charbon est la principale source d’énergie primaire dont la Chine est de loin le premier importateur et consommateur. L’usage du charbon soulève, lui, de nombreuses questions écologiques. La Chine a rejeté près de 9621 Mt de Co2 en 2012 contre 5118 Mt pour les USA, la même année. Selon des données fournies par les deux conférenciers, d’ici 2030, la part du charbon dans le mix énergétique chinois devrait passer de « 67% à 44% ». Et, de ce fait, le pays développe des secteurs alternatifs. Après une légère interruption post-Fukushima, la Chine reprend son programme nucléaire. Elle est également impliquée dans les énergies renouvelables et en particulier dans l’hydroélectrique où elle occupe la première place mondiale, avec l’exemple bien connu du barrage des Trois Gorges. Toutefois, malgré les ambitions du XIIe plan quinquennal (2011-2015) qui met l’accent sur l’essor de moyens de transport alternatifs, des énergies renouvelables, des nouveaux matériaux, des biotechnologies et d’autres activités propices à un changement de politique énergétique, la part du thermique classique dans la consommation et la production primaire d’énergie en Chine reste de l’ordre de 80% en 2013. L’augmentation de la demande de brut a cependant légèrement baissé en Chine, de +7% en 2012 à +4% en 2013, du fait du ralentissement économique et du retard dans la construction de raffineries. Des efforts sont également à déployer dans la branche pétrolière, la dépendance face au brut étranger passerait de 54% en 2010 à 61% l’an prochain. Afin d’y faire face, la Chine veut doubler sa production d’hydrocarbures d’ici 2030. Les réserves de pétrole chinoises se montaient à 103,7 milliards de tonnes à la fin 2013, soit une hausse de 36% par rapport à 2007. Celles de gaz naturel à 62.000 milliards de mètres cubes, en hausse de +77% par rapport à la même année. La production de pétrole et de gaz en Chine augmente de 4,6% en 2013 par rapport à 2012, avec une forte progression pour le gaz naturel. La plupart des champs pétroliers étant déjà exploités (en Mongolie intérieure, dans le Xinjiang et dans la baie de Bohai), la Chine a concentré ses efforts sur l’augmentation de la production de gaz, alternative moins polluante au charbon. Combler le retard technologique reste par ailleurs un enjeu majeur pour le pays, la Chine serait le pays le plus riche au monde en gaz de schiste (31 500 milliards de m3) et le troisième pour le pétrole de schiste (32 milliards de barils).

UE : OPTION ENR

Quant à l’Union européenne (UE), elle représente le deuxième marché de l’énergie au monde. L’UE est le premier importateur mondial d’énergie, elle possède très peu de réserves fossiles. Elle importe 53 % de l’énergie qu’elle consomme. La dépendance vis-à-vis des importations d’énergie est liée au pétrole brut (près de 90 %), au gaz naturel (66 %) et, dans une moindre mesure, aux combustibles solides (42 %) et au combustible nucléaire (40 %). Les énergies renouvelables (l’énergie éolienne, solaire, hydroélectrique, marine, géothermique et issue de la biomasse, ainsi que les biocombustibles) sont des alternatives aux combustibles fossiles qui contribuent à réduire les émissions de gaz à effet de serre, en diversifiant l’approvisionnement énergétique et en réduisant la dépendance vis-à-vis des marchés des combustibles fossiles, peu fiables et volatiles (gaz et pétrole notamment). L’Union européenne occupe la position de numéro un mondial dans le domaine des technologies de production d’énergie renouvelable. Elle détient 40 % des brevets mondiaux sur les énergies renouvelables et, en 2012, près de la moitié (44 %) de la capacité mondiale de production d’électricité à partir de sources renouvelables (à l’exception de l’énergie hydroélectrique) se situait au sein de l’Union. Et, fait important dans cette physionomie de développement de l’énergie, le pétrole reste le carburant dominant dans le monde, mais, il a perdu une part du marché pendant 14 années d’affilée. Quant à la production hydroélectrique et d’autres énergies renouvelables, elles ont atteint le record de la consommation globale d’énergie primaire (6,7% et 2,2%, respectivement). A ce stade de l’évolution de l’énergie, chaque pays doit assurer son développement au plan de l’approvisionnement pour le secteur tertiaire (habitat, bâtiment), le secteur des transports et enfin pour le secteur de l’industrie et de l’agriculture (globalement 1/3 pour chacun). Et, il doit s’y prendre de la meilleure des manières, qui soient, pour réussir sa politique énergétique, mettant en avant ses atouts énergétiques (sol et soussol), mais également son développement technologique. Il établit en fait des perspectives d’approvisionnement pour au moins une génération, développant des scenarii possibles qui tiennent compte aussi de l’environnement extérieur, de la disponibilité de la ressource (lieu et potentiel), des tendances globales (changements climatiques, de la psychologie des partenaires et enfin, des géostratégies et géopolitiques de l’énergie, notamment à l’intérieur des grands ensembles auxquels il appartient (union européene, Mercosur, Alena…). Sur la base de toutes ces contraintes voire de ces atouts, les Etats mettent au point des tendances d’approvisionnement et de consommation flexibles et constamment adaptables, comme l’affirment les deux experts du Laboratoire de « valorisation des énergies fossiles » de l’Ecole nationale polytechnique.

LA FIN EN … 2115

Et les pays qui n’ont pas les moyens de leurs politiques ? Les Etats qui vivent au jour le jour n’ont aucune chance de survie dans la jungle annoncée notamment à cause des nouveaux défis auxquels ils sont confrontés, soulignent- ils. Les défis du futur seront aussi divers que complexes, dans le domaine de l’énergie. Les deux intervenants esquissent ce à quoi pourrait ressembler le panorama énergétique de demain. Ils parlent de guerre des matières premières. Et la sécurité énergétique fera parler d’elle, occupant une place capitale dans le développement humain et économique. Il n’est pas évident qu’il y ait de l’énergie pour tout le monde. Au rythme de consommation actuel, les réserves prouvées d’énergie fossile sont de 53,3 années pour le pétrole, 55,1 pour le gaz et 113 pour le charbon. Hamza Kellou et Rabia Mansour, exposent une litanie de chiffres, expliquant que : « Si, au lieu de raisonner à consommation constante (ce qui est évidemment faux), on tient compte de l’augmentation annuelle de la demande (supposée égale à 2%/an), dans 50 ans, l’ensemble des réserves prouvées sera épuisé. On découvrira bien sûr d’autres gisements (plus chers). Mais si on considère maintenant les réserves ultimes d’énergie, c’est à dire la totalité de celles que l’on pense pouvoir découvrir et extraire un jour, la croissance de la demande aura eu raison de ce gisement ultime...en 2115, soit d’ici un siècle. Il n’y aura alors plus une seule « goutte » d’énergie fossile à disposition de l’homme ». Il y a menace sur la « planète énergie » ? Pour les deux communicants, ce délai d’un siècle, même s’il peut paraître énorme à l’échelle individuelle, n’en est pas moins ridiculement court au regard des enjeux et du problème posé. Aussi, est-il impératif de changer nos systèmes de production et de consommation d’énergie pour nous adapter. A l’évidence, ces transformations seront longues. Elles vont concerner un certain nombre de secteurs : bâtiments, machines, véhicules,… Le choix des infrastructures (rail ou route par exemple) a également de l’importance dans le processus de transformation.

La 19e édition des journées de l’énergie, une manifestation organisée, mi-avril, à Alger, par le laboratoire de « Valorisation des énergies fossiles » de l’Ecole nationale polytechnique (ENP) à Alger, un organisme que dirige Chems Eddine Chitour, un expert en énergie, a donné lieu à un débat fort intéressant sur les enjeux de l’énergie à l’échelle planétaire. Hamza Kellou et Rabia Mansour font partie du Laboratoire de « valorisation des énergies fossiles ». Ils ont brillamment présenté une communication fouillée. La sécurité énergétique est devenue un sujet à enjeux dans les relations internationales, dans un contexte où les piliers du paradigme énergétique dominant, que sont le pétrole et le gaz, sont répartis de façon très disparate sur notre planète. Paradoxalement, le gros de ces ressources se trouve dans des régions historiquement moins industrialisées. Et quid de la consommation mondiale d’énergie ? Elle augmente, d’année en année, et de façon considérable, créant des vulnérabilités et des tensions dans certaines régions du globe. Selon des statistiques établies par BP StatisticalReview, et reprises par Hamza Kellou et Rabia Mansour, la consommation mondiale d’énergie primaire a augmentée de 2,3% en 2013. La croissance a été inférieure à la moyenne dans toutes les régions, sauf en Amérique du nord.

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