L’Algérie grenier à blé de Rome : Un mythe à défaire ?

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  • Posted 28 April 2018

Lors des 4e journées d’études parlementaires sur la défense nationale, organisées en 2008 au Conseil de la nation (et au Cercle de l’armée de Beni Messous), le professeur Hamid Aït Amara (économiste) qui a consacré son intervention à « la sécurité alimentaire », a tenu à préciser que l’idée largement répondue qui veut que l’Algérie fût le grenier à blé de Rome n’est qu’un mythe « inventé par les Français pour légitimer l’occupation de l’Algérie », à un moment où ce pays et l’Europe en général, souffraient d’une disette.

Bessaoud abonde dans la même direction :  « C’est la littérature coloniale qui a construit ce récit de ‘ressources naturelles abondantes mais très mal exploitées’ pour justifier l’expropriation de la paysannerie ». Lors de sa communication au symposium sur l'état des savoirs en sciences sociales et humaines, qui a été organisé au CRASC en 2004, il précise que « l’opinion publique ainsi que ceux qui sont en charge du secteur agricole, partagent l’idée que l’Algérie est favorablement dotée en ressources naturelles. L’histoire de l’Afrique romaine, son rôle particulier dans les approvisionnements en blé et en huile de la capitale de l’Empire, de même que l’histoire coloniale, sont régulièrement convoqués pour valider cette opinion, largement répandue, sur les prétendues richesses naturelles de l’Algérie ». Il rappelle que les auteurs du Traité pratique d’agriculture coloniale et de l’Encyclopédie agricole de l’Afrique du Nord (Lecq et Riviere; 1901) dénonçaient à l’époque déjà l’affirmation selon laquelle l’Algérie bénéficiait d’un climat « incomparable » et d’un sol « d’une fertilité merveilleuse [et] d’une inépuisable fécondité ». Ces auteurs évoquaient différents essais et projets agricoles entrepris par le système colonial qui n’avaient pas abouti parce qu’il y avait erreur sur les véritables vocations naturelles de l’Algérie et de la région en général.

« Nous invitons à redécouvrir les leçons du passé tous ceux qui pensent faire de l’Algérie un pays exportateur ou qui continuent de penser - tout comme par le passé - faire de l’agriculture saharienne la réserve alimentaire de l’Algérie », exhorte l’expert.

En 2007, Diana K. Davis, publie un livre aux Ohio University Press, traduit en français sous le titre Les mythes environnementaux de la colonisation française au Maghreb, Éditions Champ Vallon, 2012. La thèse centrale de l'auteure est que les acteurs principaux de la colonisation de l'Algérie ont développé un discours décliniste qui mettait l'accent sur la dégradation considérable de l'environnement maghrébin à partir des invasions arabes du XIe siècle principalement, alors que la région aurait été un des « greniers à blé de Rome ». Cette expression a souvent été mal interprétée : elle ne signifie pas une grande richesse agricole, mais plutôt que la province d'Afrique dût fournir coûte que coûte le blé nécessaire à la population de Rome, ce qui a eu pour conséquence, les années de mauvaise récolte, des disettes et même des famines (H. Jaïdi, 1990).

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