Que peut-on espérer de la réunion de Doha ?

Aujourd’hui, tout le monde attend la prochaine réunion de Doha prévue le 17 avril courant. Or, à quelques jours de cette rencontre, subsistent encore de nombreux points de contradictions.

Si d’un coté, environ deux mois après la première réunion de Doha qui regroupait, Russie, Venezuela, Arabie saoudite, et Qatar, un grand nombre de membres de l’OPEC et plusieurs producteurs non OPEC, se sont prononcés pour un gel de la production à son niveau de février 2016, afin de limiter l’offre sur le marché et de permettre ainsi une remontée des prix (l’Arabie Saoudite conditionnant son accord à une adhésion de tous les participants), d’un autre coté, l’Iran membre important de l’OPEC, déclare qu’elle n’acceptera un tel accord que lorsque sa production passera de son niveau actuel de 3,1 millions de barils par jour à 4 millions (augmentant ainsi son exportation à 2 millions de barils par jour).

 

Remontons aux origines de cette crise, qui a débuté en juin 2014, avec d’abord une lente érosion des prix qui s’est accéléré par la suite pour atteindre un seuil critique de 27 $ le baril en janvier 2016 (rappelons qu’en juin 2014 le prix du baril se situait à environ 100 $). La raison principale évoquée par la plupart des analystes est le déséquilibre des fondamentaux c’est-à-dire une offre supérieure à une demande minée par une économie mondiale très fragile.

De gros producteurs comme l’Arabie Saoudite, ont préféré défendre leur part de marché au détriment d’un prix de vente de plus en plus faible. Le prétexte, le plus souvent cité, est l’arrivée sur le marché de quantités de pétrole de schistes de plus en plus importantes en provenance des USA.

Au delà de raisons purement économiques, comme le déséquilibre des fondamentaux, d’autres motifs plus en amont ont pu déclencher cette situation ayant abouti à une chute aussi rapide des prix du pétrole.

DESEQUILIBRES

Plusieurs pays producteurs, dont les économies basées essentiellement sur les recettes issues de la vente en l’état de leurs hydrocarbures, souffrent de la situation ainsi créée, les poussant à prendre des mesures draconiennes d’économie pour sauvegarder leurs équilibres ; c’est le cas des pays comme l’Algérie, le Nigéria ou le Venezuela pour ne citer que ceux-là. La Russie premier producteur mondial et première réserve de gaz du monde, a subi une crise sans précédent entrainant le cours du rouble à un niveau des plus bas jamais enregistré.

Un autre pays ayant souffert de la situation, l’Iran tout juste libéré de dix ans de sanctions économiques après l’accord sur son programme nucléaire ; ce pays peine à retrouver des recettes lui permettant d’améliorer son économie.

Aussi doit-on nous interroger sur toutes les raisons ayant mené à cette chute des prix ?

Bien sur une offre supérieure à la demande a certainement contribué à créer cette situation ; mais n’y a-t-il pas d’autres motivations plus géostratégiques ? Est-ce une réponse à la crise ukrainienne qui a suivi le référendum réussi du rattachement de la Crimée à la Russie ?

Est-ce une réponse à des tentatives de détrôner le dollar US comme moyen unique de transaction des hydrocarbures ?

Est-ce une conséquence des antagonismes Arabie Saoudite-Iran, sur fond d’affrontement sunnite, chiite (conflit en Syrie, conflit au Yémen, situation du Bahreïn) ?

Revenons à la réunion du 17 avril prochain, qui semble en première analyse courir à un échec à cause des points de contradictions qui subsistent. Cependant : La chute drastique des prix du pétrole a provoqué une réduction très prononcée des investissements dans l’industrie des hydrocarbures, ce qui risque de laisser la place dans deux ou trois ans, à un contre choc, encore plus dévastateur.

Après la réunion à Doha de février 2016, de nombreuses réserves et conditions -notamment celle de l’adhésion de tous les pays producteurs à l’accord- avait relégué le texte au niveau d’une formalité ; malgré cela, les investisseurs , inquiets de la dégringolade des prix depuis 2014 , craignant à juste titre le retour du spectre de la déflation et des taux négatifs, se sont contentés de l’annonce et le « marché » a repris des couleurs pour se stabiliser autour de 40 US$ le baril.

UN COURS MOYEN A 50 $

Rappelons, qu’il y a quelques jours le Koweït n’écartait pas la possibilité d’un accord à Doha en avril même sans l’adhésion de l’Iran. Par ailleurs le cessez le feu en Syrie, suite à un accord russo-américain, perdure depuis maintenant un mois et demi et on se rapproche de négociations en direct entre les tenants du régime et ceux de l’opposition. De même que les offensives contre l’EI se sont de plus en plus accentuées aussi bien en Syrie qu’en Irak. Plus au Sud, un accord de cessez le feu vient d’être conclu au Yémen, et ce cessez le feu semble se maintenir à tel point que l’on prévoit des négociations entre les belligérants ces prochains jours au Koweït.

En Europe, on assiste depuis quelques temps à une augmentation notable des importations américaines de pétrole russe et la crise ukrainienne ne fait plus la une de la presse au point de dire que l’on semble s’orienter vers une sorte de statu-quo acceptable. En juxtaposant toutes ces données, on peut s’attendre à une conférence de Doha du mois d’avril, aboutissant à un accord de principe pour au moins une stabilisation de la production au niveau de février 2016, en attendant une éventuelle décision de diminution de la production dans un futur pas trop éloigné. On peut, sans être exagérément optimiste, espérer une stabilisation des prix autour de 50 US$ le baril voire 60 (si on l’est un peu plus) à fin 2016 ou au début 2017, après une diminution des stocks qui sont aujourd’hui très élevés.

Avant de terminer, nous devons nous poser la question concernant le marché du gaz, qui a vu ses prix diminuer de la même façon puisque liés à ceux du pétrole. Ceci pourrait amener les grands acteurs du gaz à rechercher une autre définition des prix pour une énergie (qui est aussi matière première) qui reste la plus recherchée parmi les énergies carbonées.

 

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