Loi de finances 2018 :« La vraie solution réside dans l’incitation à l’investissement »

  • By Super User
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  • Posted 28 April 2018

 

Souheil Guessoum est un expert consultant. Il est général manager à alpha Computing où il accompagne plusieurs TPEet PME dans le développement industriel..

 


OGB : Que va apporter la LF 2018 à l’économie algérienne ?

 

 


 

 

Souheil Guessoum: Pour être franc, nous ne pensons pas que la LF2018 va apporter des solutions aux problèmes économiques qui s’accumulent suite à la baisse des prix du pétrole.

 

Les experts s’attendaient vraiment à de vraies réformes structurelles profondes permettant de lancer fondamentalement l’économie nationale sur des bases saines et solides. Il n’en fut malheureusement rien.

 

Nous nous attendions à voir une prise en charge du dossier des subventions afin de réduire sensiblement le gouffre financier que cela implique sur le budget de l’État en ciblant les aides à l’adresse des nécessiteux grâce à un système d’information national qui serait finalement mis en place, mais il n’en fut rien.

 

Nous nous attendions à voir le marché informel finalement adressé par des mesures audacieuses et courageuses et à voir une mise en place de mesures concrètes destinées à récupérer l’importante manne financière existant en dehors du secteur financier national mais il n’en fut rien.

 

Nous nous attendions à voir le dossier du foncier définitivement résolu par la libération des décisions d’octroi aux opérateurs désirant investir et n’ayant trouvé à ce jour des assiettes pour asseoir leurs investissements.

 

Nous nous attendions à voir les contraintes à l’investissement complètement levées en éliminant la contrainte de voir un dossier d’investissement ou de partenariat soumis à une autorisation d’un CNI dirigé par le chef du gouvernement, et dont les approbations peuvent prendre des mois.

 

Nous nous attendions à voir les modalités d’octroi des autorisations d’investissement à l’étranger des opérateurs économiques sérieux largement facilités par la banque d’Algérie.

 

Nous nous attendions à voir la règle 51/49 levée dans les secteurs non stratégiques permettant aux étrangers d’investir dans certains domaines où nous avons cruellement besoin d’intervention, de support et d’expertise étrangère. Le tourisme n’est-il pas un bon exemple de cela ?

 

Nous nous attendions enfin à voir une vraie incitation à la création de start-up et à l’encouragement de l’innovation par des facilitations financières et fiscales et rattraper notre retard drastique sur les économies de notre région dans ce domaine.

 

Au lieu de cela, nous avons eu droit à une série d’augmentations de taxes et de droits de douane destinées à réduire les importations lesquelles, malheureusement, ne résoudront en rien les difficultés structurelles dans lesquelles se débat notre économie.

 

Comment expliquer aujourd’hui une augmentation des taxes sur l’outil informatique qui ne va que concrétiser notre retard sur le reste du monde hypothéquant toute chance de lancer une économie numérique totalement absente du jargon de nos décideurs

 

Nos dirigeants souffrent aujourd’hui de ce que j’appellerai le syndrome 1993-1994, période où l’Algérie a dû faire appel à un rééchelonnement drastique et contraignant de sa dette suite à l’épuisement de ses réserves de change. Nous avons l’impression aujourd’hui que le raisonnement économique se résume à la préservation des réserves de change sans se soucier des conséquences néfastes que les restrictions peuvent parfois engendrer.

 

Aurait-on pu être plus audacieux au sujet des restrictions d'importation ?

 

Je pense que la question qui doit d’abord se poser est la suivante : avons-nous fait le bon choix en allant vers la restriction à l’importation de 851 produits ? Qu’adviendra-t-il des entreprises commerciales qui œuvraient en toute légalité dans le domaine des produits importés ? Qu’adviendra-t-il du manque à gagner fiscal généré par ces entreprises ? Qu’adviendra-t-il des emplois perdus dans ces filières ?

 

En interdisant ce millier de produits à l’importation n’avons-nous pas ouvert la porte à de nouvelles niches informelles ? Car en visitant les étals des magasins aujourd’hui, nous ne sentons absolument aucun manque de produits interdits à l’importation.

 

La vraie solution ne vient pas par l’interdiction mais par l’incitation à l’investissement dans les domaines interdits à l’importation en encourageant fiscalement et financièrement les opérateurs à investir ces domaines et créer une véritable alternative locale par un accompagnement sérieux et efficient de l’État et des agences gouvernementales compétentes.

 

Comment les services fiscaux comptent-ils recouvrer les impayés ?

 

Il est clair que les services fiscaux peinent à recouvrir les créances du secteur pour plusieurs raisons : l’absence de moyens et de ressources au niveau des recettes et des inspections fiscales ; la disparition des opérations ayant des dettes fiscales à payer ; la prescription d’une bonne partie des créances fiscales et donc annulation de facto de ces créances.

 

À la lumière de ces éléments, le recouvrement des impayés devient de plus en plus improbable et incertain.

 

Alors que l’économie nationale ne cesse d’évoluer, et alors que les opérateurs économiques s’adaptent à un mode de plus en plus moderne, le fonctionnement du système fiscal reste extrêmement archaïque s’acharnant sur les opérateurs légaux et négligeant les opérateurs de l’informel qu’ils ont un grand mal à identifier.

 

 

 

Le projet de loi sur l'impôt sur les grandes fortunes a-t-il un sens vu le poids de l'informel ?

 

Il est vrai qu’aujourd’hui que l’informel est devenu une vraie tare pour l’économie nationale comme il est vrai que de vrais barons se sont approprié un maximum de richesses économiques à travers ce marché.

 

Même si une Taxe sur les grandes fortunes ne touche que les opérateurs connus par le système fiscal, celle-ci enverrait cependant un signal fort d’équité sociale non seulement à tous les citoyens algériens mais également aux barons de l’informel qui pourraient être identifiés par quelques signes de richesse ostentatoires que les agents fiscaux pourraient pister.

 

Bien évidemment, un changement de la monnaie précédé par des actions d’intégration à un système financier immatériel (cartes de paiements électroniques, paiement par mobile, etc.) et suivi par des actions incitatives fiscales, constituerait une solution radicale à l’identification des opérateurs de l’informel et leur intégration définitive dans la sphère économique légale

 

Comment contrôler les entreprises étrangères et leurs artifices juridiques ?

 

Il n’y a malheureusement aucune solution miracle au contrôle des entreprises étrangères et leurs artifices financiers et juridiques. De la même manière, nous aurons du mal à trouver des solutions aux importateurs nationaux utilisant les artifices de surfacturation non seulement pour dégager des devises de l’autre côté des frontières mais également pour réduire leurs bénéfices imposables en Algérie. Continuer à bloquer et entraver le système d’importation à cause de quelques irréductibles fraudeurs ne fera que rendre les activités de sociétés sérieuses extrêmement compliquées et peu efficientes.

 

Adopter des réformes structurelles signifie l’élimination définitive du change parallèle par le changement de la monnaie (voir mon article sur la revue Oil&Gaz) qui aura comme conséquence l’assèchement du marché en liquidités et donc le recours des détenteurs des devises aux banques algériennes afin d’obtenir des dinars algériens. Un marché de change formel via les banques algériennes sera alors créé.

 

Ce n’est que de cette manière que nous éliminerons définitivement le recours à des combines illégales qui assèchent nos réserves de change.

 

Pourrait-on élargir la liste des produits plafonnés ? Si oui, lesquels ?

 

Voir ma réponse à la question 2.

 

Il a été prévu une hausse du carburant et des cigarettes mais n'aurait-on pas pu abaisser d'autres impôts pour certains secteurs comme la presse et les TIC ?

 

Abaisser les taxes sur les TIC et la presse devrait constituer une priorité pour plusieurs raisons : le classement de l’Algérie sur l’index UIT est catastrophique (102e place mondiale) ; l’Algérie a un besoin pressant d’automatisation de son système national économique et social par la mise en place de data centres et d’interconnexions des diverses bases de données existantes ; l’Algérie a enfin un besoin urgent de lancer un processus de paiement électronique où elle est classée parmi les derniers mondialement.

 

Pour ces facteurs qui entravent notre développement, une baisse des taxes dans le domaine TIC est non seulement souhaitable mais absolument nécessaire. Malheureusement la LFC n’a fait qu’augmenter ces taxes rendant les actions suscitées quasi impossibles à réaliser

 

En ce qui concerne l’autre domaine critique qu’est la presse, la baisse des taxes relève tout simplement d’une nécessité d’encourager une presse libre et indépendante à s’épanouir loin de toute influence basée sur des considérations financières.

 

Les dernières augmentations de taxes rendent la production écrite et audiovisuelle encore plus chère et moins accessible aux citoyens dont le niveau de vie ne cesse de s’affaiblir. Baisser les taxes du secteur ne fera que réduire les coûts de production permettant de ce fait à la presse de rester abordable au citoyen tout en jouant son rôle de levier de développement de la démocratie. Mais est-ce la réellement la volonté des décideurs ?

 

 

 

 

 

 

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