A. attar:Les tiraillements géopolitiques risquent de peser sur la réunion d’Alger

  • By Super User
  • In Entretiens
  • Posted 17 February 2017

Oil&Gas Business Magazine : La réunion informelle des pays membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) prévue le 27 septembre à Alger, « offrira l'opportunité pour parvenir à un accord qui favorisera la stabilisation du marché du pétrole », selon le ministre de l'Energie, Noureddine Boutarfa.

Quelle est votre perception de cette prochaine rencontre, y a-t-il des chances de voir les prix se stabiliser au moins autour de 50 dollars le baril à court terme ?

Abdelmadjid Attar : Je peux dire qu'il y a au moins plus de chances de voir les prix se stabiliser autour de 50 dollars à court terme et peut-être quelques dollars de plus au cours de 2017 pour plusieurs raisons. Cette réunion informelle de l'OPEP avec la participation de quelques producteurs non-OPEP importants comme la Russie est plus importante que toutes les précédentes, et se déroulera dans le cadre d'un forum qui constitue un espace de concertation entre tous les producteurs et consommateurs de ressources énergétiques ou d'énergie tout court. Cela signifie que chaque acteur va donner son point de vue sur l'évolution de la situation sur la scène énergétique mondiale: ressources, échanges, consommations, marchés, etc.; donc tout ce qui peut en quelque sorte influencer aussi bien les investissements dans le secteur que le prix de l'énergie. Chaque acteur ou participant a déjà les données entre les mains et sait parfaitement que le monde est en face d'une mutation énergétique profonde qui annonce l'avènement d'une ère de transition énergétique en matière de nature des ressources, une transition en matière d'échanges (marchés), de prix, de développement économique, et même en matière de géopolitique. La deuxième raison tient au fait que tous les producteurs concernés ont donné leur accord de participation sans émettre des réserves comme cela arrive souvent, et sont déjà d'accord sur un principe de base qui n'est plus lié à des préalables de quotas ou de qui doit produire plus ou moins que l'autre. Tous sont d'accord pour discuter un objectif de base: « Comment stabiliser le prix du baril dans une fourchette raisonnable et acceptable ? » Il est évident que cela passera obligatoirement par le niveau de production globale ou celui de chacun d'entre eux. Il est clair aussi que ce niveau a largement dépassé celui de la demande. Il est certain que chacun tentera de défendre d'abord sa part de production actuelle aussi bien pour des raisons économiques (besoin de rente) que politiques. Mais une chose est sûre aussi: presque tous ces producteurs, notamment les plus importants produisent déjà au maximum de leurs capacités, et ne peuvent les augmenter qu'avec de nouveaux investissements qui leur manquent en ce moment et dont le surplus de production ne fera qu'aggraver la chute du baril. Alors, à quoi ça sert de vouloir produire plus quand on sait qu'on n'a pas les moyens financiers nécessaires et quand on sait que le résultat de cette surproduction sera négatif ?

Le consensus qui semble se dégager à la lumière des consultations du ministre de l’Energie avec les principaux producteurs, est-il réellement assez solide pour résister aux tiraillements irano-saoudiens ?

Tout le problème réside là, car si tous les paramètres techniques et économiques n'ont engendré à ce jour que des signaux positifs pour une issue favorable, les facteurs géopolitiques constituent la grande inconnue pour cette ultime rencontre FORUM-OPEP. Les tiraillements irano-saoudiens ne constituent qu'un élément dans cet imbroglio parce qu'il faut aussi craindre les effets des autres crises qui secouent en particuliers les régions productrices ou leur environnement immédiat: Ukraine, Syrie, Turquie, Yemen, Libye. Il y a de profondes divergences entre les acteurs concernés par ces crises et je doute que l'on puisse aboutir à un rapprochement des positions, aussi l'idéal serait de mettre ces contradictions sous une bulle pour le moment. C'est pour toutes ces raisons que je pense qu'il est peu probable que cette rencontre aboutisse à un accord de réduction des niveaux actuels de production OPEP et non-OPEP. Il est vrai que la production mondiale actuelle (97 Mb/jour) est largement supérieure à la demande (96 Mb/jour en 2016). Certaines analyses évaluent ce surplus à plus de 2 Mb/jour, mais en contrepartie la consommation mondiale croît quand même d'environ un million de baril/jour chaque année, malgré le recul observé au niveau des marchés européens et asiatiques où d'importants stocks ont été réalisés profitant du bas prix du baril. Mais tenant compte du consensus obtenu pour une participation effective à la réunion d'Alger autour d'un objectif de base essentiel, à savoir la stabilisation du prix du baril, seul le gel des niveaux de production pour une durée d'un an au moins pourrait stabiliser le prix du baril autour de 50 dollars dans les mois à venir, sous réserve que les « motivations géopolitiques » ne parasitent pas les consultations, et sous réserve qu'un consensus soit aussi obtenu pour un mécanisme permettant le respect du gel de production.

La diplomatie du pétrole tentée par l’Algérie à maintes reprises a-t-elle une chance de réussir cette fois- ci ? Une perspective positive va-t-elle, à votre sens, redonner à notre pays un rôle plus important au sein de l’OPEP.

Le travail réalisé par le ministre algérien de l'Energie est vraiment formidable et me rappelle celui engagé en 1998 quand le baril a chuté à moins de 10 dollars. Le poids de l'Algérie au sein de l'OPEP ou dans le monde ne doit pas être calculé sur ses seules réserves pétrolières (12 milliards de barils) ou sa capacité de production de 1,5 Mb/jour qui sont effectivement modestes par rapport à tous les autres producteurs. Le gaz naturel, combiné avec les énergies renouvelables, est la ressource qui assurera la transition énergétique en remplaçant progressivement le pétrole et partiellement le charbon dans les décennies à venir. Il pèsera de tout son poids au cours de cette rencontre, et c'est l'une des raisons qui ont fait que le 15ème Forum International de l'Energie se tient à Alger. Les principales réserves dans le monde sont au Moyen-Orient, en Russie, et en Amérique du Nord. Mais de son côté l'Algérie a non seulement d'importantes réserves en gaz conventionnel (4 500 milliards m3), une situation stratégique en Méditerranée avec une capacité de production et d'exportation très compétitive (en volume et prix), mais aussi d'importantes réserves en gaz non conventionnel (22 000 milliards de m3 techniquement récupérables) qui seront mis en production dès que les conditions économiques et technologiques le permettront. Avec ou sans l'OPEP, le poids et le rôle de l'Algérie est déjà très important sur la scène énergétique mondiale, ne serait ce qu'au niveau de la Méditerranée, face à l'Europe, troisième marché énergétique mondial. Le gouvernement algérien devrait appuyer et miser à fond sur cette opportunité. Une intervention du Président de la République en personne pourrait aussi renforcer les chances d'aboutir à un résultat positif.

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