L’écosophie ou la littérature environnementale

  • By Super User
  • In Chronique
  • Posted 27 August 2019

Il eut, à travers l’Histoire, comme on le sait, la route de la soie, du sel, de l’encens, du café, de la guerre, de la paix, de la technologie, et bien d’autres routes, comme celles qui menaient toutes à Rome ou à la Mecque, et même à un certain temps à Alger. Et comme les temps et les moeurs changent avec les intérêts et les humeurs des hommes, les chemins qui mènent à ces intérêts changent aussi. Et en ce début du 21e siècle, où le monde connait un déséquilibre sans précédent dans son système écologique, une nouvelle route est en train de voir le jour, elle en a même parcouru un bon bout de chemin, qui peut devenir dans quelques temps, comme le préconise l’écrivain Mohamed Magani, la mère de toutes les routes. Il s’agit de « l’écosophie » ou la « littérature environnementale ».

«La route de la littérature sera la mère de toutes les routes, une longue caravane des temps modernes ouverte aux peuples et cultures du monde, dont les maîtres-mots sont créativité littéraire et défense de l’environnement », augure Mohamed Magani. L’écosophie (qui veut intégralement dire : le milieu naturel et la sagesse, ou comment concevoir la nature avec sagesse) est un nouveau concept intellectuel, voir philosophique et littéraire, qui a vu le jour en 1960 à Oslo en Norvège, pensé par le philosophe Arne Næss et qui consiste à ce que l’homme doit donner plus d’intérêt à l’environnement en général et aux autres espèces vivantes – autre que l’homme – car elles sont aussi importantes, peut-être même plus que l’homme, pour la propagation de la vie sur terre. Pour Arne Næss, «L’homme ne se situe pas au sommet de la hiérarchie du vivant, mais s’inscrit au contraire dans l’écosphère comme une partie qui s’insère dans le tout.» Et en ce sens, l’écosophie, appelée aussi l’écologie profonde, se caractérise par son appel à défendre la valeur intrinsèque de chaque être vivant. C’est-à-dire que ces êtres vivants doivent être considérés indépendamment de leur utilité pour les êtres humains.

Car l’ancienne idée, de l’homme étant la mesure de tout, ne peut que nuire à l’homme par la marchandisation, à l’échelle industrielle, des ressources faunistiques et floristiques de la terre. Heureusement, pour la terre et son environnement, que des hommes de lettres et des écrivains, qui ont été, comme on le sait, toujours des précurseurs d’idées au service de l’humanité, se mettent à lancer des signaux de détresse quant à ce qui arrive à l’environnement. La Corée du Sud, avec quelques pays asiatiques, oeuvre inlassablement, depuis quelque temps, pour, en premier, attirer l’attention des élites sur le danger de la destruction de la nature, et en second, essayer d’apporter des solutions. Revenant de Séoul où se déroula un colloque sur la littérature et l’environnement, qui avait réuni plus de trois cents participants, l’écrivain Mohamed Magani, écrit : «L e visiteur qui débarque à Séoul s’attend à voir les manifestations de «tigritude» d’un pays du Sud-Est asiatique, en l’occurrence la Corée du Sud, où que le regard se porte. L’aéroport Incheon est certes classé numéro un mondial sur le plan des services et des prouesses architecturales, y règne cependant une animation sans précipitation ni tohu-bohu. La route se fraye une voie autoroutière bordée de luxuriance verte. Le tissu végétal enveloppe tout ce que les hommes ont bâti. A Séoul, ville de plus de onze millions d’habitants, avec ses gratte-ciels, tours et immeubles aux façades de verre, d’acier et de marbre léchés, la population semble occupée ailleurs que dans les rues. Quand celles-ci s’animent, l’impression d’aisance et de confort social saisit le visiteur. Les gens ne se marchent pas sur les pieds et chacun, forme suprême de civisme, respecte l’espace vital de l’autre. » C’est vrai, que serait l’homme sans la nature ? Du béton compressé sans goût ni attirance.

Que serait l’homme sans les autres espèces vivantes ? Un nombriliste tournant sur lui même sans conscience ni avenir. Et si la Corée du Sud a pu réaliser cette harmonie entre la nature et le développement industrielle c’est parce qu’elle s’est investie dans les ressources humaines et à su impliquer ses hommes de lettres et ses écrivains. Personnellement, et comme le préconise l’écrivain Mohamed Magani, je crois que la littérature, avec son influence thématique (en prose et poésie) peut devenir le catalyseur de la nouvelle idée en marche. Que l’Algérie fasse confiance à ces écrivains – souvent malmenés pour un moins que rien – et leur permette d’exprimer leurs idées en toute liberté cela ne pourra qu’apporter des valeurs ajoutées à son émancipation parmi les nations du monde. L’oued El-Harrach peut-il devenir le «Chang Kei Chun» d’Alger la blanche, avec ses 18 kilomètres de berges vertes ? Mais pour réaliser ce rêve (car pour le moment et malgré les quelques réalisations faites dans le domaine de l’environnement, le projet reste toujours dans le domaine du rêve), l’Algérie, comme la Corée du sud, doit impliquer son élite ; faire en sorte que les écrivains Algériens deviennent partie prenante de ce juste combat, car c’est dans la littérature, et par la littérature, que peut se gagner le pari du futur…

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