Sonatrach doit rester essentiellement un groupe petrolier et gazier

  • By Super User
  • In Entretiens
  • Posted 17 February 2017

Oil&Gas Business Magazine : L’effort d’exploration est érigé en priorité pour Sonatrach, quelles sont les activités stratégiques et prioritaires pour le groupe ? Vous avez évoqué une perte de temps, que signifie cela ?

Nazim Zouiouèche : L’effort d’exploration érigé en priorité par Sonatrach est louable. Le pays peut encore nous livrer de bonnes surprises. Par exemple, même si la géologie est complexe, le nord reste encore sous exploré; n’oublions pas que les premières découvertes enregistrées, l’ont été dans le nord du pays (Oued Guetterini à proximité de Sour el Ghozlane). 

Au cours de la décennie 80, on estimait que la production de pétrole allait subir une chute pouvant nous contraindre à importer du pétrole dés les années 95, pour faire fonctionner nos raffineries; or dès le début des années 90, nous avons eu la formidable découverte du bassin de Berkine qui nous a permis d’augmenter nos réserves (nous avons retrouvé les réserves de 71) et notre production. 
Il faut cependant relativiser, car depuis, nous annonçons des découvertes multiples chaque année sans pour cela les retrouver dans nos quantités produites. Une découverte est la mise à jour d’une accumulation d’hydrocarbures pouvant donner lieu à une mise en production techniquement et économiquement viable; sinon on doit qualifier cela de «mise à jour d’indices favorables». D’autre part, le temps qui sépare une découverte d’une mise en production doit être le plus court possible, sinon l’économie peut en pâtir.

Les gisements découverts en partenariat au sud d’In Salah, l’ont été en 2006/2007; jusqu’à présent leur mise en production est en attente. 
Peut-être qu’une mise en production plus rapide aurait permis d’éviter de trop soutirer à partir du gisement de Hassi Rmel et de respecter ainsi autant que possible les règles du cyclage. 
En conclusion, il faut continuer à mener un effort d’exploration soutenu par Sonatrach seule autant qu’en partenariat. Le pays est encore sous exploré, ces efforts apporteront une contribution appréciable à nos capacités de production.

Vous avez occupé la fonction de DG de Sonatrach (1995-1997), vous dites que l’on a négligé l’Amont, avec une baisse de la production notamment ; quelle évaluation faites-vous à ce sujet ?

Je n’ai jamais dit que l’amont avait été négligé; bien au contraire il a toujours été au centre des préoccupations. 
On a cependant enregistré des baisses de production, aussi bien de gaz que de pétrole et cela depuis maintenant environ une dizaine d’années. Notre efficacité s’est peut-être émoussée; mais je pense que depuis la chute des prix du pétrole, il y a eu une prise de conscience qui pourrait nous être bénéfique. 
Il y a, à mon avis, un point essentiel qui consiste à reprendre tous les efforts de formation pour nous permettre de mieux appréhender les problèmes que pose la production des hydrocarbures et d’améliorer nos capacités de réaction.

Vous êtes plutôt hostile au boosting. Sachant que les opérations de boosting tuent le réservoir, que peut-on dire du champ de Hassi R’Mel ?

Je ne suis pas hostile au boosting par principe, bien au contraire. Le boosting est destiné à augmenter ou à maintenir un niveau de production d’un gisement de gaz. La pression d’entrée des unités de traitement doit être à un niveau permettant un fonctionnement idoine de ces unités. La pression en tête de puits chutant au cours du temps, on installe alors des unités de boosting, c’est-à-dire des unités de recompression entre les puits et les unités de traitement pour rétablir la compatibilité (le boosting permet aussi de faire chuter la pression de tête des puits pour augmenter la production). 
Le cas de Hassi R’mel est particulier. C’est un gisement de gaz humide qui produit depuis plus de 50 ans. Entre 1975 et début 80, un immense effort de développement a été consenti pour porter la production à plus de 90 milliards de m3 par an. Mais comme pour tout gisement de cette importance, il a été prévu de réinjecter dans le gisement les 2/3 de la production de gaz (après traitement pour récupérer le condensat et les GPL).

Les raisons principales de ce cyclage sont la maximalisation de la récupération des condensats en maintenant la pression dans le gisement pour minimiser les pertes par condensation rétrograde et les venues d’eau dans les puits producteurs. 
De plus, compte tenu de la position géographique du gisement, Hassi R’mel pouvait devenir un immense gazomètre, puisque toute la production de gaz qui se situe au Sud, aboutissait à Hassi R’mel d’où repartaient les gazoducs destinés à acheminer le gaz pour la consommation nationale et pour l’export. 
On assiste actuellement à une arrivée d’eau dans les puits producteurs des secteurs sud, nord ou centre. Un premier boosting a été installé au début des années 2000. En installer un deuxième signifie que nous allons encore baisser la pression en tête de puit qui amènera un surcroît de venues d’eau et donc un piégeage de grandes quantités de gaz qui risquent de ne jamais être produites. Le gisement renferme encore assez de réserves pour songer à revoir le pattern, pour aller chercher le gaz là ou il est piégé dans le gisement. 
C’est certes plus facile à dire qu’à réaliser. L’enjeu est important, aussi est-il nécessaire de réfléchir à ne pas laisser dans le gisement de grandes quantités de gaz sans possibilité de les produire.

La récupération du champ de Hassi Messaoud n’est toujours pas développée? Pourquoi ce retard? Est-ce un projet mort pour Sonatrach? Comment parvenir à une meilleure exploitation des gisements anciens ?

La récupération assistée à Hassi Messaoud a été développée dès 1964; en ces temps là ce n’était qu’une expérience pilote concernant quatre zones du champ. La généralisation de la récupération assistée a été adoptée des la fin des années 70. 
Il s’agit d’injecter du gaz sec dans des puits destinés à cet usage pour accroitre la récupération du pétrole, par balayage miscible (il fallait injecter ce gaz dans les zones où la pression était supérieure ou égale à un seuil appelé pression de miscibilité pour assurer un balayage efficace). Plus des 2/3 du gisement sont concernés par cette récupération appelée injection de gaz miscible ou high pressure gas drive (HPG). 
Au début le gaz injecté provenait des gaz torchés puisque la production de pétrole s’accompagne de production de gaz (environ 200 m3 de gaz par m3 d’huile produite); c’est ce qu’on appelle le gas oil ratio (GOR). Par la suite, la généralisation de cette récupération, qui a donné d’excellents résultats, a nécessité de s’approvisionner en gaz à partir de gisements au sud de Hassi Messaoud (comme le gisement de Gassi Touil).

Seulement le procédé utilisé amène une augmentation du GOR auquel il faut s’adapter en revoyant tout le réseau de collecte afin d’éviter le blocage d’une partie de la production par les puits à fort GOR. 
Cela passe par la généralisation et l’achèvement du processus commencé en entourant tout le gisement de manifolds sur champs (centres de pré-traitement situés à proximité des puits) séparant le pétrole du gaz en première phase et pompant ce gaz et ce pétrole vers les centres principaux de traitement où s’achève son traitement.
 C’est une étape importante car elle permet d’augmenter la production (comme un boosting mais beaucoup moins pénalisant que dans le cas d’un gisement de gaz). Après des années d’hésitation, il semble que le projet a été décidé de manière certaine. 
Hassi Messaoud renferme une accumulation d’huile d’environ 50 milliards de barils; se contenter d’une récupération de 27, 28, 29, voir 30 pour cent n’est pas suffisant. Un pour cent de récupération supplémentaire apporte 500 millions de barils soit la découverte d’un gisement géant. 
D’autres étapes sont nécessaires pour atteindre 35 voire 40 pour cent de récupération. Cela passe par des activités de forages horizontaux dans la couche R2 du gisement qui renferme d’importantes quantités d’huile. 
Cela passe aussi par un monitoring précis de l’injection de gaz ; un suivi mensuel ou au moins trimestriel est recommandé pour ne pas injecter plus, là ou cela n’est pas nécessaire et par contre augmenter l’injection là où il en résulterait une augmentation de la production. 
Il faut surtout mener une lutte intense contre le torchage du gaz, pour aboutir à une extinction des torches; on se doit de tenter de récupérer ces gaz que l’on brûle, afin de les traiter pour en extirper les condensats et les GPL et ensuite les utiliser pour assurer la récupération assistée. Hassi Messaoud est notre gisement hyper géant, mais on devrait aussi s’assurer si des gisements comme Rhourde el Baguel ou Zarzaitine (où il y a encore d’importantes quantités en place) sont soumis à des régimes de soutirage adéquat pour en améliorer la récupération. Enfin, il y a d’importantes accumulations de pétrole dans des gisements qualifiés de compacts c’est-à-dire à faible porosité et faible perméabilité, comme c’est le cas pour le gisement de Ladeb Lahrach où nous avons 100 millions de m3 en place dont nous avons produit seulement 2 à 3 %.

Avec l’incidence de la crise pétrolière sur l’économie, comment mettre en oeuvre un modèle énergétique plus rationnel ? Ne faut-il pas garder à l’esprit la conduite internationale de la COP 21 et développer un autre carburant alternatif ?

La crise pétrolière a mis en évidence une mauvaise adaptation de notre modèle énergétique à la qualité de nos réserves. 
Que la plus grande partie de notre électricité soit produite à partir du gaz est une évidence et une nécessité, cependant c’est le secteur résidentiel qui a augmenté ses besoins, ce qui n’est pas condamnable bien au contraire, mais il faut s’en inquiéter car notre souci est de relancer le secteur industriel qui ne représente que quelques fractions du PIB. Qu’en sera-t-il quand ce secteur nécessitera plus de besoins en énergie ? 
C’est la problématique de la transition énergétique pour faire face à ces nouveaux besoins. Tout en maximisant nos efforts pour améliorer nos performances dans les énergies fossiles, nous devrions nous tourner vers d’autres ressources dont nous sommes abondamment dotés, je veux parler des renouvelables que représentent le solaire, l’éolien, la biomasse etc.. Il est vrai que les rendements sont encore contenus, mais nous y préparer sur toute la chaine est impératif, en y impliquant tous les secteurs vitaux du pays, universités, public, privé. Les ressources existent, à nous d’en faire une option gagnante. 
Cela ne veut pas dire qu’il faut négliger d’autres ressources comme le gaz et le pétrole de schiste. Continuons à nous y intéresser en cernant avec le plus de précision possible les quantités pouvant être produites et en travaillant sérieusement pour les rendre économiquement viables. Par ailleurs, le problème de la subvention à l’énergie est certes à revoir : la préférence a été donnée au diesel alors qu’il s’avère être le plus polluant (notre pétrole léger riche en produits nobles ne donne pas un bon rendement en gasoil). Les subventions sont à réajuster au moins pour minimiser les déperditions aux frontières.

Le carburant Sirghaz, lancé depuis longtemps n’a pas connu le succès escompté surtout par manque de stations de distribution à travers tout le pays. Nous disposons de GPL en grandes quantités, c’est l’occasion aujourd’hui de relancer ce projet, ce qui nous permettrait de réduire la consommation d’essence, de limiter au strict minimum le diesel tout en soulageant l’environnement. 
Peut-être ne sera-t-il pas nécessaire d’augmenter les capacités de raffinage, sauf bien sûr, si économiquement la vente des produits raffinés apportait un plus substantiel aux rentées financières du pays.

Le projet de la nouvelle ville de Hassi Messaoud est toujours d’actualité, quelles sont les mesures de haute sécurité qui devraient être prises en compte afin d’éviter de reproduire le même schéma que la ville actuelle ?

Le projet de réalisation d’un nouvel ensemble de vie pour soulager Hassi Messaoud est certainement une bonne initiative; mais pourquoi opter pour une réalisation ex-nihilo? Une extension adéquate d’une ville comme Touggourt serait probablement un meilleur choix. Des infrastructures y existent déjà et le rail y aboutit. L’eau y est disponible en quantités suffisantes et sa localisation géographique proche du gisement seraient des atouts supplémentaires. 
Il est nécessaire en effet de décongestionner Hassi Messaoud qui est avant tout un champ de pétrole où existent des installations qui peuvent présenter un danger certain pour des personnes non suffisamment averties.

Tout le monde s’accorde sur la nécessaire transition énergétique, ne pensez-vous pas que Sonatrach doit s’adapter pour évoluer d’un groupe purement pétrolier vers un groupe énergétique ?

Sonatrach est avant tout une entreprise consacrée aux énergies fossiles, l’exploration et la production de ces énergies sont suffisamment importantes pour occuper toutes ses forces vives et ses potentialités. Surtout que, comme nous l’avons soulevé plus haut, il reste encore beaucoup à faire pour améliorer ses performances. 
Sonatrach doit reprendre sans désemparer ses activités de formation dans les métiers des hydrocarbures, comme elle a su le faire par le passé. 
Cela signifie que Sonatrach, au risque de négliger ses métiers de base, se doit de rester un groupe pétrolier et gazier; peut-être pourra-t-elle abriter au départ une structure tournée vers les autres énergies comme les énergies renouvelables par exemple, mais pour un temps limité seulement. La création d’un ensemble nouveau consacré à ces énergies est indispensable.

Comment faciliter l’entrée de Sonatrach sur le marché de l’électricité européen ?

Sonatrach doit se consacrer au renforcement de ses parts de marché en Europe et particulièrement au Sud de ce continent où aboutissent trois gazoducs en partance de notre pays. 
Songer à s’attaquer au marché de l’électricité en Europe est une éventualité assez lointaine. Certes le transport de l’électricité sur de longues distances est aujourd’hui aisément maîtrisable. Il nous faudrait cependant au préalable satisfaire les besoins électriques nationaux qui ne vont pas cesser de croître. 
Si nous arrivons à maîtriser économiquement et techniquement le processus de production de l’électricité à partir des renouvelables, il sera alors plus indiqué de satisfaire la demande nationale, ce qui nous permettra de dégager des quantités supplémentaires de gaz à l’export; ce serait une manière indirecte d’être encore plus présents sur le marché européen de l’électricité.

Les marchés pétroliers ont été déstabilisés par la chute des prix du Brut, quelles seraient les mesures favorables pour une reprise efficiente ?

La chute des prix du pétrole depuis juin 2014 est due en première analyse à un déséquilibre entre l’offre et la demande. L’économie mondiale qui ne s’est pas encore totalement remise de la crise de 2008, a diminué sa demande, alors que la plupart des gros producteurs, OPEP et non-OPEP, ont maintenu voire augmenté leurs exportations. 
D’autre part, le prix bas de l’énergie permet à de nombreux pays de mieux résister aux effets de la crise. A cela se greffent des problèmes de géopolitique : l’Iran depuis la levée des sanctions réclame le retour à son quota d’avant celles-ci; l’Arabie de son côté ne veut rien céder de ses parts de marché; les USA veulent conserver un prix bas du gaz sur leur marché et ne veulent surtout pas le voir s’envoler au risque de mettre à mal ses quelques performances économiques, surtout en période électorale; la Russie a subi de plein fouet cette chute qui a mis à mal les cours de sa monnaie et de ses réserves monétaires (ce qui n’a pas du déplaire à certains). 
Une réponse efficiente ne sera possible que si les problèmes géopolitiques sont surmontés, ce qui paraît peu envisageable dans un proche avenir.

Pour clore cet entretien, peut-on connaître votre avis sur les résultats attendus au Forum International de l’Énergie. Et surtout les attentes concernant la réunion informelle de l’OPEP ?

La réunion informelle de l’OPEP à Alger à laquelle des producteurs OPEP et non-OPEP ont prévu de participer ne semble pas se présenter sous de bons auspices si chacun parmi les plus grands de ses producteurs campe sur ses positions. 
Un prix d’équilibre de 50 $ semble satisfaire beaucoup de pays à l’exception, bien sur, de pays comme le notre, à forte population et à l’économie alimentée principalement par l’exportation des hydrocarbures. 
En étant optimiste et en fonction des multiples déclarations de ces derniers jours, il existe peut-être une possibilité d’un accord à minima sur un gel de la production au niveau de celle de juillet (un record); ce qui alors, toujours en étant optimiste, rendrait envisageable un niveau de 55 $ à la fin de l’année 2016. La tâche reste cependant ardue.

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