Energie nucléaire pour l’Algérie, mythe ou réalité ?

  • By Super User
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  • Posted 22 February 2017

Alors que le pétrole recouvre un peu de ses couleurs en regagnant laborieusement dollar après dollar une valeur durement éprouvée depuis l’été 2014, et que les deux plus grands acteurs du marché pétrolier, prédisent de plus en plus un rééquilibrage positif des prix, marqué par un retour aux fondamentaux, les algériens ont reçu comme une douche froide, l’annonce du volume du déficit de la balance de paiement de près de 14 milliards de dollars en à peine deux mois. La nouvelle a suffit pour relancer la hantise du spectre d’une mise en difficulté des finances du pays, de la fonte du matelas de devises, de l’amenuisement jusqu’à sa disparition du FRR, et du retour à l’endettement.

Dans ce tumulte, se pose avec inquiétude la question du devenir énergétique du pays, notamment depuis la visite du premier ministre à Moscou, où la question de la coopération entre les deux pays dans le domaine de l’énergie nucléaire semble prendre de l’essor. Certes le sujet n’est pas nouveau, mais le voir apparaître en pleine période de restrictions drastiques des ressources financières nationales, inquiète à plus d’un titre sur le sens autant que sur le bien fondé de cette future coopération.

Le décret présidentiel n° 14-378 du 30/12/2014, publié au Journal officiel du 25/01/2015, renseigne d’une manière détaillée sur le contenu de la coopération entre l’Algérie et la Russie dans le domaine de l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, et c’est justement le point sur l’utilisation des réacteurs nucléaires à des fins de production de l’électricité, de la chaleur et du dessalement de l’eau de mer, qui soulève le plus d’interrogations, mais aussi le plus d’inquiétude quant à la pertinence de ce choix, mais aussi de l’entrainement d’autorité de tous un pays sur une question qui relève de la consultation exclusive de sa population.

Le gouvernement échaudé par les oppositions manifestées contre la question du gaz de schiste, à cause d’un défaut de communication et de sensibilisation, se risquera t-il sur un domaine où la cohésion de la nation est de rigueur pour un projet de cette importance et de cette sensibilité. Les observateurs politiques ont toujours adopté une réaction sereine sur la position de réserve et de prudence du président Bouteflika quant à l’usage du nucléaire, une position qui avait eu en son temps le mérite de ne pas inscrire le pays dans des turpitudes dont il a d’ailleurs grâce à cela, pu faire l’économie.

Mais aujourd’hui, peut-on garder une telle sérénité, alors que des voix et des porte-voix s’aventurent à spéculer sur la perspective du pays de se doter d’une centrale nucléaire pour la production de l’électricité dans une dizaine d’années. Quid alors des coûts ? de l’orientation des énergies renouvelables comme priorité nationale ? de la problématique des déchets nucléaires ? Autant de questions inopportunes sinon inutiles et ennuyeuses dans le contexte sécuritaire mondial d’aujourd’hui, où le choix de notre mix énergétique semblait pour nous déjà tracé, entre un gaz en abondance et un solaire plus que présent et disponible à profusion. Quelque soit la puissance de l’imagination, la lucidité et le pragmatisme doivent reprendre leur place, il nous faut «savoir raison garder ».

 

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