La Libye entre son sort, son essor et la couleur noire de son or

  • By Super User
  • In Analyses
  • Posted 15 December 2016

Nietzsche disait au sujet des compétiteurs pour le pouvoir à peu près cela : « Ils veulent le pouvoir, tous rêvent d’approcher le trône, c’est leur folie; comme si le bonheur était sur le trône. Souvent la vase est sur le trône et souvent le trône est dans la vase», ce propos nous replace pleinement dans l’actualité tragique qui frappe aujourd’hui la Libye, et l’installe dans une situation tout aussi proche de la partition qu’elle l’éloigne de son union.

Le pétrole apparait pour une énième fois, comme le déclic de cette menace installée, mais cachée celle du souhait de la partition, tandis que les regards et les intérêts se détournent du malheur qui s’incruste de jour en jour dans ce pays, pour laisser place à une course sans cesse à l’accaparement des richesses pétrolières et des infrastructures qui lui sont liées dans la partie Est de la Libye.
Le croissant pétrolier objet d’une conquête de la part de la partie que dirige le généralissime «HAFTAR», est tombé entre ses mains en quelque jours, et la réaction violente «soutenue» par la communauté internationale du gouvernement officiel de recouvrir advienne que pourra les installations conquises, ne sera pas sans risques directs sur les installations elles-mêmes, les généraux de Tobrouk et les «ultras» de Tripoli se comportant comme s’ils procédaient à une nouvelle guerre de conquête «coloniale».
Comme au temps des janissaires turques, l’Odjak de Tripoli et de Tobrouk se disputent la conquête du pétrole, La Libye avec deux capitales ne pouvait s’attendre à autre chose pour sa destinée que le chaos dans lequel elle se trouve.

A ce stade du pourrissement de la situation dans ses territoires, il devient légitime de se poser la question de savoir si dans ce pays existe encore un ciment social et un dénominateur commun, qui puisse à l’avenir effacer le tribalisme «particularisme » propre à ce pays, où même l’Islam religion de ce peuple malgré sa dimension culturelle, ne semble pas être en mesure de servir d’anneau fusionnel entre les deux parties.
Or, pour durer, un ordre social doit nécessairement reposer sur le consensus populaire, mais lorsque ce consensus n’existe pas et quand de surcroît il se trouve aggravé par le fossé d’un tribalisme têtu, faudra-t-il continuer à porter des oeillères, en se contentant de laisser le malheur faire son lit de sang et de larmes, pour se rendre enfin compte que l’unité de la Nation Libyenne ne tient qu’à un fil ténu.

Napoléon 1er avait eu ce mot si fort en son temps sur l’aventure et le chaos qui en résultent de laisser l’épée parler à la place de la sagesse, en disant à peu près ceci : « On peut tout faire avec les baïonnettes sauf s’assoir dessus».
En recourant pour les deux parties au langage des armes, elles accélèrent ce que le temps a tenté vainement de freiner, la désagrégation de l’ordre social.
En s’appropriant le droit de vouloir s’accaparer par la force des terminaux pétroliers par la partie «Tobrouk», et la riposte déclarée de la partie «Triploli» de se réapproprier par la violence ce fameux croissant, les deux parties commettent le crime de brûler de leurs propres mains, ce qui donnait un sens à leur vie ; la richesse que dieu a offert à ce pays et à tous ses enfants.

A vouloir piétiner facilement ce qui fut grand, les frères libyens se condamnent à finir sans grandeur, mais surtout sans honneur, et tant que ce pays continuera de faire cohabiter sur son sol un pouvoir bicéphale, il passera du chaos et ses malheurs, à l’inévitable montée en puissance des partisans de la partition, tellement plus rien ne semble unir les deux régions de ce pays.
Et c’est à ce niveau que le véritable débat se doit dès maintenant de se situer et de se projeter, que les réalités fassent place aux dogmatismes et aux faux-fuyants, et que les pays frontaliers et limitrophes en premier lieu, et les pays à l’origine de cette désagrégation de la Libye post-Kaddhafi, acceptent de voir qu’aujourd’hui de ciment social, les tribus de ce pays n’en ont cure, et, que des « révolutionnaires » d’hier, ne subsistent et ne prédominent que des criminels avides des biens et des richesses dont regorgeaient et regorge encore ce pays.
La Libye entre un mauvais sort, la recherche de son essor et la malédiction de son or, ne peut plus prétendre trouver le salut dans son désordre actuel, uniquement par ses propres ressorts.

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