Histoire d’une entreprise algérienne La Sonatrach en plusieurs mouvements

  • By Super User
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  • Posted 05 June 2018

La Sonatrach est l'entreprise algérienne des hydrocar- bures et du gaz. Elle emploie quelques 45 000 employés.

Elle possède aujourd'hui différentes filiales dont SIPEX qui est présente dans de nombreux pays africains. Elle active dans le monde entier, du Pérou à la Tunisie. Sonatrach est leader en Afrique, fait partie du top 15 des entreprises pétrolières dans le monde et engrange un chiffre d'affaire de 33 milliards de dollars en 2017. Née en 1963, soit une année après l'indépendance algérienne, elle a traversé deux chocs pétroliers, le terrorisme et l'arrivée d'autres producteurs de gaz et de pétrole sur le marché mondial. Symboliquement,

Sonatrach est l'entreprise qui rassure. Elle représente à elle seule 30% du PIB.

La symbolique Sonatrach a été tra- versé d’amour et de désamour. Les scandales financiers, les cadres qui s’exilent, les attentats terroristes n’ont pas totalement eu ce géant dont la tête est à Hydra dans un quartier cossu de la capitale et les mains dans les tréfonds du désert algérien. Derrière ses vitres tintées ou au fin fond d’un puits de pétrole, la compagnie est encore là et semble, à travers son dernier PDG vouloir redorer le blason qui fut dessiné par Siné, l’anticolonial qui dut claquer bien des portes pour faire valoir ses opinions de dessina- teur. 1963, c’est loin. Retour sur une entreprise algérienne qui a traversé l’histoire algérienne.

Les années folles

C’est Belaid Abdessalam qui ouvre le bal. Il est le premier dirigeant de la Sonatrach et il occupera ce poste durant trois ans. Nous sommes au lendemain de l’indépendance. L’Algérie a reconquit son intégrité, ses ressources et sur l’ensemble de son territoire. Pas entiè- rement car le pétrole est encore plus ou moins sous le joug des français dont il était organisé une départ progressif. Les accords d’Evian reconnaissait en effet à « l’Algérie sa souveraineté sur le Sahara, le droit de distribuer à son gré les permis de recherche et de réformer le code pétrolier mis en application par la France ». A cette date, seul compte le transport et la commercialisation des hydrocarbures. Très vite l’entreprise se lance dans la construction de son premier oléoduc algérien OZ1. Long de 805 km, il relie Haoud El Hamra à Arzew. Il s’ensuit tout naturellement la construction du premier complexe de liquéfaction de gaz naturel dénommé GL4Z. Premier pas dans le gaz, grand pas pour l’Algérie. Suite à la première campagne de recherche sismique d’hy- drocarbures, la Sonatrach se diversifie pour des segments porteurs comme la recherche et la transformation. L’entreprise prend du galon et devient la société nationale de recherche, production, transport, transformation et commercialisation des hydrocarbures et de leurs dérivés. C’est en 1969 que la Sonatrach entame ses premières opération d’explorations pétrolières par ses moyens propres sur un le champ d’El Borma ( Hassi Mesaoud Est) qu’elle

a découvert deux ans plus tôt. Et son entrée à l’OPEP, la même année, accé- lère la voie vers la nationalisation des hydrocarbures. Décrétée le 24 février 1971 par Houari Boumediene, président de la république, l’acte vers la pleine propriété des hydrocarbures est scellé. En effet, si l’adage juridique « pos- session vaut titre » est applicable en matière de biens immobiliers, les hydrocarbures, richesses du sous-sol, ne pouvaient se contenter d’un simple usage juridique. Sur le terrain, dans le sud algérien, c’est le branle-bas de combat. Les français aux commandes et à différents postes lâchent tout. Les algériens qui ont travaillé dans le sec- teur pétrolier ont assumé la transition sans aucune préparation. Ils pourvoient à leurs tâches et reproduisent tant bien que mal tout ce qu’ils ont pu observer sur le terrain. Mais l’ambiance est au beau fixe et le défi à relever est enivrant pour ces jeunes de moins de 25 ans. Sid Ahmed Ghozali est aux commandes de la jeune Société. Lui-même a tout juste 29 ans et fraichement sorti du ministère de l’Energie et des mines où il occupait le poste de directeur des mines et des carburants. Sid Ahmed Ghozali sera le plus jeune dirigeant de la Sonatrach et celui qui aura occupé ce poste le plus longtemps dans l’histoire de l’entreprise, soit 13 ans.

Les années rock and roll

La Sonatrach grandit. Elle intensifie ses recherches, ses découvertes, occupe de plus en plus de segment. Le complexe de liquéfaction de Skikda est mis en service, tout comme la raffinerie d’Arzew. En 1974, la capacité de production du gisement de Hassi R’mel est porté à 14 milliards de mètre cubes de gaz naturel. En 1975, découverte du gisement de Mereksen. 1976 : mise en service de deux unités de transformation des matières plas- tiques à Sétif et Chlef. Les activités de Sonatrach ne sont plus rectilignes Nord Sud mais s’étalent comme une toile d’araignée sur le territoire nationale. L’Algérie devient un grand pays producteur et exportateur de pétrole. Son plan d’investissement qui a pour objectif « l’accroissement des taux de production de pétrole et de gaz, la récupération des gaz associés au pétrole, la production maximale de GPL et de condensat, la commercialisation du gaz naturel, la substitution de produits finis au brut à l’exportation, la satisfaction des besoins du marché national en produits raffinés, pétrochimiques, engrais et matières plastiques » aboutit à propulser l’Algérie dans une course effrénée de développe- ment. Les recettes dégagées par les exportations aident à la mise en place d’un tissu industriel performant. « D’une entreprise de 33 personnes en 1963 avec pour objectif principal le transport et la commercialisation des hydrocarbures, SONATRACH croit et évolue à une entreprise de plus de 103.300 travailleurs en 1981 avec un domaine d’activité englobant la maitrise de toute la chaine des hydrocarbures ». Le dinar est au plus haut et les algériens voyagent pour danser sur d’autres rythmes.

Les années requiem

La loi de 1986 permet à l’entreprise de s’ouvrir au partenariat tout en détenant 51 %. Cette sécurité per- durera jusqu’à nos jours. Décriée

par certains partenaires ou brandit comme élément de la souveraineté algérienne, la règle du 51/49 fera les gorges chaudes du politique à l’écono- miste. Ce n’est qu’à partir de 1991 que les investisseurs étrangers pourront récupérer les fonds investit. «Plus de 130 compagnies pétrolières dont les majors, nouent contact avec SONA- TRACH et 26 contrats de recherche et de prospection sont signés durant les 2 années qui suivent le nouveau cadre institutionnel ».C’est alors que Nazim Zouiouèche est dirigeant de l’entreprise que le gazoduc Maghreb Europe appelé « Pedro Duran Farell » approvisionne l’Espagne et le Portugal via le Maroc. Sa capacité est de plus de 11 milliards de m3 de gaz par an. Dans la sphère politique du pays, des avancées démocratiques font jours. Le pays s’ouvre au multipartisme, des journaux de différentes obédiences voient le jour. Le scrutin législatif consacrant le FIS est annulé et des élections sont anticipées. La montée du terrorisme n’épargnera personne et des cadres de la Sonatrach sont menacés comme tous ceux travail- lant dans des entreprises étatiques. Très peu d’informations circulent sur les activités de la Sonatrach durant les années de terrorisme, hormis la mise en service de Pedro Duran Farell. En fait, hormis les cadres menacés de mort par les terroristes, les infrastructures doivent aussi être surveillées. Un gazoduc est visé à Skikda et Hassi Messaoud se dote d’une armure visible et invisible devant empêcher toute action dom- mageable. A peine remis du terro- risme, l’entreprise est entachée, en 2010, d’un scandale dans lequel est mêlé le ministre de l’Energie Chakib Khelil, Mohamed Meziane, alors PDG de l’entreprise et d’autres hauts cadres. L’image de la première entre- prise d’Afrique est ternie. L’embellie financière liée aux recettes pétrolières laisse un goût amer.Un autre affront marquera encore l’entreprise mais également l’ensemble de la popula- tion : l’attaque à Tiguentourine. Le site d’exploitation gazière sera le théâtre sanglant d’un prise d’otages par des terroristes début 2013 coûtant la vie à 37 otages et 29 terroristes.

Les années valse

AbelmoumenOuldKaddour, nouveau PDG, veut propulser la Sonatrach dans le top 5 des entreprises activant dans les hydrocarbures. A un moment où les pronostics vont vers l’épuise- ment des ressources et où le monde se tourne vers l’énergie verte. Avant son arrivée à la tête de Sonatrach, pas moins de 5 dirigeants ont occupé le poste de PDG de la Sonatrach depuis 2010. Soit une moyenne d’un dirigeant par an environ. Pour voir 5 PDG, il fallait attendre 30 ans. L’époque semble être à la tergiver- sation. D’autant que le prix du baril chute et que l’économie presque entièrement rentière en prend un coup. Les nouvelles projections de la Sonatrach focalisent sur l’énergie non conventionnelle comme le gaz de schiste. L’offshore est également pointé du doigt comme une solution alternative. Alternative à quoi ? Au vieillissement de nos gisements ? Des clins d’œil timides sont amorcés tantôt vers les énergies renouvelables sans qu’aucun engagement consé- quent ne soitnoté. La Sonatrach veut se moderniser, s’ouvrir encore davantage aux partenaires, remonter la pente, faire briller à nouveau son blason.

Les contrats signés à l'étranger avec prise de possession. Des conflits internationaux ont été réglés sans arbitrage, des restructurations fonc- tionnelles inhérentes à l'entreprise ont été ajustées. Effet d'annonce ou calcul initié? Les algériens de 2020 ont envie d'un air de musique sur lequel ne valse plus. Peut-être un canon ...

 

 

 

 

 

 

 

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