Les premiers projets réalisés par SKTM constituent un cas d’école

  • By Super User
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  • Posted 17 February 2017

Le premier responsable de cette filiale du groupe Sonelgaz créée en avril 2013, met l’accent sur l’importance capitale des énergies renouvelables dans le devenir énergétique de l’algérie. dans l’entretien accordé à oil&gas business magazine, il détaille le contenu du programme national de développement des énergies renouvelables (pndEr), les étapes de sa concrétisation et les difficultés ou contingences qu’il faut surmonter pour faire des ENR un moteur de développement de l’Algérie.

 

OGB Magazine : A l’horizon 2030, l’Algérie compte produire à partir des EnR plus de 27 % de mix énergétique dans sa production d’électricité. Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs le contenu du PNDER version 2015 et ce qui est entrepris par SKTM dans ce cadre précis?

BOuLAKHRAS Chahar : : En effet , le Programme National des Energies Renouvelables et de l’efficacité énergétique a été entrepris et sera réalisé sur plusieurs phases bien réfléchies. D’abord, la phase expérimentale, qui consiste en la réalisation de projets pilotes visant essentiellement l’acquisition d’une expérience, l’établissement d’une cartographie du potentiel solaire et éolien, des mesures au sol, ainsi que la formation des ressources humaines susceptibles de faire face aux enjeux futurs. Cette phase a vu la création de la Société de l’électricité et des Energies Renouvelables ou « Sharikat Kahraba Oua Takat Moutadjadida » (SKTM), filiale à 100% de Sonelgaz. Elle a enregistré aussi l’aboutissement de deux projets expérimentaux, la centrale photovoltaïque (PV) de Ghardaïa d’une capacité de 1,1 MW pour tester les quatre technologies PV disponibles et la ferme éolienne d’Adrar (10 MW), inaugurés en juillet 2014. Cette phase ainsi achevée, l’année 2014 a connu le lancement du projet 343 MW confié en réalisation, dans les Hauts Plateaux  (11 centrales : Souk Ahras, M’sila, Djelfa (1) et (2), Laghouat (1) et (2), Ouargla, El Bayadh, Naâma, Saida, Sidi Bel Abbes ), dans la région Sud In Salah-Adrar-Timimoune (07 centrales : Adrar, In Salah, Kebertène, Reggane, Zaouyet Kounta, Aoulef et Timimoune ) et 3 autres dans l’extrême Sud, à Tindouf, Djanet et Tamanrasset. Il convient de rappeler qu’une puissance de 75 MW, prévue dans les Hauts Plateaux a été transférée vers Laghouat et Djelfa, pour indisponibilité de terrains, et dans le but de préserver le foncier agricole. La deuxième phase prévoit le déploiement du programme à l’échelle industrielle. La troisième phase est celle du déploiement à grande échelle, par la réalisation de grandes puissances annuellement. Ainsi 8 600 MW seront installés durant la période allant de 2021 à 2030. Il est à rappeler que les consistances à réaliser par filières à l’horizon 2030 sont énumérées comme suit : 13 575 MW en photovoltaïque, 5 010 MW en éolien, 2 000 MW en solaire thermique, 1 000 MW en biomasse, 400 MW en cogénération et 15 MW en géothermie, ce qui nous donnera une production totale de 22 000 MW. Pour concrétiser le programme, des préalables doivent être réunis, à savoir, l’accès au foncier, la disponibilité de ressources financières car il s’agit de projets capitalistiques, et enfin, les études des potentiels solaire et éolien. Pour ce qui est de la dominante visible du solaire photovoltaïque et de l’éolien dans les consistances prévues, il convient de noter que cela est conditionné par le potentiel existant, dominé par le solaire (2 700 KWH/m2/ an) comme moyenne nationale d’irradiation, et l’éolien (21 zones identifiées par l’Agence Spatiale Algérienne (ASAL) dans son rapport de 2015) offrant une vitesse de vent variant entre 5 et 9 m/s. 

Pour aider au développement des EnR et atteindre les objectifs fixés dans le PNDER, les pouvoirs publics prévoient des mesures d’encouragement et de facilitation devant favoriser l’investissement dans ce secteur considéré comme novateur. Pouvez-vous nous rappeler ce que le législateur (depuis déjà 2004) prévoit comme mécanismes pour booster ce secteur ?

La concrétisation du programme et l’atteinte des objectifs fixés impliquent effectivement l’adaptation du cadre juridique et réglementaire. Mais il faut savoir tout de même que l’attrait des autorités algériennes pour développement des énergies renouvelables ne date pas d’hier. Je citerai notamment la création du Centre de Développement des Energies Renouvelables (CDER) en 1988. Une pléiade de textes réglementaires s’en est suivie à partir de la fin des années 1990, entre autres, la Loi  n° 99-09 du 28 juillet 1999 relative à la maîtrise de l’énergie (voir JO n° 51), la loi n° 02-01 du 05 février 2002, relative à l’Électricité et la Distribution Publique de Gaz (voir JO n° 08), la loi n° 04-09 du 14 aout 2004 relative à la promotion des énergies renouvelables dans le cadre du développement durable (JO n°52), la loi de finances complémentaire de 2010 ainsi que les nombreux décrets, notamment, le décret exécutif n° 11-33 du 27 janvier 2011 (JO n° 08) portant création de l’IAER, le décret exécutif n°04 – 92 relatif à l’encouragement de la production de l’électricité à partir des sources d’énergies renouvelables et des systèmes de cogénération, le décret exécutif n° 11-423 du 08 décembre 2011 (JO n° 08) fixant les modalités de fonctionnement du compte d’affectation spécial n° 302 – 131 intitulé « FNER », l’arrêté ministériel portant tarifs d’achat garanti de l’électricité d’origine solaire et éolienne de février 2015, le décret exécutif relatif à la certification d’origine de l’électricité produite à partir de sources d’énergies renouvelables et de la cogénération (qui est en cours de finalisation). Il faudra ajouter à tous les textes que je viens d’énumérer, la loi de finances de 2016, qui encourage l’investissement et le partenariat, qui n’exclut pas le secteur de l’énergie, alors que l’ouverture du secteur énergétique aux tiers date de février 2002. D’autres textes visant la promotion des EnR sont en phase d’élaboration également.

La réussite de tels projets implique non seulement l’engagement de financements importants mais surtout la définition d’une stratégie de développement, la formation des compétences, l’intégration industrielle, le management de projets… Qu’est-ce qui est justement fait sur ce plan, tant au niveau du groupe Sonelgaz qu’au niveau institutionnel ou ailleurs ? 

Vous touchez là par votre question un point très essentiel : celui de la stratégie de mise en œuvre du PNDER. Il est vrai qu’à l’heure actuelle, SKTM est désignée comme l’outil de réalisation par excellence de ce programme, de par sa position d’opérateur public, ou de précurseur, ce qui ne veut pas dire que SKTM réalisera toute seule ce consistant programme de 22.000 MW. La loi permet, et ce depuis 2002, aux investisseurs tiers de réaliser des projets et produire de l’électricité renouvelable, ajoutée à cela la nécessaire implication du secteur de la recherche (les centres de recherches et les universités) en vue d’améliorer les procédés, améliorer les coûts de réalisation des projets, améliorer le rendement des ouvrages de production, entre autres. A ce titre, je note au passage que SKTM a déjà signé des conventions de coopération scientifique et technologique avec les universités de Ghardaïa, Ouargla et Adrar, et les centres de recherches (le CDER et le CDTA), lesquels peuvent utiliser les centrales comme espaces de recherche, d’une part, et former des ressources humaines spécialisées et qualifiées dans le domaines des EnR, qui permettront de réaliser les futurs projets exclusivement avec les potentialités et les compétences nationales. Je noterai également à juste titre que le CDER et le CREDEG (Centre de recherche et de développement de l’électricité et du gaz, filiale de Sonelgaz) sont en phase de réaliser les études de potentiels solaire et éolien pour le compte de SKTM. Il importe de souligner en outre que l’intégration nationale, dans laquelle SKTM peut jouer un rôle significatif, passe aussi par le développement d’un tissu industriel autour des EnR, par l’avènement de PME/PMI qui peuvent constituer une vraie force de frappe et contribuer dans la réalisation du PNDER par la fourniture des équipements, pièces de rechanges, accessoires et autres composants qui peuvent être fabriqués localement, ne serait-ce dans un premier temps, avant de passer à la fabrication des équipements importants comme les modules, les onduleurs…etc. En ce sens, SKTM a confié le lot génie civil des 21 centrales photovoltaïques lancées en réalisation à des entreprises algériennes dans le but de constituer un vivier sur lequel on pourra compter à l’avenir, notamment en matière de montage en seconde phase. 

Au stade où en est notre économie, quels sont les avantages qu’elle peut tirer du développement des EnR, par rapport aux énergies conventionnelles et comme niche industrielle ? Quelles sont les actions prioritaires à entreprendre pour développer de façon efficiente les EnR en Algérie et en faire le véritable moteur du développement du pays ? 

Le premier avantage que l’on peut tirer du développement des EnR est sans doute celui de réaliser des économies substantielles de carburants notamment pour le grand Sud (gasoil et gaz naturel) que nous utilisons présentement dans la production de l’électricité, sachant que près de 50 % du gaz naturel livré est utilisé pour le fonctionnement des centrales électriques. L’utilisation des ressources renouvelables dans la production de l’électricité permettra d’épargner des centaines de milliards de mètres cubes de combustibles à l’horizon 2030. Il faut savoir qu’une centrale PV de 30 MW permet d’économiser 8. 800 tonnes de combustible par an. Ajoutez à cela la création de près de 200 000 postes d’emplois directs et indirects, d’abord pour les besoins de construction des centrales et leur exploitation par la suite, mais aussi par le développement d’une industrie périphérique qui aura besoin d’une main d’œuvre importante, sans oublier le développement d’un tissu industriel constitué notamment de PME/PMI, susceptible de booster l’économie et le secteur industriel local, la diversification des ressources énergétiques qui permettent présentement d’intégrer les EnR à hauteur de 3 % dans le parc global, et l’avènement d’un processus de développement durable de manière générale. L’autre impact positif du développement des EnR est à coup sûr la réduction des émanations des gaz à effets de serre (GES), sachant qu’une centrale PV de 30 MW permet d’éviter l’émission de 32 270 tonnes de CO² par an, ayant pour retombées, la protection de l’environnement, la sauvegarde des éco-systèmes, la réduction du réchauffement climatique qui engendre des catastrophes naturelles, et l’amoindrissement des problématiques liées à la santé publique. Cela consolidera évidemment, les engagements de l’Algérie en la matière, notamment le dernier COP 21.

Si vous deviez dresser un bilan des actions et réalisations entreprises durant l’année 2015 pour concrétiser sur le terrain le développement des EnR, quels faits marquants retiendrez-vous aux plans juridique, législatif, administratif , de la formation, de la production industrielle, de la recherche-développement et innovation, des partenariats ou de la réalisation d’infrastructures ?

Le PNDER en est encore à ces premiers balbutiements, sa phase pilote est à peine achevée. Néanmoins, je peux afficher un certain satisfecit, quoiqu’il reste encore un long chemin à parcourir dans le domaine des énergies renouvelables. A peine créée, SKTM s’est vu confiée la réalisation de 343 MW en technique PV en août 2013. Ce qui n’est pas du tout évident. Mais la plupart des projets sont déjà achevés après deux années de travail acharné, grâce notamment aux efforts considérables consentis par le collectif et la méthodologie mise en place par la société. Mais aussi, et il ne faut pas l’oublier, le soutien de Sonelgaz et du ministère de l’Energie. Il faut reconnaitre toutefois, que les premiers projets ont buté sur certaines contraintes, ce qui a engendré des retards dans leur réalisation et leur réception. Ces contraintes sont de nature interne à la société et de nature exogène, liées à l’environnement institutionnel. Mais au jour d’aujourd’hui, je considère que la machine est suffisamment huilée, que le personnel de la société a acquis une certaine expérience grâce à des actions entreprises à l’échelle interne, et que l’environnement institutionnel s’est adapté entre temps aux projets EnR. Je dois dire que les premiers projets réalisés par SKTM dans le domaine des EnR, constituent un cas d’école, non seulement pour la société, mais également pour l’ensemble des intervenants dans le processus, gestionnaires du réseau de transport, les sociétés de distribution, l’opérateur du système électrique, les autorités locales principalement, pour ne citer que ceux et celles là. Tous commencent à appréhender les problématiques liées aux énergies renouvelables. Je dois dire en outre, que les premiers projets nous ont permis de découvrir nos insuffisances pour savoir combler les lacunes du démarrage, car comme disait Jean Cocteau « un homme est toujours au-delà de ce qu’il peut faire ». Nous pouvons aller de l’avant grâce à l’expérience et aux enseignements que nous tirons de ces premières réalisations, la formation des ressources humaines et le transfert du savoir, du savoir-faire et de la technologie, et enfin, la conscience de l’ensemble des intervenants quant à l’importance capitale des énergies renouvelables dans le devenir énergétique des nations.

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