ALIOUNE BA:« Nous avons des solutions pour les gaz torchés »

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  • Posted 17 February 2017

Alioune Badara Ba est arrivé en Algérie en 1990 alors qu’il avait 11 ans. Il y a poursuivi tout son cursus du collège et une partie du lycée. Il part au Canada pour étudier la physique puis au Sénégal et en France où il entreprend des études de management. Alioune Badara Ba a intégré le groupe Red Med en 2001. Il est actuellement directeur général d’Aggreko Algeria SPA qui est né de la joint-venture avec Red Med.

Oil&Gas Business Magazine : Comment est née la joint-venture avec Red Med ?

Alioune Badara Ba : Aggreko SPA Algeria est installée en Algérie depuis 2015. Comme toute entreprise, nous avons monté une SPA qui a pris du temps à se mettre en place. Il s’agissait de se mettre en accord avec le partenaire étranger Aggreko plc et suivre la procédure administrative. Tout le processus a pris presque une année. Depuis fin 2015, la société est enregistrée avec les statuts et l’activité a commencé en décembre 2015. Cela est un partenariat intéressant dans la mesure où Red Med voulait entrer dans le secteur énergétique. Le modèle économique consiste pour l’entreprise à faire des partenariats forts avec des acteurs internationaux ou locaux lorsque ces derniers sont présents.

Quelle est la place d’Aggreko dans le monde ?

Aggreko est une multinationale, présente dans plus de 46 pays. Nous comptons 7800 employés à travers le monde. Aggreko est indexé à la Bourse de Londres. Elle est côtée. C’est une société dont les capitaux sont échangés à la Bourse. Donc toutes les informations qu’Aggreko diffuse sont du domaine public.

Quels sont les atouts d’Aggreko ?

Aggreko est leader mondial dans tout ce qui est solution temporaire électrique. Nous mettons à dispositions des centrales électriques temporaires d’appoint qui sont là pour des contrats à court ou moyen terme. Quand on parle de moyen terme cela peut aller jusque 5 ans. Nous opérons partout dans le monde. Notre premier marché est l’Amérique du Nord. C’est là-bas que nous avons le plus d’activités. Nous en avons aussi pas mal en Europe, en Asie. En Afrique cela commence à se développer depuis ces dernières années. Surtout en Afrique subsaharienne. Nous commençons à nous développer en Egypte également ; L’Algérie a été d’un attrait particulier pour Aggreko. D’où la volonté de la maison-mère basée à Londres d’intégrer l’Afrique du Nord dans sa gestion directe. Cela montre l’intérêt particulier que nous portons pour la région

Pouvez-vous nous parler des marchés que vous avez en Afrique et dans le monde ?

Nous travaillons souvent avec les Etats directement parce que les projets sont d’utilité publique. Nous fournissons de l’électricité en appoint. Nous l’avons fait avec succès en Côte d’Ivoire, au Benin, au Mozambique. Nous avons des projets de dimensions considérables qui prennent forme en Egypte. Au Benin par exemple, nous avons installé plus de 200 mégawatts dans le but d’alimenter une grande partie de la ville. C’était une situation particulière, car l’Etat avait déjà investi dans une centrale électrique mais qui n’avait pas donné les résultats escomptés. Ils ont donc fait appel à Aggreko car ils avaient un manque d’énergie. Le gouvernement a même fait une déclaration publique pour dire qu’en utilisant Aggreko, ils vendaient de l’électricité au public avec une marge bénéficiaire. Donc les Etat s’en sortaient très bien grâce à cette solution de location surtout pour des centrales de cette dimension. Nous avons fait la même chose au Mozambique.

Que proposez-vous pour l’Algérie ?

Nous avons des solutions pour le gaz torchés. Car je pense qu’en Algérie, cela pourrait constituer un intérêt particulier. Nous récupérons le gaz torché qui est au niveau des puits de développement ou des raffineries éventuellement et nous mettons en place une centrale électrique à gaz qui s’alimente à partir du gaz torché filtré et traité et qui alimente nos générateurs à gaz qui produisent à leur tour de l’électricité. Cette électricité peut être réinjectée directement dans le réseau électrique local. Cela réduit les coûts d’investissement en infrastructure pour l’Etat ou pour l’entreprise car ils utilisent des infrastructures existantes. Vu qu’il s’agit de petites centrales, nous pouvons créer de petites poches pour compenser le manque d’énergie un peu partout à travers le pays ou dans des zones spécifiques. Dans les autres pays nous travaillons beaucoup avec le secteur privé, les industries, les cimenteries, les minoteries, l’industrie sidérurgique. Aujourd’hui en Algérie, il y a eu un investissement de plusieurs centrales électriques ainsi que de combinés et de turbines à gaz. Si je ne me trompe pas, 14 centrales ont été lancées pour produire plus de 14 000 mégawatts à l’horizon 2019. Il y a ce besoin en énergie non seulement dans le Sud mais aussi dans le Nord, lieu où se trouve son tissu industriel.

Peut-on dire qu’il s’agit là d’une solution écologique ?

L’Algérie a signé récemment l’accord de Paris et était présente lors de la COP 22 qui vient tout juste de clore. Dans cette optique, nous pouvons être très utiles dans le sens où la récupération de ce gaz torché fait moins de gaz émis dans l’atmosphère. Cela profite à la Sonelgaz et la Sonatrach puisque cela fait plus de gaz disponible à l’exportation. Nous sommes prêt à prouver ce concept à travers un projet pilote et montrer qu’il est efficace. Aggreko est aussi entrain de développer des générateurs hybrides qui tournent au solaire et au diesel ou au solaire et au gaz toujours dans l’optique de réduire l’empreinte carbone.

Quel est l’avantage pour le client de louer ?

Nous offrons une solution de transition en attendant que tous ces projets prennent vie. C’est une solution moins couteuse. Nous évitons un investissement de capex immédiat. L’avantage aussi réside dans la flexibilité qu’offre une solution de location. Vous l’utilisez juste quand vous en avez besoin et vous êtes juste tenu de payer durant le temps que vous l’utilisez. La mobilité de la solution est un avantage. La centrale qui peut travailler à Adrar peut ensuite remonter travailler à Jijel pendant trois ou quatre mois. En mettant le générateur à la disposition du client c’est le client qui est propriétaire temporaire du bien. Il a de l’énergie en continue et une maintenance garantie. Il est vrai que c’est là que nous nous différencions de la concurrence sur le marché, nous ne proposons pas un matériel et c’est à vous de vous débrouiller avec. Non, vous avez un support technique qui est fourni 7 jours sur 7. Il n’y a pas à se préoccuper de la pièce de rechange ou de la maintenance ni des réparations. Nous faisons toujours en sorte de garder en stock d’au moins 30% de nos capacités en générateurs. Nous avons donc toujours la possibilité de vous changer votre générateur s’il est défectueux. Nous sommes aussi dans la flexibilité des solutions nous pouvons discuter différents tarifs selon différents facteurs. Les clients sont quelque peu réticents d’aller vers les marques internationales en anticipant que cela va être plus cher que l’entreprise du coin qui va me louer un générateur. Mais ce n’est pas le cas, des fois nous sommes même 40 % moins cher que ce type de prestataire

Pensez-vous être compétitif en terme de prix ?

Nous sommes prêts à faire l’exercice dans ce sens-là et nous sommes confiants. Nous avons pu le déployer dans plusieurs pays. En Amérique du Nord qui utilise notre solution pour différent types de gaz même le gaz non conventionnel, cela s’est vérifié. En Russie, maintenant plus de 75 % des puits qui émettaient du gaz torché utilisent notre solution.

Tous les équipements sont –ils disponibles sur le territoire ?

Nous avons une présence en Algérie et avons donc de l’équipement disponible ici. En fait notre business est composé de deux facettes : nous avons la partie location de générateurs pour le business local. Nous pouvons répondre à des besoins qui vont de 5 à 10 mégawatts. Par la suite nous avons la solution projet c’est à dire tout ce qui va au-delà de 10 mégawatts jusqu’aux mini centrales qui vont jusqu’à 200 mégawatts. Ceci est un effort combiné avec nos équipes qui sont à l’internationale, basée à Djebel Ali aux Emirats Arabes et nous stockons là-bas des générateurs qui vont partout à travers le monde pour différents projets. Donc dès que nous avons une demande, éventuellement en Algérie, nous sommes en capacité de mobiliser 200 mégawatts en un temps record. Le plus rapide que l’on ait pu faire c’est en moins d’un mois. Mais en général, il faut trois mois

Cela vous est-il arrivé de répondre à une urgence?

C’est notre force justement et nous l’avons fait pour la centrale de Fukushima au Japon suite au tremblement de terre et au tsunami. Aggreko a apporté l’appoint en énergie lorsque la centrale était indisposée à le faire. Nous avons répondu à cette situation d’urgence en un temps record.

Aujourd’hui territorialement nous sommes une société enregistrée à Adrar. Nous avons notre bureau de liaison ici à Alger et notre dépôt à Hassi Messaoud. Nous avons compris qu’il fallait avoir une position plus ou moins centrale. Etant donné que le secteur des hydrocarbures est un secteur qui nous intéresse particulièrement du fait du gaz torché. Mais pas seulement cela car nous pouvons aussi offrir des solutions de contrôle de température pour des infrastructures comme des raffineries ou des usines de pétrochimie. Lorsqu’ il y a des pics de chaleur vous avez besoin de refroidissement qui soit fait sur place, et c’est l’une des solutions qu’Aggreko propose. Nous sommes capables de baisser les températures en plein air, pour les faire retomber à des degrés qui assurent le plein régime des infrastructures. Nous avons eu ce constat dans certaines centrales qui étaient dans des régions très chaudes. Cela conduisait à une baisse de leur capacité de production. Cela peut aller jusqu’à 30 % lors des pics de chaleur.

Vous êtes également présent dans l’évènementiel ?

Aggreko a fourni l’appoint en énergie lors de toutes les grandes manifestations comme les Jeux Olympiques. C’est un partenaire traditionnel des Jeux Olympiques depuis une cinquantaine d’années. Aujourd’hui nous sommes présents lors de la Coupe du monde de football. Et nous comptons être présents en Algérie pour les Jeux méditerranéens.

Quelles sont vos ambitions dans la région ?

Le choix d’Aggreko s’est porté sur l’Algérie pour développer le Maghreb. Nous avons investit ici dans une SPA. L’Algérie présente des visions beaucoup plus prometteuses que les pays voisins. L’Algérie a assuré une stabilité politique et, il faut le souligner, pendant des périodes de perturbation à travers tout le Maghreb. Pour nous, l’Algérie est un pari sûr pour l’avenir et c’est aussi une plateforme idéale pour relancer les pays qui sont en difficulté actuellement comme la Lybie mais qui pourrait se stabiliser. L’Algérie peut être une bonne plateforme pour nous pour rebondir. Nous aurions pu nous déployer au Maroc éventuellement mais nous croyons au challenge et nous avons des partenaires solides. Nous comptons doubler le capital social d’Aggreko d’ici la fin de l’année. Nous sommes bien conscients que c’est un effort à long terme qui va s’étendre dans le temps. Aggreko saisit le défi et a fait l’investissement nécessaire pour concrétiser les résultats qu’on compte voir d’ici à moyen terme.

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