Exportations agricoles : Entre les potentialités et la réalité du terrain

  • By Super User
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  • Posted 28 April 2018

À la faveur de l’augmentation de la production agricole évaluée à 3 000 milliards de dinars contre 500 milliards en 2000, l’on parle de plus en plus de la nécessité d’investir le marché de l’exportation

surtout que dans certaines filières la production nationale couvre largement la demande. Les surplus se retrouvent ainsi sans débouché à la transformation industrielle (faute d’interconnexion entre agriculteurs et industriels) ni à l’exportation en l’absence d’un environnement favorable à cet effet. Les freins à l’exportation sont nombreux. Ils sont certes régulièrement soumis au débat entre experts, opérateurs économiques et pouvoirs publics, cependant, les solutions effectives tardent à venir. De ce fait la production agricole ne contribue que faiblement dans les exportations hors hydrocarbures. Pourquoi ?

L’Association nationale des exportateurs algériens (ANEXAL) explique cette situation par l’importance du marché de consommation en Algérie, donc des besoins satisfaits dans certains cas par des compléments d’importations et surtout par l’absence d’une stratégie d’appui à l’exportation. Les différentes études menées dans ce cadre le montrent d’ailleurs clairement. En effet, elles ont globalement conclu que l’absence du produit agricole algérien sur le marché international s’explique essentiellement par la non-valorisation du produit algérien à l’étranger, l’absence d’une politique commerciale agressive à l’international, les problèmes de normes pour certains produits (calibre notamment), l’absence de représentations commerciales à l’étranger et enfin la complexité de la réglementation des changes. Pour ce dernier point justement, il y a lieu de relever le caractère pénalisant de l’ordonnance n°96-22 du 9 juillet 1996 relative à la répression de l’infraction à la législation et à la réglementation des changes et des mouvements de capitaux de et vers l’étranger. Elle sanctionne l’exportateur qui ne rapatrie pas ses fonds dans les délais de peines de prison, d’amendes lourdes et d’interdiction d’export. D’ailleurs, pour la CAGEX, ce texte est en contradiction avec l’ordonnance 96-02 qui met en place une assurance garantissant le rapatriement des fonds. Cette mesure est à l’origine des réticences des agriculteurs à aller vers l’exportation. Ce que nous explique Slimane Bendaoud, producteur de pomme de terre dans la wilaya d’Ain Defla, pour qui le climat est loin de faciliter les projets d’exportations.

Des dysfonctionnements en série

Aux entraves citées ci-dessus, s’ajoutent d’autres contraintes liées directement aux conditions dans lesquelles évoluent les secteurs agricole et agroalimentaire en Algérie à savoir la dépendance vis des vis des importations en matière d’intrants (les semences) et des équipements agricoles, le déficit chronique en ressources hydriques, le manque de main-d’œuvre qualifiée, et le déficit en aires de stockage.

Le manque d’organisation dans les filières explique par ailleurs la timide présence du produit agricole algérien à l’étranger. C’est le cas à titre illustratif pour les agrumes, les dattes, les produits maraîchers, les figues et bien d’autres produits du terroir dont le processus de labellisation est en cours (achevé pour certains).

Pour les agrumes, les chiffres de 2017 illustrent la faiblesse des exportations. Ces dernières ont baissé au cours de cette période en raison notamment de lacunes en matière des normes exigées par le marché mondial, selon l’Agence nationale de promotion du commerce extérieur (ALGEX) pour s’établir à 20 304 dollars en 2017 contre 42 921 dollars en 2016, soit une chute de plus de 50%.

Ainsi, les exportations des oranges ont totalisé un montant de 10 589 dollars en 2017 contre 8 351 dollars pour les mandarines et de 1 279 de dollars pour les citrons. Des résultats loin d’être à la hauteur des capacités réelles dans cette filière qui faisait jadis la fierté de l’agriculture algérienne avec les oranges de la Mitidja et de l’Oranie.

Dans la filière phœniciculture, une production passée de 600 096 tonnes en 2012 à environ 1 100 000 tonnes en 2017 place l’Algérie au 4e rang mondial avec 14% de la production. Cependant, 3% seulement de cette production est exportée. Principalement Deglet Nour et Degla Beida vers une quarantaine de pays. En 2016, ce montant était de 37 millions de dollars, un chiffre insignifiant en raison des dysfonctionnements qui caractérisent cette filière gangrenée, comme c’est le cas pour d’autres segments agricoles porteurs, par les opérateurs occasionnels et l’informel. De ce fait, sur les 120 000 tonnes de dattes qui sortent du pays chaque saison, seulement 35 000 tonnes le sont d’une manière formelle. Un chiffre qui en dit long sur les efforts à fournir pour développer davantage de créneaux et les exportations agricoles d’une manière globale surtout dans une économie qui cherche à se construire hors hydrocarbures. Le cap est à mettre sur l’organisation des filières. Les professionnels du secteur convergent sur ce sujet. Les pas restent à franchir.

 

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