L'Editorial: Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras

  • By Super User
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  • Posted 26 January 2019

« Nous nous attellerons sur le court terme à la réalisation du projet d’exploitation du phosphate, nous avons une idée bien établie sur les partenaires, cela devrait nous permettre d’aller vite dans cet objectif ». Les propos sont du ministre de l’Industrie, Youcef Yousfi, dans les colonnes de notre magazine du mois de novembre 2017 (OGb numéro 30). Une année après, l’Algérie lance son plus grand projet décennal, pour disposer dans un laps de temps très court d’un retour sur investissement de près de deux milliards de dollars/ an, cette réalisation est louable et estimable, cependant force est de constater qu’elle n’a pas eu l’intérêt national et régional qu’elle aurait dû avoir, tant ses effets et conséquences sont encourageants pour des pans entiers économiques.
Un an pour une réalisation de mérite, dont acte, mais
en face, neuf ans après le plan national des énergies renouvelables, quatre ans après l’inscription de ses énergies comme priorité nationale... Rien de bien consistant n’apparaît à l’horizon, sauf un maigre appel d’offres de 150 MW qui a peiné deux ans avant de sortir au grand jour. À ce rythme, il sera impossible pour l’Algérie, qui capitalise juste 400 MW en huit ans de réalisation d’énergies renouvelables, de prétendre dans les années à venir passer à 2 000 MW/an pour atteindre les objectifs de 2030, sauf si une volonté autre devait agir.
Peut-être la même que celle pour les gisements de phosphate ?
est-ce la même volonté et la même détermination qui aura valu au pays de lancer en un an son méga-gisement de phosphate avec le partenaire chinois ? La question se pose avec grand sérieux.
Quel enseignement tirer aujourd’hui de cette ambivalence dans l’avancement réel des projets structurants pour le pays ? Le secteur minier dont le phosphate a réussi ce pari, a aussi été considéré comme prioritaire, quid du secteur des énergies renouvelables ? cette situation amène à nous interroger aujourd’hui sur les attentes réelles que l’Algérie devra percevoir et d’une manière pragmatique des multiples rencontres internationales sur le climat ? elles s’illustrent par l’indigence de ses fonds tant attendus qui n’arrivent pas à ses besoins de transition énergétique et environnementale, l’exemple appauvri de cette cop 24 tenue en Pologne renseigne sur le glissement de cette situation vers le zéro réalisation à l’échelle mondiale.
La faiblesse des instruments internationaux, leur caractère juste diplomatiquement contraignant, devrait pousser la réflexion en Algérie à chercher des ouvertures vers des pays pour lesquels l’environnement et le climat occupent une place nodale. L’europe aujourd’hui et sa réelle prise de connaissance de la gravité de la situation sont à même de construire un pont économique marshallien avec l’Algérie, loin des turpitudes et des volte-face récurrents des pays qui ont miné ces accords devenus coquilles vides. L’Algérie comme pour son secteur minier, dispose de cette manne inépuisable solaire, recherchée et attendue par l’Europe, devra-t-elle attendre plus longtemps... Jusqu’au jour où son rayonnement solaire, qu’elle n’aura pas su exploiter à temps et souverainement, ne soit considéré comme patrimoine extra-national ?
La chute brutale des prix du pétrole, l’âpreté des négociations pour le rééquilibrer et arrêter sa vertigineuse dégringolade, l’instabilité des politiques qui fusent de partout ont montré comment en moins d’un mois le prix du pétrole a dévissé de plus de 30%, rappelant que les conséquences économiques et sociales pèsent comme une épée de Damoclès sur nos têtes, et que notre ouverture vers notre transition énergétique ne doit plus souffrir de retard. L’épuisement endémique de nos réserves de change et le spectre d’un retour d’un FMI aux portes d’Alger à l’horizon 2022 sonnent comme un rappel à l’ordre.
Le niveau des importations qui ne s’arrêtent pas et un déficit qui s’accumule d’année en année semble continuer son bonhomme de chemin. et à cela s’ajoute la surévaluation de la valeur de dinars au dollar continue de miner l’économie du pays, elle reste une prime à la surfacturation, à la fuite des capitaux, à alimenter le trafic du change parallèle, le plus inquiétant au maintien d’une bulle économique liée à de l’importation tous azimuts.
Des chantiers certes herculéens, sauf que nous disposons de moins de temps d’ici 2022, mais avec plus de volonté, un surcroît de dynamisme dans la réalisation, l’exemple est là : celui du développement du phosphate. Généralisons-le, mais avec les compétences qui sont à même de le faire et de le mener à terme.

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