La rente, la transition et la 3e révolution industrielle

Tout le monde s’accorde à dire que le monde vit une phase de transition multidimensionnelle. La cause se confirme et c’est la rareté des ressources. Les signes sont évidents, les ressources de la planète sont consommées pour l’année à partir du mois d’août. Nous vivons à crédit pour le reste de l’année, au détriment des générations futures.

 

Le monde, c’est aujourd’hui plus de 6 milliards d’habitants ; en 2050, ils seront environ 9 milliards. Les ressources alimentaires, en prenant l’exemple des céréales, vont s’avérer insuffisantes. La sécurité alimentaire est la priorité des priorités. Ainsi, la production mondiale qui est actuellement de 700 millions de tonnes par an, ne dispose d’excédents à l’export qu’à hauteur de 100 millions de tonnes. Il est évident que le passage à 9 milliards d’habitants verra cet excédent se tarir.

CONTEXTE ET DEFIS

Notre premier défi sera d’assurer notre indépendance alimentaire pour les céréales, ceci dans les trente années à venir. L’agriculture devrait même devenir notre premier secteur à l’export.

Au plan énergétique, nous avons démontré qu’avec notre potentiel de solaire thermique, nous avons aussi une opportunité d’exportation de plus de 40 milliards de dollars pour une capacité électrique solaire-gaz de 47 GW. Néanmoins, nous devons nous rendre compte que la meilleure façon d’assurer notre croissance économique serait de réduire notre gaspillage. Les subventions ont atteint un niveau insupportable de prés de 60 milliards de dollars soit 30% du PIB. En matière de subventions budgétisées, l’alimentation représente 3 milliards de dollars par an. Les subventions non budgétisées, le cas de l’énergie entre autre, sont de l’ordre de 15 milliards de dollars par an. Elles ont entrainé un gaspillage insupportable en consommation d’électricité, et par conséquent en gaz nécessaire à sa production. Si nous ne développons pas les énergies renouvelables pour atteindre les 40% des besoins de consommation estimés à 250 TWH (scénario laissez-faire) en 2030, la consommation de gaz atteindrait 83 milliards de m3/an.

Le modèle de consommation énergétique idéal devrait remettre en cause ce scenario de laissez-faire. En effet, au vu du déclin de la production et de l’augmentation de la consommation, les limites d’exportation de gaz seraient atteintes vers 2020-2025. Il nous faut un modèle de consommation énergétique qui arrêtera les normes de consommation et du mix énergétique durable pour satisfaire les besoins des générations futures, sécurisés pour le pays, respectueux de l’environnement et avant tout économiquement acceptable.

Le scénario dédiant la totalité de la production électrique aux hybrides ‘’solaire-gaz torché’’ est réaliste à moyen terme. Il peut aussi satisfaire à l’exportation les besoins de financement du pays pour 40 milliards de dollars soit l’équivalent de prés de 90 milliards de m3/an de gaz. C’est ainsi que le scénario à horizon 2030, prévoit que 40% de la production électrique soit assurée par les ENR. Le programme, ‘’laissez faire’’, prévoit lui 250 TWH/an à cette échéance. Cela nécessiterait 14 000 MW en éolien et photovoltaïque. La consommation resterait à 50 milliards de m3/an ; ce serait toujours insupportable. Cependant, en réduisant le gaspillage et en rationalisant la consommation comme la production d’électricité, nous pourrons revenir à un niveau de consommation de 143 TWh/an au lieu des 250 TWh prévus. La consommation de gaz pour la production électrique reviendrait à 35 milliards m3/an. Globalement, nous aboutirons à une réduction de la consommation qui passera de 83 milliards m3/an à 35 milliards m3/an, soit 48 milliards m3/an de gaz préservé. C’est plus de deux fois les capacités attendues du gaz de schiste. Nous aurons ainsi décalé l’exploitation de ces gaz et nous pourrons ainsi avoir le temps pour maitriser avec un coût raisonnable, tout le savoir lié à la fracturation, nécessaire à l’extraction de cette ressource. Le programme de gaz de schiste nécessite 1000 forages par an pour produire les 20 milliards m3/an de gaz. Le montant de cette opération, en considérant juste 10 millions de dollars par forage, représente prés de 10 milliards de Dollars/an. Cette somme financerait tout le programme des énergies renouvelables, à elle seule. Le gaz préservé devrait alimenter tout le programme de développement pétrochimique. Il faudrait cependant prélever d’abord l’hélium, pour cela nous avons aussi notre idée.

LA RENTE

Notre système reste basé sur l’exploitation de la rente pétrolière. Ce n’est en fait qu’une illusion, car la plus grande partie de la rente est récupérée par les pays consommateurs. Dans le baril de pétrole vendu, le prix du brut ne représente que 30% du prix de cession des carburants. Il a du revenir à 15% après la chute du prix du brut de 50% .Les taxes sur les carburants étaient, au début des années 80, de l’ordre des 80% pour se réduire ces dernières années à prés de 50%. Elles devraient revenir à 60% après le dernier réajustement du prix du brut. La dernière baisse des prix a été un véritable hold-up sur la rente pétrolière. L’OPEP, pour la période 2014-2020 perdrait ainsi 1350 milliards de dollars. Il faut comprendre que le prix du brut obéit à des règles géopolitiques, dans la mesure où l’objectif d’affaiblir la Russie se confirme de plus en plus, même sil n’était pas, à l’origine, le but principal. Le marché spéculatif du brut a réduit l’OPEP à n’être plus qu’une simple caisse de résonance au lieu de celle d’un acteur déterminant pour la préservation des prix.

LA TRANSITION ECONOMIQUE

Ce qui est appelé « transition » peut être appréhendé différemment selon les uns et les autres. La transition économique est voulue par ceux qui sont conscients que le modèle de croissance actuel est arrivé à ses limites. Il sonne le glas pour certains pays, dont la croissance reste basée sur celle de la consommation. Les conséquences risquent de voir ces pays se recroqueviller sur eux-mêmes et développer un nationalisme entretenu par certaines parties politiques. Il aura pour conséquence, aussi, la volonté de maintenir le contrôle sur les matières premières de certains continents comme l’Afrique.

Nous sommes le plus grand pays de ce continent. Nous devons amorcer en conséquence, nous-mêmes, notre transition au plan économique, de même qu’au plan énergétique. Les réformes annoncées par le Président doivent amener cette transition. Les acteurs doivent être du secteur public comme du secteur privé. Le partenariat public-privé devrait être privilégié pour les secteurs économiques stratégiques. Sonatrach et Sonelgaz doivent revenir à leurs métiers et être les locomotives devant entrainer dans leur sillage le secteur privé. C’est en cela que ces réformes doivent libérer les entreprises de la tutelle de l’Exécutif. La bonne gouvernance doit être la règle, la compétitivité, la culture de l’entreprise. Le contrôle doit être indépendant.

Le premier défi sera l’acquisition du savoir et sa finalité le développement des entreprises créatrices de valeurs et de richesses et qui seront forcément créatrices d’emplois.

L’emploi ne pourra être assuré que par ceux qui apportent la maitrise technologique, en premier les ingénieurs. C’est le constat qui se confirme en Europe. Il faut aussi des projets mobilisateurs pour cette masse de jeunes chômeurs. Ce seront les grands projets comme l’agriculture moderne sur de grandes étendues. Ceci permettra de désenclaver le Sud. L’infrastructure ferroviaire jusqu’à Tamanrasset devra accompagner ces projets. C’est le moyen de transport le moins cher et le vecteur déterminant d’une chaine de valeur logistique. Enfin, last but not least, la décentralisation du pouvoir économique.

LA TRANSITION ENERGETIQUE

Le modèle de consommation énergétique tel qu’appréhendé précédemment doit prendre en considération aussi bien les énergies conventionnelles et non-conventionnelles que les énergies renouvelables et nucléaires. Le mix énergétique doit viser comme objectif, la satisfaction des besoins à long terme et être passé au crible selon les paramètres suivants : durabilité et sécurité ; économie ; respect de l’environnement.

Le premier gisement énergétique, on l’a vu, reste celui de la réduction du gaspillage de cette ressource. Nous devons arrêter le gaspillage du gaz. Le gaz pour la consommation domestique ne doit plus être développé. Les pays occidentaux ont tout le confort voulu avec le tout-électrique qui va de toute façon s’imposer avec le développement urbain. L’économie d’un pays ne pourra pas supporter les investissements dans la distribution gazière. La rationalisation électrique sera plus facile avec les smart grid (réseaux dits intelligents) des réseaux électriques.

Nous avons, je pense, cerné les arrière-pensées des pays consommateurs et leur vision de la transition énergétique. L’adage qui dit « l’âge de pierre ne s’est pas arrêté parce qu’il n’y avait plus de pierres », peut expliquer les tendances constatées des mix énergétiques de ces pays. Le mix en question sera à dominance électrique. L’augmentation de la part de l’électricité dans le mix atteindrait 80% d’ici 2040 selon Shell.

Le monde en 2050 verrait une urbanisation massive avec une densification de la population sur les surfaces encore disponibles. C’est le résultat de plusieurs études effectuées par des centres de recherche européens et américains. Nous verrons des villes atteindre une population de 100 millions d’habitants en Asie, aux USA et même en Europe, dans la Ruhr en Allemagne. L’énergie sera principalement l’électricité transportée par des câbles supraconducteurs à haute température, la réfrigération sera entretenue par de l’hélium liquide. D’où l’intérêt de récupérer l’hélium du champ de Hassi R’Mel. Cette tendance se confirme par le désinvestissement de la société d’électricité Eon qui a cédé tous ses actifs dans les énergies fossiles. Comme c’est le cas en partie pour les grandes compagnies pétrolières. Elle confirme également que le prix du brut du fait de la compétitivité déjà acquise des énergies renouvelables par rapport au gaz, ne peut dépasser le niveau symbolique de 100 dollars le baril dans l’avenir.

L’autre information est que les sociétés d’électricité qui avaient constitué une association dédiée à la séquestration du carbone, ont été contraintes de déclarer sa dissolution du fait que la séquestration pénalisait cette technique face aux énergies renouvelables qui sont devenues moins chères. De même que nous avons constaté la compétitivité déjà atteinte par les énergies renouvelables en totalité ou presque. Cependant, ceci ne doit pas nous empêcher de développer le gaz de schiste pour nos besoins futurs, au nom de la sécurité énergétique et particulièrement pour la fabrication du jet fuel à partir du gaz avec l’énergie de fours solaires. Mais compte-tenu de nos réserves plus faibles en pétrole qu’en gaz, il serait souhaitable de maintenir un effort de développement des tight oil pour le pétrole. Il est important de poursuivre l’évaluation de nos réserves en shale gas et développer notre savoir technologique dans le forage avec fracturation. Il n’en demeure pas moins que le premier signal vert est à donner au développement des énergies renouvelables. La tendance s’oriente vers un mix à majorité électrique.

Les problèmes liés au changement climatique sont d’abord environnementaux. La plus grande pollution est due aux carburants. Les politiques de « décarbonation » des moyens de transport vont privilégier les métros et les transports souterrains faute de surfaces disponibles. Les métros deviendront des TGV. Le transport énergétique sera aussi souterrain, surtout les câbles supraconducteurs à l’hélium. Le refroidissement se fera aussi à l’hydrogène liquide pour le transport en câble sous-marin. L’hydrogène sera le carburant de demain.

Il devient évident que les hydrocarbures n’auront plus leur place dans les milieux urbains. Ils doivent revenir à leur utilisation essentielle à savoir la matière première de la pétrochimie et la fabrication de jet fuel. Nous devons impérativement récupérer l’hélium brulé avec le gaz.

LA 3E REVOLUTION INDUSTRIELLE

L’idée de Jeremy Rifkin, en proposant au Président Obama de lancer la 3e révolution industrielle visait selon lui à donner une réponse à la crise du modèle économique actuel. C’est le concept d’économie verte qui est sous-entendu. En effet, pour réduire la consommation, il faudrait produire juste ce qu’il faut pour couvrir nos besoins. Il faut éviter les stocks du système actuel. La production serait décentralisée, mais proche des lieux de consommation. La révolution passerait par les imprimantes 3D, en mesure de fabriquer même des maisons.

Ceci permettrait d’éviter le gaspillage. Ce serait une mutualisation dans la création de richesses. Par ailleurs, cela réduirait les transports et la pollution induite. Cette approche révolutionnera le système actuel, sans oublier que les défis de densification urbaine verront l’émergence des smart grid, de la supraconductivité seule en mesure de transporter et de distribuer les énormes besoins électriques de demain. Nous connaissons déjà en Algérie les dégâts dus à ce problème : la surchauffe et l’explosion des transformateurs. Les smart grid s’imposent aussi pour la gestion des flux dans les deux sens de et vers le consommateur qui produirait aussi de l’électricité. Cela permettra aussi de réduire les « pertes », car difficile à violer. Ce sera un outil déterminant pour réduire et rationaliser la consommation d’électricité.

Le monde semble s’engager dans cette voie, les nouveaux programmes de développement régionaux en France, pour l’exemple, s’inscrivent dans cette démarche. Le maître mot qui s’imposera pour assurer cette mutation est « savoir ». A ce sujet, le constat sur l’état de notre formation et de notre Recherche reste inquiétant. Il faut un sursaut, en constituant des partenariats comme l’a fait le Qatar. Il concernerait les universités, les centres de recherche et des écoles spécialisées.

La rente pétrolière est en diminution constante. Il ne faut pas espérer une rente pour les hydrocarbures non-conventionnels. Il faut donc rapidement sortir de cette dépendance. Seul le savoir permettra de rendre accessible les hydrocarbures en utilisant la fracturation, en fait pour les deux. La technique de la fracturation sera aussi utilisée pour certains champs pétroliers en tant que technique de récupération additionnelle.

La 3e révolution industrielle sera celle du savoir, et elle consiste pour nous à relever le défi de réduire le gap avec les pays développés en diminuant cette dépendance vis-à-vis des services technologiques importés, ou alors de revenir à l’état des sociétés tribales comme dans le film « Mad Max » essayant de survivre dans un désert qui aura atteint le nord du pays.

 

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