Les stocks empêchent encore la reprise des prix

  • By Super User
  • In Analyses
  • Posted 15 December 2016

Depuis le début du mois de juin, les prix du pétrole semblent avoir trouvé un équilibre dans la fourchette 44-51 dollars le baril. Après la chute des prix du début de l’année avec un plus bas à 27,10 dollars le baril, on peut dire que les acteurs de l’industrie pétrolière retrouvent le sourire. Surtout que les perspectives pour la fin de l’année 2016 et pour l’année 2017 semblent prometteuses avec un niveau de prix qui pourrait permettre d’effacer les déficits et relancer les investissements.

 Le maintien des prix depuis plus d’un mois au dessus de la barre des 44 dollars est un bon signe pour le deuxième semestre de l’année 2016. Les réactions des responsables de l’Arabie Saoudite qui sont très suivies par le marché vont dans ce sens. Le nouveau ministre saoudien de l’énergie Khalid Al Falih a déclaré au début du mois de juillet que le marché était de plus en plus en équilibre et que les prix se stabilisaient. Cette déclaration semble illustrer en quelque sorte l’armistice décidé dans la rivalité Arabie Saoudite-Iran, une rivalité qui a couté très cher aux pays producteurs de pétrole depuis le mois de novembre 2014. Selon les statistiques de l’OPEP, le pétrole brut de qualité Brent a fait en moyenne 39,89 dollars le baril durant le premier semestre de l’année 2016.L’augmentation constatée ces derniers mois a permis de remonter la pente par rapport au prix affiché de 27 dollars le baril au début de l’année. Autre fait positif pour le marché est la déclaration du ministre saoudien du pétrole qui s’est prononcé sur les prix à la mi juillet dans un entretien à un journal allemand. Selon Khalid Al Falih l’industrie pétrolière a besoin d’un prix de plus de 50 dollars par baril pour soutenir les investissements. Il a par ailleurs estimé que la pression à la baisse sur les prix allait encore prévaloir en raison des stocks importants.

« Nous avons besoin d’un prix supérieur à 50 dollars pour atteindre un équilibre sur les marchés du pétrole à long terme», a t il estimé en ajoutant : « Et tout comme 50 dollars est trop faible pour soutenir l’investissement, les prix de plus de 100 dollars sont élevés. L’optimum se situe quelque part entre les deux. »

A propos du marché, le ministre saoudien a indiqué que les marchés pétroliers sont en train d’être rééquilibrés mais cela prendrait beaucoup de temps avant que l’équilibre ne soit atteint.

« Nous avons constaté une diminution de l’offre par environ un million de barils de pétrole brut par jour », a t-il indiqué, en parlant de la production aux États-Unis et au Canada. « Dans le même temps, la demande a récupéré, ce qui signifie que l’offre et la demande sont maintenant plus équilibrée à nouveau, mais il y a encore des stocks excédentaires sur le marché, des centaines de millions de barils de pétrole excédentaire. Il faudra beaucoup de temps pour réduire ces stocks. »

Le Brexit a impacté ces derniers temps les prix du pétrole surtout en raison des risques que fait peser la sortie du Royaume Uni de l’Union Européenne et des conséquences que cela pourrait avoir sur la demande en pétrole. Toutefois plusieurs observateurs ont estimé que les effets sur la demande en pétrole ne toucheront pas toute l’Europe, mais plutôt le Royaume Uni. Ce qui minimise en quelque sorte les risques entrevus auparavant et qui ont développé des attitudes alarmistes pour le secteur du pétrole après le vote britannique qui a entériné la sortie du Royaume Uni de l’Union Européenne.

L’OPEP augmente sa production

Mais le facteur le plus important qui empêche actuellement les prix d’aller vers les 60 dollars le baril est sans conteste l’augmentation de la production de plusieurs pays membres de l’OPEP. Les estimations fournies à la fin du mois de juin dernier par l’agence Reuters et l’agence Bloomberg indiquent des augmentations substantielles.

Ainsi selon Reuters, l’OPEP aurait produit au mois de juin dernier environ 32,82 millions de barils par jour, soit une augmentation de 250 000 barils par jour par rapport à sa production du mois de mai dernier qui était de 32,57 millions de barils par jour. La plus forte augmentation est venue du Nigeria avec 150 000 barils par jour. L’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis ont augmenté aussi leur production avec une part de 50 000 barils par jour pour chacun d’entre eux. Ces estimations sont établies à partir d’un sondage qui regroupe des informations recueillies sur la base de données d’expéditions du marché et de données communiquées par des acteurs du marché. Elles se rapprochent beaucoup de la réalité.

De son côté, l’agence Bloomberg fait à peu près le même constat et les estimations fournies par cette agence indiquent une augmentation substan tielle de la production au mois de juin dernier. Ainsi et selon Bloomberg, l’OPEP aurait produit 32,88 millions de barils par jour au mois de juin, soit une augmentation de 240 000 barils par jour par rapport à la production du mois de mai dernier. Le Nigeria aurait augmenté sa production de 90 000 barils par jour après avoir réparé des canalisations qui avaient été sabotées. L’Arabie Saoudite aurait elle aussi augmenté sa production de 70 000 barils par jour. La situation actuelle fait poser beaucoup de questions sur l’évolution des cours du pétrole et leur volatilité, bien qu’ils demeurent quand même dans une fourchette large de 5 dollars entre 46 et 51 dollars le baril.

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L’équilibre du marché est pour 2017

Si l’on se base sur les prévisions de l’Agence Internationale de l’Energie rendues publiques dans son rapport du mois de juin, la situation actuelle s’explique par le fait que l’excédent sur le marché va se résorber à la fin de l’année 2016 et il commencera à retrouver un équilibre porté par une demande qui va atteindre 1,3 million de barils par jour en 2016 contre 1,2 million de barils par jour prévus précédemment. Selon l’AIE, l’excédent qui était de 1,5 million de barils par jour durant le premier semestre a reculé à 800 000 barils par jour. Un recul qui a un effet direct sur les prix vers la hausse. Cet équilibre sera aussi conforté par une baisse plus importante que prévue de la production de pétrole des pays producteurs de pétrole non membres de l’OPEP. Leur production devrait baisser de 900 000 barils par jour en 2016 contre une estimation de baisse de 800 000 barils par jour faite précédemment. Toutefois le marché ne trouvera un équilibre durable que durant l’année 2017 qui verra une croissance de la demande de pétrole du même niveau que celle de l’année 2016, soit 1,3 million de barils par jour.

Le danger du sousinvestissement

L’autre grand facteur qui devrait faire porter les prix à la hausse et qui a bloqué l’industrie pétrolière dont le développement est vital pour répondre à la demande future en pétrole est sans conteste le sous investissement constaté depuis la chute des prix du pétrole à partir du second semestre de l’année 2014.

Le recul des investissements, de l’avis de tout le monde, prépare la rareté du produit à moyen terme et un prix plus élevé du pétrole qui pourrait gêner les économies.

Le débat mené au mois de février passé lors de la semaine du pétrole à Londres est toujours d’actualité. L’annulation de plusieurs projets et la réduction des investissements depuis le début de la chute des prix du pétrole durant le deuxième semestre de l’année 2014 va donner lieu à une offre déficitaire dans quelques années. Ce qui entrainera une réaction du marché avec forcément une hausse des prix.

Cet aspect va être aussi renforcé par le déclin naturel de la production dans les anciens gisements de pétrole. Selon des calculs, le recul des investissements a été de 20 % durant l’année 2015 avec l’annulation ou le report de 400 milliards de dollars de projets dans le secteur de l’énergie et ce recul serait de 50 % en 2016.

Ces données ont fait dire à plusieurs dirigeants de l’industrie du pétrole mais aussi à l’OPEP qu’un déficit de pétrole pourrait intervenir durant l’année 2017.

Il est vrai que l’augmentation en quelques années de la production de pétrole aux Etats Unis grâce au pétrole de schiste a permis de répondre à la demande mondiale. Ce sont en effet plus de 4 millions de barils par jour de pétrole de schiste qui sont venus en renfort de l’offre mondiale et qui ont occasionné aussi près de 2 millions de barils par jour d’excedent.Un déficit de l’offre mondiale dans quelques années risque de donner lieu à un nouveau choc pétrolier avec des prix élevés.

Cette situation pourra être évitée si les investissements reprennent rapidement pour pouvoir mettre sur le marché de nouveaux volumes au moment voulu et éviter un choc qui sera préjudiciable pour tout le monde, producteurs et consommateurs.

Les mises en garde de l’AIE

C’est peut être pour cela que le Directeur de l’Agence Internationale de l’Energie, Fathi Birol, a tiré une sonnette d’alarme sur la dépendance des pays membres de l’OCDE vis à vis du pétrole du Moyen Orient à l’avenir. Dans des déclarations reprises par le Financial Time au début du mois de juillet, le Directeur de l’agence soutient que la baisse des prix constatée depuis l’année 2014 a augmenté la demande et la part des pays du Moyen Orient comme l’Arabie Saoudite et l’Irak dans la production mondiale de pétrole s’est trouvé renforcée. Ce qui accentue la dépendance au pétrole du Moyen Orient des pays membres de l’AIE.

La baisse des prix du pétrole et l’augmentation de la consommation de pétrole a contrecarré les efforts pour améliorer l’efficacité énergétique et réduire les émissions selon Fathi Birol. De plus les automobilistes ont repris l’habitude d’acheter des véhicules gourmands en carburant notamment aux Etats Unis et en Chine ou le modèle de consommation américain est en train de se développer en matière de véhicules. Le Directeur de l’AIE a rappelé l’importance de la région du Moyen Orient pour les grands pays consommateurs de pétrole en soutenant que même si les Etats Unis augmenteront leur production de pétrole, ils restent encore des importateurs de pétrole.

L’avenir du marché pétrolier à moyen terme risque de mettre au devant de l’actualité l’OPEP, une organisation que beaucoup avaient enterré prématurément.

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