Secteur énergétique en Egypte Le gouvernement veut résorber la crise

  • By Super User
  • In Analyses
  • Posted 15 December 2016

Accords avec l’Algérie 750 000 m3 de GNL à livrer en 2015

Il est à rappeler que le 29 décembre 2014, l’Algérie et l’Egypte ont conclu, un accord pour la livraison de 750 000 m3 de GNL à l’Egypte répartis en six cargaisons au cours de 2015 (lire également OGB Mag numéro 1). Un accord signé par Sonatrach et l’Egyptian Gas Holding (Egas) en présence du ministre de l’Energie, Youcef Yousfi et du ministre égyptien du Pétrole et des Ressources minières, Chérif Ismaïl. Selon les explications fournies par M. Ismail dans une déclaration à la presse en marge de la cérémonie de signature, les six cargaisons de 125.000 m3 de GNL chacune sont destinées à consolider la couverture de la demande interne de l’Egypte estimée entre 45 et 50 cargaisons. Les deux parties ont convenu de renforcer en outre via d’autres accords la couverture de la demande égyptienne en gaz entre 2016 et 2020.

Le secteur des hydrocarbures, qui est considéré comme l’un des piliers de l’économie égyptienne, aux côtés du tourisme et du canal de Suez, souffre d’énormes difficultés, mais le gouvernement table sur les récentes promesses d’investissements étrangers pour en assurer la relance tout en encourageant par ailleurs le développement des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

Avant les troubles survenus dans le sillage de ce qui a été nommé « le printemps arabe », l’Egypte avait déjà perdu au fil des ans son statut de pays exportateur de pétrole et de gaz, pour devenir de plus en plus dépendant des importations, en raison notamment de la hausse structurelle de la consommation interne et de la chute des investissements dans le secteur. Depuis 2011, la situation s’est aggravée et l’Egypte a dû lancer un appel pressant à l’aide étrangère, lors d’un sommet économique organisé du 13 au 15 mars 2015, sous la houlette du président Abdel Fattah al-Sissi. Une initiative qui a permis au gouvernement égyptien d’obtenir des promesses d’investissements de 60 milliards de dollars, dont 18 milliards pour l’Oil and gas, et 40 milliards de dollars pour la génération d’énergie, et ce en vue de résorber le déficit énergétique énorme du pays. Dans ce cadre, le géant pétrolier britannique BP a annoncé par exemple un investissement de 12 milliards de dollars dans un champ gazier de l’ouest du Delta du Nil, devant assurer une production équivalente au quart de la production actuelle du pays. Le groupe, qui détient 65% du projet en question, a expliqué dans un communiqué que la production sur le site pourrait débuter en 2017. « L’ensemble du gaz produit alimentera le réseau gazier du pays, ce qui aidera à suivre la croissance attendue de la demande locale en énergie », a précisé BP.

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DECLIN

Le déclin des capacités énergétiques de l’Egypte, malgré le potentiel énorme existant, a fait l’objet de plusieurs études internationales publiées notamment par le portail économique de la banque PNB Paribas, et la Banque africaine de développement(BAD). Il en ressort que la consommation intérieure égyptienne a englouti progressivement les capacités de production du pays, pris ainsi en étau entre la hausse structurelle de la demande interne et la raréfaction des investissements dans le secteur. Selon un document publié par la direction des études économiques de la banque PNB Paribas « les conséquences économiques négatives sont importantes ». Il s’agit notamment de « la dégradation du solde commercial, de la hausse du déficit budgétaire et de la perturbation de l’activité économique. Le soutien récent de pays riches en hydrocarbures permet de limiter les tensions à court terme. Au-delà, des réformes sont nécessaires pour rendre attractifs les investissements dans le secteur énergétique égyptien », estiment encore les rédacteurs de l’étude.

Malgré ces difficultés, le gouvernement égyptien compte sur les récents investissements promis pour devenir vers 2020, un pays exportateur de gaz. « C’est la conviction exprimée par le Premier ministre Ibrahim Mahlab, cité le 6 avril 2015 par le site du gouvernement égyptien, repris par l’agence d’information économique Ecofin. Ainsi M. Mahlab fonde son espoir sur « quelque 50 accords d’exploration énergétique signés par le ministre égyptien des Hydrocarbures pour des investissements estimés à 12,1 milliards de dollars et les découvertes pétro-gazières. »

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PRIVATISATIONS

Par ailleurs, le gouvernement égyptien a repris récemment un programme de privatisation, suspendu en 2009, en lançant, selon l’hebdomadaire égyptien El Ahram quatre Offres publiques initiales (OPI) pour des entreprises du secteur pétrolier. « Le ministre du Pétrole, Chérif Ismaïl, a ainsi révélé que Midor, un des fleurons du secteur, sera la première à être introduite en Bourse. » Midor est la plus grande des quatre entreprises avec un capital de 1,1 milliard de dollars. Ce lancement sera le premier en son genre pour une société publique depuis 2005, année qui avait connu le lancement d’OPI pour trois entreprises publiques, dont deux du secteur du pétrole : Amoc et Sidi Krir. La société Midor a été crée en 1994, alors que Mopco, GasCool et Nil Oil, les trois autres sociétés qui seront prochainement introduites en Bourse, ont été créées en 1998, 2004 et 2005, respectivement. Les quatre entreprises ont été choisies parmi les 57 entreprises du secteur du gaz et du pétrole opérant sous l’égide du ministère du Pétrole. Ce dernier souligne dans son communiqué, selon El Ahram, que le lancement des entreprises en Bourse a pour objectif de fournir le financement nécessaire aux futures expansions des entreprises. Midor est une entreprise de raffinage du pétrole brut et de traitement des produits pétroliers de haute qualité. Elle exporte ses produits vers plusieurs pays comme le Liban, l’Italie, la Tunisie, l’Espagne et la France. Midor a annoncé un plan pour augmenter sa capacité de raffinage de 60 %, soit 160 000 barils/ jour. La capacité actuelle de la raffinerie est de 5 millions de tonnes par an, soit l’équivalent de 100 000 barils/jour. Les investissements nécessaires pour réaliser ces expansions devraient atteindre 1,3 milliard de dollars, selon El Ahram et permettre d’accroitre les revenus de l’entreprise de 18 %, transformant Midor en une raffinerie de quatrième génération.

20 % d’ENR

L’actuelle stratégie énergétique de l’Égypte vise à porter selon une étude de la Banque africaine de développement (BAD) la part des énergies renouvelables à 20 % du volume total des énergies d’ici à 2020. L’on s’attend à ce que cet objectif soit atteint essentiellement grâce à la promotion de l’utilisation de l’énergie éolienne, car l’énergie solaire est encore très coûteuse et le potentiel, hydrologique est largement entamé. La part de l’énergie éolienne dans la production totale d’électricité devrait atteindre 12 %, tandis que les 8 % restants proviendraient de l’énergie hydroélectrique et solaire. Ceci se traduirait par une capacité de production d’énergie éolienne d’environ 7 200 MW d’ici à 2020. La composante solaire est limitée à 100 MW d’énergie solaire (ESC) et à 1 MW d’énergie photovoltaïque (EPV). La mise en valeur des ressources en énergie renouvelable en Égypte est en bonne voie, mais mérite d’être renforcée considérablement dans plusieurs domaines estime la BAD. Le programme de mise en valeur de l’énergie éolienne comporte les éléments nécessaires, notamment une vision, un objectif, un organisme spécialisé expérimenté et un système d’incitation raisonnable ; mais la plupart de ces composantes, ne sont pas prévues dans le programme de mise en valeur de l’énergie solaire constate la BAD. De même, la mise en valeur de l’énergie éolienne et solaire souffre de l’absence d’un organisme de décision de haut niveau et d’un mécanisme de financement clair. Afin de pallier les insuffisances actuelles liées au programme de mise en valeur des énergies renouvelables, la Bad préconise que le gouvernement égyptien prenne les mesures en vue de renforcer notamment le mécanisme institutionnel actuel, des capacités techniques, ainsi que la préparation et la mise en oeuvre des projets.

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