Il n’y a plus de passerelles entre l’université et les entreprises du secteur Chômage et malaise chez les diplômés du domaine de l’énergie

  • By Super User
  • In Analyses
  • Posted 15 December 2016

En dépit du budget de fonctionnement de l’Etat consenti en matière d’infrastructures, d’équipements et d’œuvres sociales universitaires, répartis à travers le territoire national ; malgré aussi la diversité des spécialités et des programmes pédagogiques dispensés par ces institutions de l’enseignement supérieur, il n’en demeure pas moins que l’Université algérienne peine à élaborer une politique exhaustive susceptible de contribuer efficacement au développement de l’économie nationale et à la structuration de la société. C’est aujourd’hui un constat communément admis, tant par les pouvoirs publics que par les responsables à la tête de ce secteur hautement sensible.

L’université, qui regroupe dans le présent thème les facultés, les instituts supérieurs ainsi que les grandes écoles spécialisées, est, par excellence, un haut lieu académique réservé à prodiguer un large savoir omniscient dans les domaines scientifique et technique bien déterminés, à conférer un acquis expérimental et pratique de qualité, à acquérir un esprit d’analyse, de synthèse et de critique et, surtout, à préparer une insertion qualitative des étudiants dans le monde professionnel.

D’ailleurs, afin d’illustrer ce postulat de base, le Président Abdelaziz Bouteflika a défini clairement, lors de sa visite à l’université de Batna, les missions imparties à l’université algérienne en précisant que « L’université, de par sa mission première de formation, de recherche et de propagation de savoir, de son éclairement intellectuel et son rayonnement culturel, ne saurait assumer pleinement son rôle, sans être entièrement intégrée dans la société, largement ouverte sur les mutations survenues dans le monde et bien préparée à la concurrence scientifique ». « Les écoles, les universités, les centres et laboratoires de recherche en Algérie, sont, plus que jamais, appelés à s’engager dans cette bataille pour relever les défis et gagner l’enjeu de la qualité, et ce en dotant la jeunesse d’outils pédagogiques, de concepts scientifiques et d’approches judicieuses leur permettant de se frayer, à pas fermes, un chemin vers l’avenir. »

Une université sclérosée

De nos jours, force est de constater que cette université est sclérosée. En plus de l’incohérence et des disparités observées dans l’application des stratégies d’orientations inadaptées aux réalités socioéconomiques qui recommandent parfois d’opter pour des cursus à la carte ou par alternance, ou encore ceux sanctionnés par des diplômes professionnels ; de l’absence de partenariat d’échange et de synergie avec les principaux opérateurs économiques destinés à la conforter dans son statut d’agent au service du développement local et national à même d’établir des équilibres entre l’offre et la demande dans le monde de l’emploi ; d’une détresse vécue régulièrement dans l’enceinte du campus par les étudiants, et, enfin, du niveau général d’instruction qui tend à se dégrader par rapport aux générations précédentes, déclin causé par la décadence du système éducatif en général ; ces pôle du savoir, il est temps de le reconnaitre, forment des diplômés, toutes spécialités confondues, qui, s’ils ne sont pas sous-utilisés ou expatriés dans des conditions déplorables, sont destinés directement au chômage tant il est vrai qu’aucune prévision de leur recrutement pour emploi n’est envisagée, ni à court, moyen ou long terme, une situation qui impose aux gouvernants, le recours urgent à des politiques de plus en plus élaborées et parfois à des manœuvres subtiles et complexes, comme le partage du temps de travail, le recours à la retraite anticipée, les alternances au poste, pour en atténuer un tant soit peu les effets et les conséquences.

D’ailleurs, les récentes statistiques éditées par l’ONS montrent clairement que le taux de chômage chez les jeunes ayant un diplôme universitaire en Algérie, demeure très élevé. Il touche entre 20 à 25 % des diplômés dont 11.1% chez les hommes et 33.6% chez les femmes, chiffres alarmants qui renseignent sur la gravité de ce fléau. La tendance est certes à la baisse, mais le taux reste relativement important et ce, en dépit de timides dispositions prises par les pouvoirs publics dans le cadre d’un plan de recrutement des jeunes diplômés de l'université.

Un chômage important

Cette amère réalité touche également tous les diplômés issus des instituts supérieurs de formations dans le domaine de l'énergie, notamment les diplômés en hydrocarbures qui demeurent jusque-là le principal sujet de notre réflexion.

Les instituts de formations spécialisées en énergie :

  • Institut Algérien du Pétrole (IAP-CU)
  • Ecole de Boumerdès
  • Ecole d’Oran (EOR)
  • Ecole de Skikda
  • Ecole de Hassi Messaoud
  • Institut de Formation en Electricité et Gaz (IFEG) (Sonelgaz)
  • Centre de formation de Ben Aknoun (Sonelgaz)
  • Centre de Ain M’lila (Sonelgaz)
  • Ecole Technique de Blida (Sonelgaz)
  • L’Institut algérien de formation en génie nucléaire, par abréviation « IAGN ».

Les Centres de Perfectionnement

  • CPE Sonatrach
  • Naftogaz
  • Ecole des Mines El-Abed (EMEA)

Ces instituts ont pour objet la prise en charge des besoins du secteur de l'énergie et des mines, en matière de formation de spécialisation, de perfectionnement, de recyclage et de recherche appliquée, toutes disciplines confondues.

Même si les statistiques inhérentes à ce domaine demeurent frappées du sceau de la confidentialité pour des raisons encore imprécises, chaque année, après de longs et pénibles sacrifices, des centaines d’étudiants décrochent leurs diplômes mais, à leur grand dame, ils n’arrivent guère à décrocher un travail décent conforme à leurs études. Ils se retrouvent donc inéluctablement égarés dans la nature, confrontés à des contraintes drastiques qui transforment leur quotidien en un calvaire interminable.

Après un véritable parcours du combattant accompli entre la prospection des marchés du travail où les CV sont déposés auprès des sociétés sous tutelle du ministère de l’énergie et autres sociétés privées versées dans les activités des hydrocarbures, les enregistrements aux niveaux des bureaux des agences pour l’emploi (ANEM) souvent infructueux, ainsi que les tentatives d’inscription aux caisses d’allocations chômage, ces nouveaux diplômés du secteur de l’énergie ont alors le choix entre l’acceptation d’une fonction mal rémunérée, d’un poste sous-payé ou, avec un peu de chance, d’un hypothétique contrat à durée déterminé (CDD) qui reste une alternative assimilée à une issue salvatrice.

Les témoignages de ces « victimes », à la fois émouvants et accablants, démontrent sans équivoque les maux dans lesquels ils baignent : a l'instar de tous les nouveaux diplômés, Mourad, 28 ans, s'est lancé dans son périple à la recherche d'un emploi. Il raconte : « Lorsque j'ai terminé mes études, il y a trois ans, à l’Institut algérien du pétrole (IAP), je suis allé à la recherche d'un travail dans les sociétés publiques et autres sociétés d’hydrocarbures relevant du secteur privé et, croyez moi, j'étais énormément surpris du salaire qu'on me proposait… c'était juste minable ! ». Et de poursuivre : « Rien ne peut te motiver si tu n'as pas une bonne rémunération. C'est-à-dire un bon salaire qui te permettra d'être à l'aise au quotidien, te déplacer, te nourrir, payer les factures. A mon avis c'est le côté le plus important dans un contrat. Je ne veux pas dire par là que le salaire doit toucher un plafond, mais qu'il soit juste et adapté aux qualités du candidat. On ne peut pas demander à un ingénieur de ‘’bosser’’ pour 15 000 ou 20 000 DA, c'est ignoble et personnellement, je ne peux pas accepter ça. »

Cette situation, comme il fallait s’y attendre, a bien évidemment créé un profond malaise, un désarroi et un ras-le-bol chez cette corporation de cadres d’exécution voués à un échec prémédité au début de leur vie sociale, ce qui a donné lieu à des revendications et des grèves, somme toutes, légitimes.

D’ailleurs comment peut-il en être autrement, du moment que toutes les promesses faites par les différents ministres qui se sont succédés à la tête de ce département sont restées vaines et sans suite. Serait-ce du mépris, de la désinvolture ou simplement du laxisme ?

Pas de gel des recrutements, selon le ministre

A titre d’exemple, le ministre de l’Energie a pourtant rassuré, en janvier 2015, que la Compagnie nationale des hydrocarbures (Sonatrach) n'est pas concernée par l'instruction du Premier ministre qui stipule le gel des recrutements. Il rassurait également que cette société projetait de recruter, à partir de 2015 et par voie de concours national, 5 000 ingénieurs et 3 000 techniciens supérieurs qui devront suivre auparavant une formation à l'Institut algérien supérieur du pétrole (IAP) dans différentes spécialités du secteur. Cette démarche du secteur, précisait-il, vise à doubler la production des hydrocarbures, à travers le développement des gisements existants et l'intensification des opérations de recherche et de prospection de nouveaux sites.

Cette déclaration sera en son temps d'un grand soulagement pour les milliers de nouveaux diplômés qui sont en quête de postes d'emploi. Cependant, devant les promesses souvent insatisfaites, une seule et unique solution reste envisageable pour ces diplômés en quête d’un statut professionnel, celle des mouvements de protestation et de grève comme ceux qui ont eu lieu ces derniers temps.

Le 16 novembre dernier, en effet, des centaines d'étudiants de la Faculté des hydrocarbures et de la chimie (ex-INH) de l'université M'hamed Bougara de Boumerdès (UMBB) ont manifesté devant le siège de l'IAP (Institut algérien de pétrole), une filiale de la Sonatrach. Les étudiants ont décidé de maintenir le sit-in si leurs revendications ne sont pas prises en charge et attendaient l’arrivée d'autres ingénieurs chômeurs diplômés de leur Faculté pour renforcer leur mouvement, pendant qu’une autre partie des manifestants projetait d’observer une grève de la faim à partir du lendemain. Ces étudiants déplorent principalement l’abrogation des conventions passées entre les entreprises du secteur énergétique, nationales ou privées, et l'ex-INH concernant le recrutement des diplômés de cet institut. Pis encore, les recrutements au niveau des entreprises au sud du pays sont devenus discriminatoires puisque la primauté est donnée aux habitants de ces régions, ceux qui sont en possession d’une résidence à Ouargla, ce qui a encouragé certains malfaiteurs à proposer des fausses vraies résidences au prix fort de 700 000 DA. Ces étudiants continuent à revendiquer une rencontre avec le ministre de l’Enseignement supérieur, la réactivation de la convention entre l’université et les compagnies pétrolières pour toutes les spécialités de l’institut, ainsi que l’accès direct à l’Institut algérien du pétrole.

Le Premier ministre sensibilisé

Une réunion a eu lieu mardi 22 novembre entre les représentants des étudiants de la Faculté des hydrocarbures de Boumerdès et le ministre de tutelle. Au terme de cette rencontre, il a été déploré par les étudiants qu’aucune décision concrète n’a été prise par le ministre pour garantir un emploi à l’avenir, aux futurs diplômés. Mais qu’il a toutefois promis de sensibiliser le Premier ministre et les ministères de l’Energie, de l’Intérieur et des Collectivités locales ainsi que celui de l’Emploi et de la Sécurité sociale pour établir des conventions de travail avec les Sociétés pétrolières. Les étudiants se disent conscients que ces promesses vont demeurer, avec le temps, lettres mortes, et que si le ministre ne leur donne pas une réponse écrite à leurs doléances, ils durciront le mouvement de grève, gèleront les cours et passeront probablement à une grève de faim.

Enfin, ce malaise quasi existentiel, qui n’est malheureusement pas confiné uniquement aux diplômés du secteur de l’énergie mais plutôt à toutes les spécialités universitaires, n’est pas en soi une fatalité. Il n’est certainement pas non plus une conséquence immuable. Il est le résultat d’un manque de vision, de projection, d'aptitudes, de volontés et de savoir-faire. Il reflète aussi, d’une part, l’inadéquation entre l’université et les besoins de l’économie nationale, ainsi qu’une maladresse d’un système usé et mal orienté vers le monde du travail, d’autre part.

Au final, il faut reconnaitre aussi que le problème ne réside pas seulement - sans le scotomiser pour autant- dans l’économie algérienne qui n’a pas su optimiser les capacités et les compétences de ses jeunes. Mais il est urgent aussi de revoir et de redéfinir, en collaboration avec les organismes compétents, les spécialistes et les experts, la politique de l’enseignement supérieur, et à fortiori, celle de l’éducation nationale. Il faut penser à améliorer l’intégration des jeunes diplômés dans leurs métiers respectifs avant l’obtention de leurs diplômes, et cela peut se faire avec des stages de longue durée ou même avec l’intégration de l’entreprise au sein de l’université : inviter des professionnels à participer à la formation des jeunes, une symbiose qui offrira des résultats probants et encourageants pour les mutations socioéconomiques et culturelles de l’Algérie.

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