Petite histoire de l’investissement en Algérie (I)

Les cinquante années qui se sont écoulées ont vu naître et disparaître de nombreux codes d’investissement qui ont fini discrédités pour diverses raisons. De l’époque du socialisme à l’ouverture du marché, la pensée économique semble avoir du mal à s’imposer et imposer une démarche fiable. A li D aiboun S aleh, ancien haut fonctionnaire et expert, connaît bien ces questions. I l prépare un ouvrage de référence sur l’histoire des code d’investissements de 1962 à nos jours. N ous avons choisi d’en publier, à partir de ce numéro 13, de larges extraits.

 

La politique algérienne de l’investissement se confond avec l’histoire de sa politique économique. Elle a évolué en deux grandes phases correspondant, pour la première, à la mise en place d’une économie planifiée inscrite dans un projet d’édification d’un système socialiste et, pour la seconde, en un passage à une économie fonctionnant selon les mécanismes du marché où l’initiative privée prendrait une plus grande part dans le développement économique. On passe alors de l’Etatisation de l’économie avec mise sous contrôle de l’investissement privé, à la transition vers l’économie de marché, avec libéralisation progressive de l’investissement privé. 

 Qu’il s’agisse d’un contexte ou de l’autre, tous les codes qui se sont succédé ont adopté, en direction du capital privé admissible, une démarche consistant à l’inciter, à travers des dispositions comportant des avantages fiscaux, financiers, des facilités et autres protections et garanties dans les domaines qui lui étaient ouverts, à épouser les objectifs de l’Etat. De 1963 à 2006 huit dispositifs, dont certains amendés, ont été mis en place. Tous ont été déclarés insatisfaisants au motif qu’ils n’auraient pas produit les effets escomptés en termes de volume d’investissements, de nombre de projets, de transfert de technologies, d’emploi ou de croissance. Ils ont, alors, à chaque fois, été abrogés et remplacés par un nouveau dispositif censé être plus efficient et répondant de manière beaucoup plus adéquate aux préoccupations de l’heure. Pourtant, à leur examen, ce sont les mêmes démarches qui semblent avoir été adoptées. Incitations fiscales et financières, facilités, protections, garanties mises en oeuvre par des organes créés pour en assurer la gestion et jouant, selon le cas, un rôle de contrôle et de vérification ou d’assistance et d’accompagnement, constituent l’essentiel de leur teneur. Ces multiples changements opérés sans bilan ni évaluation précise n’ont fait que reproduire si ce n’est l’échec, du moins l’inefficience, tant il est vrai qu’il ne suffit pas de mettre en place un code, des incitations et une ouverture plus ou moins large de l’investissement pour prétendre développer ce dernier ou attirer les flux de capitaux.

L’ouverture et les incitations ne sont pas et ne seront, sans doute, jamais les déterminants exclusifs de l’investissement. Elles sont, certes, nécessaires, mais loin d’être suffisantes pour influer sur le choix de localisation des projets. D’autres facteurs de localisation, de loin beaucoup plus importants, recueillent l’attention des investisseurs. Ils vont au-delà des incitations. Ils dépassent même les avantages comparatifs susceptibles d’être réunis par le pays. Ils vont au-delà du prix de l’énergie, des mille deux cent kilomètres de côtes, du soleil et du sable du désert, du coût de la main d’oeuvre locale, de la taille du marché et autres arguments qui ont meublé et qui continuent de le faire, les discours des sporadiques campagnes algériennes de promotion de l’investissement. En effet, quelle importance revêt la taille du marché lorsque les stratégies des multinationales reposent sur la segmentation de la production internationale et les économies d’échelle ? Quel est l’intérêt de la modestie du coût de la main d’oeuvre lorsque la qualité de la production dépend de la formation et de l’aptitude à exécuter de la meilleure manière possible des tâches confiées aux employés ? Jusqu’à quel niveau le coût de l’énergie compensera-t-il celui des transactions lorsque les pratiques de l’appareil administratif le portent à des niveaux non maîtrisables ? Que vaut le potentiel touristique brut lorsque l’environnement dans lequel il s’insère en rend l’exploitation fort aléatoire ? Dans quelle mesure l’instabilité du paysage législatif et réglementaire peut-elle être gérée ? Comment faire face à l’application rétroactive des lois ou aux retards mis dans leur mise en oeuvre faute de textes d’application ? Quels recours face aux divergences ou aux mauvaises interprétations ? Jusqu’à quel niveau est-il possible de supporter les coûts des lenteurs et de la complexité des procédures judiciaires ou de l’exécution des contrats ?

C’est en ces termes, et bien d’autres, que le problème se pose dans une multitude de domaines et qui se traduisent en sérieuses préoccupations dont la prise en charge reste timide voire inexistante. Dans de telles situations, les codes et les incitations restent ce qu’il y a de plus facile à mettre en place. Leur efficience est plus difficile à réaliser, car elle n’est pas automatique. Elle dépend d’un environnement d’ensemble qui n’a jusqu’à présent pas reçu toute l’attention qui doit lui être apportée. Pourtant l’histoire continue à se répéter et un code en chasse l’autre, pour que le même constat se répète avant qu’une commission ou qu’un groupe de travail ne soit, de nouveau, mis en place, pour concocter un code de « dernière génération », porté aux nues à sa promulgation, avant qu’il ne soit voué à la même fin que ceux qui l’ont précédé. C’est de ce cycle qui combine facilité et amnésie, que l’Algérie n’arrive pas à sortir. Tel un métronome, la démarche continue à se reproduire et à battre la mesure. Bien plus elle s’accompagne, désormais, d’un durcissement des conditions d’investissement, de restrictions et de préalables divers, à l’image de ce qui a été décidé à l’occasion de la loi de finances complémentaire pour 2009. Tout se passe comme si les investissements qui nous boudaient nous menaçaient soudain d’envahissement et qu’il nous fallait mettre des barrières pour nous protéger de la convoitise qui les anime face à un programme de deux cent quatre-vingt milliards de dollars destinés à la réalisation du plan 2010/2014. Mais en utilisant cet argument, voire même en subordonnant l’accès à ce pactole, à une obligation d’investissement ne sommes-nous pas en train d’opter pour les investissements les moins viables et les moins durables ? Un bilan devra nécessairement être fait sur cette politique atypique d’investissement contraint, qui donne des signes d’essoufflement avant qu’elle ne soit réellement mise en oeuvre.

 

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