Enjeux et challenges pour Sonatrach

Dans un contexte de transition énergétique menée plus ou moins activement par les pays de l’OCDE, et avec même des reculs (retour du charbon en Europe dans la génération électrique au détriment du gaz), la scène énergétique mondiale subit des évolutions contrastées avec quatre tendances lourdes : (I) les hydrocarbures non conventionnels assureront sur le long terme pour plus de 60% l’incrément d’offre nécessaire pour satisfaire l’accroissement de la demande, (II) les pays émergents tendent à devenir le centre de gravité de la demande énergétique dont les énergies fossiles constituent plus de 80%. (III) l’industrie gazière connait de plus en plus une tendance à l’éloignement entre zones de production et marchés et une géopolitique tendant au modèle pétrolier, (IV) enfin tendent à émerger de nouveaux modèles de production et de consommation où les marchés, de plus en plus concurrentiels, avec de nouveaux entrants et de nouvelles règles, deviennent des systèmes énergétiques fortement interconnectés. Le gaz naturel sera, les prochaines décennies, la source d’énergie à la plus forte croissance. D’ici 2040, selon l’AIE, la demande énergétique mondiale sera divisée en quatre quarts entre pétrole, gaz, charbon et sources bas-carbone.

L’industrie gazière mondiale

L’industrie gazière mondiale, au même titre d’ailleurs que l’industrie pétrolière, vit dans l’euphorie de l’abondance portée par la révolution des hydrocarbures non conventionnels. La scène gazière connait une triple rupture du cloisonnement (I) entre marchés (européen, américain, asiatique), le bassin atlantique devenant zone d’arbitrage, (II) entre énergies, (III) et entre segments de la chaîne gazière. La restructuration de la scène gazière internationale conduira à une forme de marché global, beaucoup moins fluide que le marché pétrolier néanmoins, mais qui tranche complètement avec les logiques antérieures où prédomine le long terme, le rôle directeur des prix pétroliers. Le marché très structuré en 2000, avec 12 pays producteurs et 11 importateurs, est aujourd’hui totalement ouvert avec multiplication des flux et un nombre croissant de pays importateurs et exportateurs : 18 pays producteurs et 23 importateurs. Le GNL décloisonne et fluidifie le marché dont il représente 30%, augmentant deux fois plus vite (4.5%) que la production. L’augmentation de la taille des méthaniers (261 000 m3) et l’allongement de leurs routes modifient les règles du jeu. De nouvelles zones d’exportation apparaissent : Tanzanie, Mozambique, Cameroun, mais aussi… USA. Les réserves gazières sont de 185.7 Tcm. Trois pays, figurant dans des régions à la géopolitique incertaine en détiennent plus de la moitié, la Russie (24%), l’Iran (17%), le Qatar (13%). L’OPEP en détient 48%.

La crise économique a fortement impacté la demande gazière et a arrêté une croissance forte de la demande qui a duré trois décennies. L’Asie-Océanie est le marché le plus dynamique avec près de la moitié de la croissance de la demande les cinq dernières années. Les Etats-Unis connaissent un changement de paradigme gazier et passent d’une perspective de dépendance au statut d’exportateur potentiel.  

Gaz, la plus forte croissance

Le gaz naturel est de toutes les ressources fossiles celle dont la demande sera la plus dynamique. Trois moteurs de la croissance de l’industrie gazière : (I) la demande gazière devrait s’élever au rythme de 2.5% l’an, tirée pour 80 % par les pays émergents et le secteur électrique (41% de la demande gazière mondiale), (II) disponibilité des ressources gazières, (III) le gaz est l’énergie fossile la moins polluante, au moment où la préoccupation environnementale est importante. L’Europe, première zone d’échange dans le monde, absorbant 45% des flux d’importation mondiaux, connait une baisse de sa consommation gazière entrainant un fort recul des importations. La position des fournisseurs a sensiblement évolué. La Russie, atteignant 25%, et la Norvège 23%, ont renforcé leur position, l’Algérie a maintenu la sienne avec 8% (elle était de 10% la décennie écoulée), le Qatar voit sa part baisser à 4%. Les Etats-Unis se préparent à être un acteur gazier majeur sur ce marché. Mais l’Europe, dont les réserves déclinent, accroit sa dépendance gazière qui atteindrait 80% en 2030. Sur le marché européen, le processus de libéralisation engagé en 1995 a conduit à l’émergence d’un marché spot qui coexiste avec les contrats de long terme, les mettant ainsi en péril. Cela risquerait de décourager le producteur d’investir pour mettre sur le marché les volumes nécessaires pour répondre à la demande future et conduire à un choc gazier en Europe.

Quelles ambitions pour Sonatrach ?

Compagnie pétrolière nationale, Sonatrach a une mission duale : une mission nationale d’abord. Assurer la satisfaction des besoins énergétiques nationaux dans le long terme et dans le même temps permettre, par les ressources d’hydrocarbures, le financement de l’économie nationale. Sonatrach doit aussi être une locomotive, un pôle d’entrainement pour l’industrie et la recherche tout en contribuant à la création d’emploi et au développement des régions où sont implantées ses activités. Sonatrach est aussi et surtout une compagnie pétrolière évoluant dans un environnement concurrentiel international hautement compétitif qui lui impose ses règles. Elle doit se placer dans les standards d’excellence technologique et managériaux du métier d’abord. Elle doit ensuite veiller à renforcer sa position concurrentielle : (I) en protégeant ses débouchés gaziers européens menacés par de nouveaux entrants, au premier rang desquels le Qatar. Sonatrach doit s’intégrer vers l’aval européen et la génération électrique, accéder au client final. Ce faisant, fournisseur historique de l’Europe, elle se met en position offensive par rapport aux nouveaux entrants qui apparaitront alors comme des opportunités, non plus comme des menaces. Cette dynamique prendrait la forme d’une intégration croisée où des gaziers européens accèdent à l’amont algérien, investissent et prennent une part du risque amont en même temps que Sonatrach accède au marché aval européen et aux marges aval qui sont les plus rémunératrices et maitrise ainsi le risque prix.

(II) En renforçant et augmentant sa base de réserves dans le pays mais aussi à l’international. Elle doit viser à devenir un grand découvreur d’hydrocarbures. Sonatrach doit relancer vigoureusement le développement de l’amont algérien et rattraper le retard accumulé une décennie durant, elle doit aussi faire des acquisitions de réserves à l’étranger, prendre le contrôle de compagnies pétrolières et de service en difficulté, en profitant des bas prix du pétrole. A un prix divisé par deux, nous avons « deux pour le prix d’un ». Il faut saisir absolument cette opportunité unique. Aucune compagnie significative n’est limitée à son marché domestique, toutes sont déployées à l’international. Sonatrach doit s’articuler à l’université et à un tissu de PME, sociétés d’ingénierie et de services pétroliers qu’elle entrainerait dans son sillage et qui feraient sa puissance face à ses concurrents.

La place du schiste

Les non conventionnels sont une industrie émergente qui n’a pas encore atteint sa maturité, sa configuration définitive, autant sur le plan technologique que pour ce qui est de son modèle économique. L’exemple américain est le seul que nous avons aujourd’hui. Par les volumes en jeu, il s’impose en effet dans les grands équilibres mondiaux et perturbe les jeux d’acteurs. Nous avons des ressources incontestablement, il faut s’en réjouir. Mais comme toute industrie émergente, l’évolution est darwinienne, beaucoup de compagnies qui s’y sont engagées meurent et sont rachetées avec tout le potentiel technologique qu’elles comportent, les autres veillent à partager le risque et sont disponibles pour des alliances stratégiques. Il faut donc entrer dans les non conventionnels, mais aussi dans les renouvelables, par nos acteurs, par Sonatrach dont il ne serait pas sérieux qu’elle reste absente de la dynamique en cours autour des hydrocarbures non conventionnels. Identifier le potentiel national est indispensable, et il faut le faire. Il faut aussi se placer en position de veille technologique active, investir dans la technologie, prendre le contrôle de sociétés détenant un savoir faire, nouer des relations avec les laboratoires et sociétés d’ingénierie travaillant sur le sujet, engager nos universités et notre recherche, impliquer les entreprises privées en leur donnant les facilités juridiques et financières pour qu’elles s’engagent dans la bataille, y compris en faisant elles-mêmes des acquisitions d’actifs de haute technologie dans le domaine. Il ne faut pas rater le train car les enjeux sont tels que la technologie va évoluer et l’on connaitra des ruptures, des bonds qualitatifs. Une nouvelle géographie de ces réserves se met en place qui bouleversera la géopolitique des hydrocarbures, et les non conventionnels en sont une pièce maitresse.

Dans un contexte de transition énergétique menée plus ou moins activement par les pays de l’OCDE, et avec même des reculs (retour du charbon en Europe dans la génération électrique au détriment du gaz), la scène énergétique mondiale subit des évolutions contrastées avec quatre tendances lourdes : (I) les hydrocarbures non conventionnels assureront sur le long terme pour plus de 60% l’incrément d’offre nécessaire pour satisfaire l’accroissement de la demande, (II) les pays émergents tendent à devenir le centre de gravité de la demande énergétique dont les énergies fossiles constituent plus de 80%. (III) l’industrie gazière connait de plus en plus une tendance à l’éloignement entre zones de production et marchés et une géopolitique tendant au modèle pétrolier, (IV) enfin tendent à émerger de nouveaux modèles de production et de consommation où les marchés, de plus en plus concurrentiels, avec de nouveaux entrants et de nouvelles règles, deviennent des systèmes énergétiques fortement interconnectés. Le gaz naturel sera, les prochaines décennies, la source d’énergie à la plus forte croissance. D’ici 2040, selon l’AIE, la demande énergétique mondiale sera divisée en quatre quarts entre pétrole, gaz, charbon et sources bas-carbone.

L’industrie gazière mondiale

L’industrie gazière mondiale, au même titre d’ailleurs que l’industrie pétrolière, vit dans l’euphorie de l’abondance portée par la révolution des hydrocarbures non conventionnels. La scène gazière connait une triple rupture du cloisonnement (I) entre marchés (européen, américain, asiatique), le bassin atlantique devenant zone d’arbitrage, (II) entre énergies, (III) et entre segments de la chaîne gazière. La restructuration de la scène gazière internationale conduira à une forme de marché global, beaucoup moins fluide que le marché pétrolier néanmoins, mais qui tranche complètement avec les logiques antérieures où prédomine le long terme, le rôle directeur des prix pétroliers. Le marché très structuré en 2000, avec 12 pays producteurs et 11 importateurs, est aujourd’hui totalement ouvert avec multiplication des flux et un nombre croissant de pays importateurs et exportateurs : 18 pays producteurs et 23 importateurs. Le GNL décloisonne et fluidifie le marché dont il représente 30%, augmentant deux fois plus vite (4.5%) que la production. L’augmentation de la taille des méthaniers (261 000 m3) et l’allongement de leurs routes modifient les règles du jeu. De nouvelles zones d’exportation apparaissent : Tanzanie, Mozambique, Cameroun, mais aussi… USA. Les réserves gazières sont de 185.7 Tcm. Trois pays, figurant dans des régions à la géopolitique incertaine en détiennent plus de la moitié, la Russie (24%), l’Iran (17%), le Qatar (13%). L’OPEP en détient 48%.

La crise économique a fortement impacté la demande gazière et a arrêté une croissance forte de la demande qui a duré trois décennies. L’Asie-Océanie est le marché le plus dynamique avec près de la moitié de la croissance de la demande les cinq dernières années. Les Etats-Unis connaissent un changement de paradigme gazier et passent d’une perspective de dépendance au statut d’exportateur potentiel.  

Gaz, la plus forte croissance

Le gaz naturel est de toutes les ressources fossiles celle dont la demande sera la plus dynamique. Trois moteurs de la croissance de l’industrie gazière : (I) la demande gazière devrait s’élever au rythme de 2.5% l’an, tirée pour 80 % par les pays émergents et le secteur électrique (41% de la demande gazière mondiale), (II) disponibilité des ressources gazières, (III) le gaz est l’énergie fossile la moins polluante, au moment où la préoccupation environnementale est importante. L’Europe, première zone d’échange dans le monde, absorbant 45% des flux d’importation mondiaux, connait une baisse de sa consommation gazière entrainant un fort recul des importations. La position des fournisseurs a sensiblement évolué. La Russie, atteignant 25%, et la Norvège 23%, ont renforcé leur position, l’Algérie a maintenu la sienne avec 8% (elle était de 10% la décennie écoulée), le Qatar voit sa part baisser à 4%. Les Etats-Unis se préparent à être un acteur gazier majeur sur ce marché. Mais l’Europe, dont les réserves déclinent, accroit sa dépendance gazière qui atteindrait 80% en 2030. Sur le marché européen, le processus de libéralisation engagé en 1995 a conduit à l’émergence d’un marché spot qui coexiste avec les contrats de long terme, les mettant ainsi en péril. Cela risquerait de décourager le producteur d’investir pour mettre sur le marché les volumes nécessaires pour répondre à la demande future et conduire à un choc gazier en Europe.

Quelles ambitions pour Sonatrach ?

Compagnie pétrolière nationale, Sonatrach a une mission duale : une mission nationale d’abord. Assurer la satisfaction des besoins énergétiques nationaux dans le long terme et dans le même temps permettre, par les ressources d’hydrocarbures, le financement de l’économie nationale. Sonatrach doit aussi être une locomotive, un pôle d’entrainement pour l’industrie et la recherche tout en contribuant à la création d’emploi et au développement des régions où sont implantées ses activités. Sonatrach est aussi et surtout une compagnie pétrolière évoluant dans un environnement concurrentiel international hautement compétitif qui lui impose ses règles. Elle doit se placer dans les standards d’excellence technologique et managériaux du métier d’abord. Elle doit ensuite veiller à renforcer sa position concurrentielle : (I) en protégeant ses débouchés gaziers européens menacés par de nouveaux entrants, au premier rang desquels le Qatar. Sonatrach doit s’intégrer vers l’aval européen et la génération électrique, accéder au client final. Ce faisant, fournisseur historique de l’Europe, elle se met en position offensive par rapport aux nouveaux entrants qui apparaitront alors comme des opportunités, non plus comme des menaces. Cette dynamique prendrait la forme d’une intégration croisée où des gaziers européens accèdent à l’amont algérien, investissent et prennent une part du risque amont en même temps que Sonatrach accède au marché aval européen et aux marges aval qui sont les plus rémunératrices et maitrise ainsi le risque prix.

(II) En renforçant et augmentant sa base de réserves dans le pays mais aussi à l’international. Elle doit viser à devenir un grand découvreur d’hydrocarbures. Sonatrach doit relancer vigoureusement le développement de l’amont algérien et rattraper le retard accumulé une décennie durant, elle doit aussi faire des acquisitions de réserves à l’étranger, prendre le contrôle de compagnies pétrolières et de service en difficulté, en profitant des bas prix du pétrole. A un prix divisé par deux, nous avons « deux pour le prix d’un ». Il faut saisir absolument cette opportunité unique. Aucune compagnie significative n’est limitée à son marché domestique, toutes sont déployées à l’international. Sonatrach doit s’articuler à l’université et à un tissu de PME, sociétés d’ingénierie et de services pétroliers qu’elle entrainerait dans son sillage et qui feraient sa puissance face à ses concurrents.

La place du schiste

Les non conventionnels sont une industrie émergente qui n’a pas encore atteint sa maturité, sa configuration définitive, autant sur le plan technologique que pour ce qui est de son modèle économique. L’exemple américain est le seul que nous avons aujourd’hui. Par les volumes en jeu, il s’impose en effet dans les grands équilibres mondiaux et perturbe les jeux d’acteurs. Nous avons des ressources incontestablement, il faut s’en réjouir. Mais comme toute industrie émergente, l’évolution est darwinienne, beaucoup de compagnies qui s’y sont engagées meurent et sont rachetées avec tout le potentiel technologique qu’elles comportent, les autres veillent à partager le risque et sont disponibles pour des alliances stratégiques. Il faut donc entrer dans les non conventionnels, mais aussi dans les renouvelables, par nos acteurs, par Sonatrach dont il ne serait pas sérieux qu’elle reste absente de la dynamique en cours autour des hydrocarbures non conventionnels. Identifier le potentiel national est indispensable, et il faut le faire. Il faut aussi se placer en position de veille technologique active, investir dans la technologie, prendre le contrôle de sociétés détenant un savoir faire, nouer des relations avec les laboratoires et sociétés d’ingénierie travaillant sur le sujet, engager nos universités et notre recherche, impliquer les entreprises privées en leur donnant les facilités juridiques et financières pour qu’elles s’engagent dans la bataille, y compris en faisant elles-mêmes des acquisitions d’actifs de haute technologie dans le domaine. Il ne faut pas rater le train car les enjeux sont tels que la technologie va évoluer et l’on connaitra des ruptures, des bonds qualitatifs. Une nouvelle géographie de ces réserves se met en place qui bouleversera la géopolitique des hydrocarbures, et les non conventionnels en sont une pièce maitresse.

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